international

Joe Biden annule les condamnations pour détention de cannabis : vers la fin de la « guerre aux drogues » aux États-Unis ?

publié le  |  Imprimer

Les États-Unis, pays qui a vu naitre la « guerre aux drogues », semblent évoluer positivement sur la question du cannabis. De notre côté de l’Atlantique, le gouvernement français est toujours bien loin de cette prise de conscience.

Le 6 octobre, le président Joe Biden a annoncé que toutes les personnes condamnées pour la seule possession de cannabis par les tribunaux fédéraux seraient graciées.

Dans le pays qui est à l’origine du concept de « guerre aux drogues », ce revirement politique est particulièrement notable.

Cette annonce intervient dans le contexte d’une vraie dynamique aux États-Unis en faveur de la légalisation du cannabis : depuis l’État de Washington en 2012, 19 États autorisent la vente de cannabis dit « récréatif » à travers le pays. Dans la plupart de ces États, le cannabis est régulé selon les mêmes principes que l’alcool c’est-à-dire interdit à la vente aux mineurs mais avec un marché laissé aux mains d’acteurs privés. Ce modèle contraste notamment avec le cas du Québec où le gouvernement a établi un monopole d’État sur la vente de cannabis avec des résultats intéressants sur la consommation des jeunes.

Une décision qui aura un impact majeur

« Personne ne devrait être mis en prison pour avoir simplement consommé ou possédé du cannabis » : l’annonce de Joe Biden met fin à une politique de répression de la consommation de cannabis qui s’est intensifiée aux États-Unis depuis les années 1960… et qui, comme en France, est en échec. Ainsi, un Américain entre 19 et 30 ans sur dix consomme du cannabis tous les jours.

Il s’agit aussi de mettre fin à une importante disparité raciale : en matière de stupéfiants aux États-Unis, les Noirs ont trois fois plus de risques d’être arrêtée pour possession de cannabis que les Blancs alors que leurs niveaux de consommation sont équivalents.

Pour les personnes condamnées, cette grâce effacera cette mention de leur casier judiciaire et leur permettra de trouver plus aisément un emploi ou un logement. Joe Biden incite par ailleurs les gouverneurs des États à gracier les personnes condamnées selon le droit local et envisage de revoir la classification légale du cannabis.

Et en France ?

Alors que les États-Unis évoluent, la France reste pour l’heure l’un des seuls où la simple consommation de stupéfiant reste un délit. En dépit de toute évidence, un discours public aux tons guerriers domine, porté notamment par le ministère de l’Intérieur.

Pourtant, si la lutte contre les trafics est souvent mise en avant sur la question du cannabis, la réalité — rappelée par un rapport parlementaire de 2021 — est que 81 % des interpellations liées aux stupéfiants l’était pour simple usage. La France choisit ainsi de faire porter au consommateur une part importante de la responsabilité du trafic alors que, chez nous aussi, il existe une dimension discriminatoire à cette pénalisation comme le soulignait le rapport du Défenseur des droits sur ce sujet en 2016.

La pénalisation de l’usage du cannabis entretient par ailleurs l’idée d’une dangerosité du produit quels que soient ses caractéristiques (teneur en THC par exemple) et usages. Une situation particulièrement injuste pour tous les malades qui pourraient bénéficier de l’aide du cannabis thérapeutique. Car si aujourd’hui en France l’expérimentation du cannabis thérapeutique semble compromise, c’est précisément par la crainte — très politique — de sortir le cannabis du statut de drogue et d’en donner une autre image.

La criminalisation des usagers n’apporte rien de positif ni pour leur devenir, ni pour leur entourage, ni pour la société. Selon l’adage, ce qui arrive aux États-Unis arrive tôt ou tard en France : cela se confirmera-t-il ?