Évacuation de Forceval : et après ?

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La fin de la scène ouverte de consommation de crack de la Porte de la Villette était souhaitée tant par les riverains, les professionnels que de nombreux consommateurs. Mais le problème de la consommation de drogue en pleine rue ne se règlera pas par une simple opération policière comme les évacuations successives à la Chapelle, à Stalingrad, au jardin d’Éole l’ont prouvé. Les réponses sont aussi sociales et sanitaires : les associations ont proposé un plan d’actions aux pouvoirs publics… dont ils ne se sont toujours pas saisis. Doit-on encore attendre l’installation d’une nouvelle scène ouverte ?

Un communiqué du collectif interassociatif sur le crack en Île-de-France : Fédération Addiction, Addictions France, Gaïa Paris, Groupe SOS, Oppelia Charonne, Proses, SAFE

Après la Chapelle, Stalingrad, le jardin d’Éole, la scène ouverte de consommation de la Porte de la Villette a été évacuée ce mercredi 5 octobre. Il s’agit d’un soulagement pour les riverains comme pour les professionnels travaillant sur le site dont les conditions de travail étaient particulièrement dangereuses. Toutefois, le choix de la préfecture de police de mener une opération policière, sans réelle concertation avec les associations intervenant sur le site et avec une prise en charge sociale et sanitaire minimale voire nulle, laisse craindre que cette évacuation ne soit qu’un épisode supplémentaire de la saga du crack à Paris.

Les professionnels du secteur médico-social ont pourtant présenté des propositions depuis plusieurs mois ainsi que, le 22 septembre dernier, un plan d’actions afin de mettre réellement fin aux scènes ouvertes de consommation de drogue en Île-de-France. Faudra-t-il qu’un nouveau quartier soit concerné pour que les pouvoirs publics s’en saisissent ?

Le choix de l’opération policière, sans concertation

Après avoir laissé pendant plus d’un an les professionnels intervenir sur le site de Forceval dans des conditions difficiles, voire dangereuses, l’État a fait le choix d’une opération policière pour évacuer le site, sans associer ni même concerter les associations.

Les précédentes opérations prouvent pourtant l’inefficacité de cette méthode pour régler durablement la consommation de drogues dans l’espace public.

Alors même que les associations viennent de proposer un plan d’actions auxquels les pouvoirs publics n’ont pas daigné répondre, ce choix est la preuve d’un grand mépris pour les intervenants.

Des solutions sociales et sanitaires maintenant pour régler le problème durablement

Les professionnels ont formulé des propositions concrètes (lire les détails) pour mettre fin aux scènes ouvertes de consommations en Île-de-France :

  • Développer l’offre d’hébergement et de logement : places d’accueil d’urgences à Paris et en Île-de-France, accueil intermédiaire, hébergement de plus long terme
  • Proposer des lieux de repos
  • Créer de nouveaux espaces de consommation sécurisée : au moins quatre haltes soins addictions supplémentaires à taille humaine dans un délai de trois ans
  • Pouvoir mettre à distance la scène et les consommations, faciliter l’accès aux soins : créer des lieux d’accueil transitoire et faciliter les parcours de soins en limitant les délais d’attente, y compris en centres résidentiels, pour les consommateurs en demande de sevrage
  • Travailler à l’insertion professionnelle car la précarité socio-économique est un facteur important dans la consommation
  • Renforcer l’aller-vers et notamment les maraudes
  • Mieux prendre en compte les comorbidités psychiatriques
  • Concerter tous les acteurs et coordonner les dispositifs

Marie Öngün-Rombaldi, déléguée générale de la Fédération Addiction : « Les scènes ouvertes de consommation de drogues ne sont pas une fatalité, les solutions que nous proposons sont mises en œuvre dans plusieurs pays et ont prouvé leur efficacité. Il est temps pour les pouvoirs publics, et notamment l’État, de prendre leurs responsabilités : nous appelons à un plan social et sanitaire sur plusieurs années. »