Prise en charge du chemsex : des partenariats pour améliorer l’accompagnement et la pluridisciplinarité

publié le  |  Imprimer

Depuis plusieurs années déjà, professionnels de l’addictologie et associations de santé communautaire travaillent pour accueillir et accompagner les usagers de chemsex. Alors que les pouvoirs publics se saisissent enfin de la question, nous avons interrogé Nicolas Derche du Kiosque Checkpoint à Paris, et Muriel Grégoire, psychiatre en CSAPA à Aix-en-Provence, sur leurs approches et sur les apports du projet ARPA-Chemsex mené par la Fédération Addiction et AIDES.

Le chemsex désigne l’usage de produits psychoactifs dans le cadre de sessions sexuelles. Cette pratique est en développement depuis cinq ans. Elle a de nombreuses conséquences sur la santé somatique et psychique et sur la vie affective, sociale et économique des usagers, pour la plupart des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH).

Sur le terrain, la prise en charge des chemsexeurs est déjà une réalité. C’est notamment le cas au Checkpoint à Paris, un centre de santé sexuelle communautaire dédié aux personnes LGBTQI+ et géré par le Groupe SOS Solidarités, mais aussi au CSAPA Villa Floréal d’Aix-en-Provence.

La prise en charge du chemsex, au croisement de plusieurs problématiques

Si la prise de substances dans un contexte sexuel peut renvoyer à un grand nombre de situations, tant hétérosexuelles qu’homosexuelles, le chemsex désigne un ensemble de pratiques spécifiques aux communautés gays.

Car s’il y a évidemment une dimension liée aux produits et à leurs risques et effets, le chemsex s’inscrit dans l’histoire des cultures sexuelles gays et dans l’évolution des modes de drague avec notamment le développement des applications géolocalisées. L’approche proposée aux usagers est donc naturellement pluri-disciplinaire. C’est ce qu’explique Nicolas Derche, directeur régional Santé communautaire et lutte contre les discriminations au Groupe SOS Solidarités : « On propose un accompagnement pluri-professionnel, avec un addictologue, un sexologue et des médiateurs de santé. C’est un accompagnement individualisé et adapté aux besoins et difficultés des chemsexeurs. »

Dans les structures d’addictologie, la pluridisciplinarité est aussi à l’ordre du jour. Muriel Grégoire est psychiatre et responsable du CSAPA Villa Floréal à l’hôpital Montperrin d’Aix-en-Provence : « Nous avons mis en place des consultations spécifiques chemsex, avec une psychiatre addictologue. Mais nous proposons aussi des consultations généralistes afin de proposer des bilans IST et aborder d’autres problématiques somatiques avec les usagers. »

Mais aborder la consommation de produits dans le cadre sexuel n’est pas forcément une évidence. Nicolas Derche explique la démarche du Checkpoint : « Lors des consultations de dépistage, les infirmières et infirmiers posent systématiquement des questions ouvertes : cela permet d’ouvrir la discussion. » Les personnes qui le souhaitent et qui expriment des difficultés se voient ainsi proposer une orientation vers des professionnels de leur choix.

ARPA-Chemsex : modéliser la prise en charge et outiller les professionnels

👉 Votre structure propose des actions sur le chemsex ? Répondez à notre questionnaire

Si l’accompagnement des chemsexeurs est déjà une réalité qui s’est organisée sur le terrain, il n’existe à ce jour pas de modèle de prise en charge spécifique et adapté à leurs besoins. C’est donc l’objet du projet ARPA-Chemsex ou « Accompagnement en réseau pluridisciplinaire amélioré », mené conjointement par la Fédération Addiction et AIDES. Ce projet fait l’objet d’un soutien du Fonds de lutte contre les addictions.

Il s’appuie sur des structures d’addictologie et des structures communautaires dans plusieurs villes : elles expérimenteront la mise en place ou le renforcement d’une offre pluridisciplinaire en direction des chemsexeurs. « Sur le territoire francilien, il s’agira d’étoffer et de mutualiser nos réseaux respectifs en créant des passerelles avec différents acteurs proposant des offres similaires ou complémentaires, afin d’avoir des parcours de santé transversaux » explique Nicolas Derche. « Par exemple, certains de nos consultants sont en demande d’espaces collectifs et d’auto-supports : il n’y en a pas au Checkpoint mais nous pourrons avoir un parcours de soin qui leur permette l’accès aux groupes du Sport Beaumarchais de AIDES. »

« Le projet ARPA-Chemsex doit identifier les partenariats à développer, afin de proposer une réponse à des besoins spécifiques que seul ce type de partenariat permet »
— Nicolas Derche (Groupe SOS Solidarités)

Même objectif à Aix-en-Provence où il est nécessaire d’« améliorer l’offre déjà existante et de proposer des médiations complémentaires comme par exemple l’art-thérapie. » Muriel Grégoire insiste par ailleurs sur les liens à créer : « Le projet doit amener une réflexion entre acteurs afin d’élargir le réseau de prise en charge dans la région. » Pour Nicolas Derche « Il s’agit d’identifier non seulement les lieux de prises en charge et d’accompagnements mais aussi les partenariats à développer, afin de proposer une réponse à des besoins spécifiques que seul ce type de partenariat permet ».

Concrètement, ARPA-Chemsex  permettra la publication d’un guide d’accompagnement et la création d’espaces de dialogues en ligne pour les intervenants. Dans chaque région, une personne ressource sera désignée afin de mettre en lien les professionnels. L’ensemble de la démarche sera évaluée par un organisme externe. Cette évaluation comprendra des recommandations sur la continuité et la solidité de l’offre mise en place par le projet pour les chemsexeurs, sur la modification des pratiques des professionnels et de leurs partenaires et sur la pérennité du projet.

💡 Pour plus d’informations : vous pouvez contacter Jonathan Rayneau, chargé de projets à la Fédération Addiction : j.rayneau@federationaddiction.fr