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L’ONU et les leaders nationaux confrontés à l’échec des mesures répressives

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Communiqué du 3 mai 2019

329 ONG appellent la communauté internationale à s’attaquer à la crise mondiale en matière de santé et droits humains qui affectent les usagers-ères de drogues.

 

Jeudi 2 Mai, Paris – Alors que la 26ème Conférence Internationale sur la Réduction des Risques, qui s’est tenue à Porto, a pris fin hier, des centaines de professionnels-les de santé, d’universitaires, d’experts-es en politiques des drogues et en droits humains, d‘acteurs et actrices de terrain, et de personnes usagères de drogues ont lancé une déclaration appelant les leaders mondiaux à s’attaquer à la crise sanitaire mondiale dont sont victimes les usagers-ères de drogues et à prendre en considération leurs droits.

Les ONG signataires, dont certaines font partie de la plateforme interassociative française relative aux politiques internationales sur les drogues, ont encore une fois pointé avec force les échecs de la guerre à la drogue. Entre 2009 et 2015, le nombre de décès liés à la drogue ont augmenté de 60%. Pour la seule année 2015, ce nombre a atteint 450 000, représentant environ 50 décès toutes les heures. L’engagement de réduire de moitié l’incidence de VIH parmi les personnes injectrices de drogues d’ici 2015, conclu il y a huit ans, n’a pas été atteint. La prévalence du VIH a, au contraire, augmenté d’un tiers parmi les personnes injectrices de drogues pendant cette période. De plus, au niveau mondial, 6 personnes consommatrices de drogues sur 10 vivent avec l’hépatite C. Enfin, 168 000 personnes usagères sont décédées d’une overdose en 2015.

Ces dommages sont évitables. Les preuves et les connaissances disponibles, présentées lors de la Conférence cette semaine, démontrent que la réduction des risques et les politiques des drogues centrées sur les droits humains et la santé peuvent sauver des vies, prévenir la propagation du VIH et de l’hépatite C, préserver la dignité et renforcer l’autonomisation des personnes usagères de drogues. Mais, cela requiert un engagement fort de la part des gouvernements, notamment de la France, et de l’ONU.

La déclaration conjointe des ONG exprime de grandes réserves sur la capacité de l’Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime (ONUDC) à gérer de manière efficace la réponse onusienne vis-à-vis de cette problématique. De par son mandat et sa gouvernance, l’ONUDC reste un organe de l’ONU dont l’objet est de contrôler la réponse répressive des Etats plutôt que de garantir les droits des usagers-ères de drogues. Ainsi, l’ONUDC a régulièrement échoué à défendre la prévention, les politiques de réduction des risques, les droits humains et la décriminalisation. L’organe onusien a perdu encore davantage de crédibilité avec son silence répété face aux violations flagrantes des droits humains. Aujourd’hui, les personnes usagères de drogues continuent d’être victimes d’incarcération, de détention forcée, d’accès restreint à la santé, de violences, de stigmatisation et de discriminations institutionnalisées et, dans les cas les plus extrêmes, d’exécutions extrajudiciaires.

En réponse au manque de volonté politique, les ONG rassemblées à Porto appellent à un engagement mondial pour protéger les droits humains d’une « population persécutée » et demandent que ces abus inacceptables prennent fin.

Ann Fordham, Directrice exécutive de l’International Drug Policy Consortium (IDPC), a déclaré : « Il reste 10 ans pour que les pays atteignent leurs engagements mondiaux pour promouvoir la santé, réduire les inégalités et assurer un accès à la justice pour tous, selon les Objectifs du Développement Durable de l’ONU. Le besoin d’un engagement politique plus fort à tous les niveaux n’a jamais été plus important. Face à la crise actuelle, la complaisance ne peut plus être tolérée ».

👉 Lire la déclaration des ONG

👉 Lire la Position Commune de l’ONU sur les politiques des drogues (voir Annexe 1)

👉 Lire le dernier rapport de l’ONUSIDA « Santé, droits et drogues – Réduction des risques, décriminalisation et zéro discrimination pour les personnes usagères de drogues »

👉 Lire le rapport de l’IDPC « Bilan : 10 ans de politiques des drogues »

À propos de la plateforme : 

La plateforme interassociative française relative aux politiques internationales sur les drogues existe depuis 2014 et regroupe 11 associations engagées dans le domaine des politiques des drogues et de la Réduction des Dommages et des Risques liés aux usages de drogues. Il s’agit de : AIDES, ASUD, FAAAT think & do tank, la Fédération Addiction, Médecins du Monde, NORML France, PsychoActif, SAFE, SOS Hépatites et IDPC.

Nos associations ont des profils différents : autosupport, addictologie, services de réduction des risques en France et à l’international, plaidoyer, recherche, programmes internationaux, etc. La plateforme travaille avec le gouvernement français ; elle fait valoir son expertise et sa connaissance de terrain et entend prendre part aux négociations internationales, pour une réforme des politiques en matière de drogues qui favorisent l’inclusion sociale et le respect des droits humains fondamentaux, par la régulation des marchés et la décriminalisation des usages au niveau mondial.

Contacts:

Laurène Collard | Fédération Addiction | l.collard@federationaddiction.fr | +33 6 15 26 35 95

Béchir Bouderbala |NORML France | b.bouderbala@norml.fr |+33 6 02 03 95 08

Juan Fernandez | International Drug Policy Consortium | jfernandez@idpc.net | +44 75 5121 2183

Benjamin Phillips | Harm Reduction Coalition | phillips@harmreduction.org | +1 917 545 2205