Les consultations jeunes consommateurs : un outil indispensable mais sous-doté…

publié le  |  Imprimer

Créées en 2004, les consultations jeunes consommateurs (CJC) sont au cœur de la stratégie de prévention et d’accompagnement des jeunes face aux conduites addictives. Mais si les CJC ont développé des compétences indispensables, elles souffrent d’un manque criant de moyens. Alors que la question des drogues chez les jeunes est l’objet régulier des débats publics, la Fédération Addiction appelle les politiques à passer à l’action.

Les conduites addictives chez les jeunes sont un enjeu majeur de santé publique. Mais alors que les débats publics se concentrent bien souvent sur la réglementation des substances, la question de l’accompagnement des jeunes et des moyens qui lui sont alloués est bien moins souvent abordée.

Il s’agit pourtant d’une question essentielle car si les données montrent une tendance à la baisse concernant les expérimentations de tabac, de cannabis et d’alcool chez les jeunes depuis plusieurs années, les niveaux d’usage restent élevés et de nouvelles pratiques émergent : protoxyde d’azote, puff, CBD, jeux d’argent et de hasard…

Parmi les dispositifs dédiés aux jeunes, les consultations jeunes consommateurs (CJC) sont centrales. Elles ont été créées en 2004 pour répondre à l’augmentation des consommations de cannabis chez les jeunes. Les CJC ont évolué au fil des années et proposent aujourd’hui accueil, conseil, soutien et accompagnement aux jeunes de moins de 25 ans et à leurs familles, dans tous les champs de l’addictologie.

Template : rawpixel.com

Les CJC, un dispositif d’addictologie à l’avant-garde de l’intervention précoce

Les CJC sont parfaitement intégrées à la panoplie des dispositifs d’addictologie : elles sont généralement rattachées à un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), ce qui leur permet de bénéficier de l’équipe pluridisciplinaire du centre. Dans l’idéal, elles sont adossées à un service de prévention et disposent d’un espace dédié (dans ou hors les murs), visible et accessible.

Dans ces conditions, les CJC constituent un pivot de l’intervention précoce. L’intervention précoce est une stratégie d’action qui a pour objectif d’agir le plus tôt possible dans l’expérience d’usage et tout au long de la trajectoire de consommation, avant que ne survienne l’addiction ou d’autres conséquences néfastes.

Pour ce faire, les professionnels des CJC ont développé une véritable clinique spécifique. Car travailler avec les familles, les adolescents et les jeunes majeurs nécessite des pratiques professionnelles particulières. Et ce d’autant plus que les problématiques psychologiques, addictologiques et environnementales peuvent amener les jeunes et leurs familles à des parcours compliqués entre des dispositifs multiples : la place des CJC dans ces parcours s’inscrit dans un maillage avec d’autres institutions, ce qui demande une bonne connaissance du réseau jeunesse (éducation, santé mentale, insertion, éducation spécialisée, protection de l’enfance…).

De plus, différents programmes de prévention à destination des jeunes ont été développés et évalués positivement ces dernières années (Unplugged, Primavera, Bien Joué, Programme de soutien aux familles et à la parentalité…) et — selon l’état des lieux menés par la Fédération Addiction — les personnels des CJC sont volontaires pour s’investir sur le numérique, les consultations avancées, la sensibilisation des acteurs de premier recours, l’entourage…

Mais ce travail de partenariat et de coordination nécessite des moyens. Et ceci sont aujourd’hui largement insuffisants.

Renforcer les CJC, une urgente nécessité

Selon un rapport de l’Inspection général des Affaires sociales, l’effectif moyen d’une consultation jeunes consommateurs représente moins qu’un équivalent temps plein (0,94 ETP) et le budget de fonctionnement moyen est inférieur à 50 000€ par an. Dans ces conditions — auxquelles s’ajoutent les difficultés générales du secteur des métiers de l’humain — les CJC peinent à assurer l’ensemble des missions qui leur sont attribuées.

Il y a là une contradiction entre les discours politiques au sujet des drogues, qui mettent régulièrement en avant la question des jeunes, et les moyens concrètement alloués à cette question.

La Fédération Addiction revendique un investissement budgétaire conséquent en faveur des CJC : ainsi en 2017, nous estimions à 20 millions d’euros la somme nécessaire pour permettre à chaque CJC de bénéficier de l’équivalent d’1,5 poste (au lieu de 0,94 actuellement) et de créer d’une vingtaine de CJC dans des territoires aujourd’hui non couverts.