Dix ans après l’Assemblée générale extraordinaire de l’ONU : l’IDPC dresse un bilan contrasté des politiques mondiales des drogues
En janvier 2026, l’IDPC a publié son rapport Bilan de la décennie de l’UNGASS : lacunes, succès et pistes de réforme. Ce document analyse les évolutions intervenues depuis 2016 et interroge le rôle du régime international de contrôle des drogues dans ces changements.
En 2016, l’UNGASS avait marqué un tournant en plaçant la santé publique, les droits humains et la participation des communautés au cœur des politiques des drogues. Dix ans plus tard, le constat est nuancé. Le rapport souligne une transformation profonde des marchés : montée des opioïdes de synthèse comme le fentanyl, développement des ventes en ligne, approvisionnements plus imprévisibles et plus toxiques.
Qu’est-ce que l’UNGASS ?
L’UNGASS ou United Nations General Assembly Special Session (Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies) est une réunion exceptionnelle des États membres de l'ONU, convoquée pour débattre d’un enjeu mondial majeur.
Celle de 2016 à New York était consacrée aux drogues. Elle a constitué un moment clé pour réorienter le débat international vers des approches davantage centrées sur la santé publique, les droits humains et la participation de la société civile.
Entre 2016 et 2021, plus de 2,6 millions de décès ont été attribués à la consommation de drogues dans le monde. Dans le même temps, l’accès aux traitements reste très insuffisant : selon l’ONUDC, seule une personne dépendante sur 12 bénéficie d’un traitement.
Des avancées normatives ont pourtant eu lieu : reconnaissance accrue de la réduction des risques, débats sur la dépénalisation, développement de la régulation légale du cannabis — aujourd’hui effective pour l’usage récréatif dans des juridictions représentant plus de 380 millions de personnes. Mais ces évolutions se heurtent encore à des résistances institutionnelles et à des politiques sécuritaires dominantes.
Le rapport met également en lumière la persistance de graves atteintes aux droits humains : peine de mort pour infractions liées aux drogues dans certains pays, violences extrajudiciaires, surincarcération et impact disproportionné sur les populations marginalisées. Dans l’enquête menée par l’IDPC auprès de la société civile, seules cinq réponses sur 59 faisaient état d’une amélioration de la situation des droits humains liée aux politiques des drogues.
Et en France ?
Le rapport de l’IDPC souligne que la France a fait évoluer son cadre législatif en matière de réduction des risques en 2016, notamment en autorisant l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque, aujourd’hui appelées « haltes soins addictions ». Cette reconnaissance juridique constitue une avancée importante, en cohérence avec l’esprit de l’UNGASS qui appelait à placer la santé publique au cœur des politiques des drogues.
Pour autant, le rapport met en évidence une mise en œuvre encore inégale et fragile. Les haltes soins addictions continuent de faire l’objet d’attaques politiques récurrentes, et plus récemment, d’autres dispositifs d’addictologie comme des CSAPA ou CAARUD sont remis en question par des élus locaux. Cette instabilité illustre les tensions persistantes entre approches sanitaires et logiques sécuritaires.
L’IDPC relève également, en s’appuyant sur des études disponibles, que l’application des lois réprimant l’usage de drogues en France se fait de manière discriminatoire, les contrôles et sanctions ciblant prioritairement de jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs.
Enfin, si la participation de la société civile s’est renforcée depuis 2016, elle demeure fragile dans un contexte mondial marqué par le rétrécissement de l’espace civique et des restrictions budgétaires.
Pour l’IDPC, quatre priorités s’imposent :
- renforcer le rôle de la société civile,
- moderniser les traités internationaux,
- réformer l’architecture du système onusien pour mieux intégrer santé et droits humains,
- et faire évoluer les méthodes de travail des instances internationales.
Ce rapport constitue une ressource essentielle pour nourrir le débat public et promouvoir des politiques des drogues fondées sur la santé, les droits humains et l’efficacité.
Télécharger le rapport de l'IDPC (en anglais)