Trafic de drogues : pourquoi la répression ne suffit pas, les enseignements du Brésil
La multiplication des saisies de drogues et le renforcement des sanctions pénales permettent-ils de faire reculer durablement le trafic de drogues ? Pour François-Michel Le Tourneau et Gabriel Feltran, chercheurs au CNRS, l’expérience brésilienne invite à remettre en question cette logique.
Depuis les années 1980, le Brésil mène une politique de répression particulièrement intense. Sa population carcérale est passée de moins de 100 000 personnes à près d’un million, sans empêcher l’expansion de puissantes organisations criminelles. Certaines, comme le Primeiro Comando da Capital (PCC), se sont même développées à partir du système pénitentiaire.
Les chercheurs soulignent la capacité des marchés illégaux à s’adapter à la répression. Alimentées par des profits considérables et une demande persistante, les organisations criminelles peuvent remplacer les personnes arrêtées, réorganiser leurs activités et poursuivre leur développement.
La stratégie de « guerre contre la drogue » présente même des effets contre-productifs. L’incarcération peut favoriser le recrutement au sein des organisations criminelles, tandis que des interventions policières fondées sur l’affrontement risquent de dégrader la confiance des populations, pourtant essentielle au travail d’enquête.
Sans remettre en cause la nécessité de poursuivre les réseaux criminels et leurs violences, les auteurs soulignent les limites d’une politique reposant principalement sur le durcissement des sanctions. Ils invitent notamment à interroger les ressorts de la demande de drogues, les fonctions sociales des consommations et les mécanismes économiques qui entretiennent les marchés illégaux. Selon eux, la lutte contre le trafic de drogues ne peut ainsi être dissociée des politiques de prévention, de santé publique et d’une réflexion sur la régulation des drogues.