Assises pour la sécurité urbaine et haltes soins addictions à Lille : « il faut une communication qui sorte du sensationnel »

publié le  |  Imprimer

Les 12 et 13 octobre, à l’occasion des assises pour la sécurité urbaine organisées par le Forum français pour la sécurité urbaine, Georges Joselon directeur du CAARUD Spiritek à Lille et adhérent de la Fédération Addiction participait à la table-ronde « Co-produire et communiquer sur la sécurité : comment mieux refléter et partager la réalité complexe des enjeux de sécurité ? ». Lors de son intervention, il est revenu sur le projet de halte soins addictions à Lille mis à l’arrêt par le ministère de l’Intérieur.

Le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) est une association de collectivités territoriales dont l’objectif est de renforcer les politiques locales de sécurité urbaine en se reposant sur le triptyque prévention, sanction et cohésion sociale. À cette fin, le FFSU s’engage dans une réflexion sur la gestion des trafics et des consommations en invitant à « réinterroger les politiques de prévention et de lutte contre les drogues » 1 .

Lors de ses assises 2022, le FFSU a publié un livre blanc pour la sécurité des territoire dans lequel il demande « une évolution de la législation » en proposant de « sortir de l’approche prohibitionniste ». Le forum soutient ainsi « la mise en place de d’outils de réduction des risques et de médiation sociale dédiés tels quel les haltes soins addictions (HSA). »

Communiquer : un enjeu pour la réduction des risques

Mettre au centre de la politique publique une stratégie de prévention et de réduction des risques implique des enjeux de communication : dans le climat politique actuel, la question des drogues n’est souvent traitée qu’à travers un discours répressif. Il est pourtant crucial de faire connaître le rôle de la prévention et de la réduction des risques, d’avoir accès à un discours plus proche de la réalité et donc de contribuer à une amélioration du sentiment de sécurité.

C’est dans cette réflexion que s’est inscrite la table ronde « co-produire et communiquer sur la sécurité : comment mieux refléter et partager la réalité complexe des enjeux de sécurité ? ».

Au-delà du sanitaire, la santé publique est un atout pour la sécurité

Georges Joselon, directeur du CAARUD Spiritek, est ainsi revenu sur les péripéties du projet de HSA à Lille. Bien qu’il soit soutenu par la ville de Lille et par l’agence régionale de santé et qu’il fasse suite à un diagnostic mené par l’INSERM, le ministère de l’Intérieur a mis un coup d’arrêt au projet qui était pourtant preêt : les locaux sont sortis de terre et financés, les équipes sont formées et prêtes, le budget est validé. « Le ministère de l’Intérieur invoque une incompatibilité sur le choix de l’implantation de la HSA. La raison invoquée concerne des actions des forces de l’ordre sur le quartier concerné contre les trafics de drogues. Selon le représentant de l’Etat, il est impossible d’envisager la venue de consommateurs de drogues à la HSA, avec le risque de perturber les projets de sécurisation de la population. » explique Georges Joselon.

C’est donc l’aspect sécuritaire qui l’emporte sur une politique de prévention et de RdR que l’on sait pourtant être la plus adaptée après la réalisation du diagnostic et les débats avec les différents acteurs.

Georges Joselon précise que les nombreuses évaluations à ce sujet montrent que les HSA sont efficaces d’un point de vue sanitaire et permettent aussi une amélioration de la tranquillité publique. Communiquer sur la sécurité en reflétant la réalité complexe de ses enjeux, c’est aussi porter un discours replaçant au centre l’efficacité de la santé publique en sortant du discours guerrier et sensationnel de la lutte contre la drogue.

Porter un plaidoyer depuis les villes pour permettre l’ouverture de HSA

Que ce soit à Marseille, Lyon ou Lille, de plus en plus de villes se positionnent en faveur de l’ouverture de HSA mais sont bloquées pour différentes raisons.

Pour qu’un discours plus réaliste puisse exister politiquement et médiatiquement, Georges Joselon invite les villes souhaitant ouvrir une HSA à porter un plaidoyer commun. C’est en ce sens que travaillent le FFSU et la Fédération Addiction en rassemblant un groupe d’élus de différentes villes, et en animant les échanges entre les différentes structures médicosociales porteuses de projets via un groupe national « HSA ». L’objectif est double, d’une part accompagner les villes dans l’ouverture de HSA et d’autre part en portant ce plaidoyer auprès des pouvoirs publics.

Pour en savoir plus sur les scènes ouvertes

👉 Retrouvez notre Plan pour la disparition des scènes ouvertes de drogue.

👉 Le rapport du FFSU sur les salles de consommation à moindre risque

 

Note

1. « Livre Blanc pour la Sécurité des Territoires », Forum Français pour la Sécurité Urbaine. 2022