Prégabaline : une enquête sur les usages « pirates » chez les jeunes exilé·e·s

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Article rédigé par Edouard Henry 16 juillet 2026
La brochure "Lyrica, Saroukh, jeunesses en exil : Usages pirates de prégabaline et politique de l’abandon" s’intéresse aux usages non prescrits de prégabaline chez les jeunes exilé·e·s en France. À partir d’une enquête de terrain, les auteur·rice·s montrent que ces consommations ne peuvent être réduites à la seule question de l’addiction. Elles s’inscrivent dans des parcours marqués par la précarité, les violences, l’instabilité administrative, l’errance, l’isolement et les souffrances psychiques.

La brochure « Lyrica, Saroukh, jeunesses en exil : Usages pirates de prégabaline et politique de l’abandon », co-écrite par Marine Truchi, éducatrice spécialisée, Pervenche Pierrillas, psychologue, et Nabil Yajjou, médecin généraliste addictologue, et éditée par Enquête Critique, présente les résultats d’une enquête menée sur les usages dits « pirates » de la prégabaline (appelée également saroukh, « fusée » en darija algérien) par des jeunes exilé·e·s en France. L’étude analyse ce phénomène des points de vue socio-économiques, psychiques et culturels.

Des usages de survie…

La prégabaline est principalement prescrite pour traiter les douleurs neuropathiques et les crises d’épilepsie partielles. Elle est également utilisée de pour traiter des troubles du stress post-traumatique tels que l’anxiété généralisée. L’un des principaux constats de l’enquête est que les usages non prescrits de prégabaline par des jeunes exilé·e·s constituent avant tout des stratégies de survie. Dans certains cas, le produit circule également au sein de réseaux exerçant une emprise sur ces jeunes. Les auteur·rice·s replacent ces pratiques dans une histoire plus large des consommations en contexte de domination sociale, où certains produits deviennent accessibles, peu coûteux et adaptés aux contraintes des populations les plus précarisées. La prégabaline apparaît ainsi comme une « drogue de la survie », révélatrice de situations d’abandon institutionnel.

Cette analyse conduit également les auteur·rice·s à interroger la catégorie médicale de « mésusage », à laquelle ils et elles préfèrent les notions d’« usage non prescrit » ou d’« usage pirate » : un terme emprunté aux travaux de Paul B. Preciado dans Testo Junkie. Selon eux, ces expressions rendent mieux compte de pratiques qui répondent à des besoins réels, sans être reconnues comme telles par les institutions médicales.

… face à une situation de non-accueil

Les auteur·rice·s questionnent la manière dont ces pratiques sont généralement traitées par les institutions (sanitaires, policières, médiatiques). Plutôt que d’être comprises, elles sont souvent stigmatisées et réprimées, ce qui invisibilise les causes structurelles : politiques migratoires restrictives, précarité organisée, insuffisance de l’accès aux soins, et logiques économiques de l’industrie pharmaceutique, et le manque de dispositifs adaptés qui poussent les jeunes à développer leurs propres formes de gestion des souffrances, en dehors du cadre médical. L’usage de prégabaline devient alors une réponse à l’absence de prise en charge.

Enfin, le texte propose des pistes pour transformer les pratiques d’accompagnement de ces jeunes :

  • développer des approches de réduction des risques adaptées à ces publics ;
  • améliorer l’accès à des soins gratuits, continus et non stigmatisants ;
  • reconnaître les savoirs et les stratégies des personnes concernées ;
  • repenser les politiques sociales et migratoires qui produisent ces situations.

Télécharger la brochure

En complément : voir les replays et résumés de la série de webinaires « Accompagner les jeunes exilé·e·s »

Comment accompagner les jeunes exilé·e·s qui font usage de médicaments ? Pour sensibiliser les professionnel·le·s des structures de prévention, réduction des risques et soin en addictologie, la Fédération Addiction a organisé en 2026 une série de trois webinaires consacrés aux parcours des jeunes exilé·e·s, aux pratiques d’accueil adaptées à leurs besoins et à l’accompagnement des jeunes exilé·e·s usager·e·s de médicaments (notamment prégabaline/Lyrica). Vous pouvez retrouver les résumés et replays via les liens ci-dessous :

Crédit photo : Acdx / WikiCommons / CC