Free parties : une fuite en avant répressive dangereuse pour la santé publique

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Article rédigé par Benjamin Tubiana-Rey 10 avril 2026
L’Assemblée nationale a adopté en première lecture jeudi 9 avril une proposition de loi renforçant les sanctions contre les free parties. La Fédération Addiction s'inquiète d'un tournant répressif qui risque de fragiliser la prévention et d’aggraver les risques sanitaires.

L’Assemblée nationale a adopté, jeudi 10 avril, une proposition de loi de la députée Laetitia Saint-Paul (Horizons) visant à renforcer la pénalisation des free parties. Le texte prévoit notamment des sanctions alourdies contre les organisateurs, pouvant aller jusqu’à six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende ainsi que la confiscation du matériel .

Au-delà des organisateurs, la logique répressive s’étend également aux participants, prévoyant 1 500 euros d’amende (3 000 euros en cas de récidive), marquant un changement d’approche dans la gestion de ces rassemblements festifs.

Selon Le Mondele texte a été adopté « par 78 voix contre 67, avec le soutien du camp gouvernemental et de l’extrême droite. » Il doit maintenant être examiné au Sénat.

Une avancée pour la réduction des risques… mais insuffisante

Dans ce contexte, la Fédération Addiction se félicite de l’adoption en commission d’un amendement excluant explicitement les associations de réduction des risques du champ du délit.

Cette clarification était indispensable : dans sa rédaction initiale, le texte prévoyait une définition très large de la « participation à l’organisation » pouvant inclure les associations et professionnels intervenant au titre de la santé publique dans des actions visant à prévenir les décès par surdose, les comas éthyliques et la transmission d’infections et autres complications sanitaires liées aux usages de substances psychoactives. Ces dispositifs relèvent de la politique de réduction des risques et des dommages prévue par le législateur et financée par l’État.

Criminaliser ne fait pas disparaître les free parties

Mais pour la Fédération Addiction, le cœur du problème demeure : la stratégie de pénalisation accrue. Car l’expérience de terrain montre que ces rassemblements ne disparaissent pas sous l’effet de la répression. Au contraire, ils se déplacent et deviennent plus clandestins, compliquant l’accès des secours et des professionnels de santé.

Ce constat est documenté depuis des décennies. Déjà en 2008, le rapport du député Jean-Louis Dumont sur « les grands rassemblements festifs techno » plaidait pour une approche pragmatique fondée sur le dialogue et la prévention, plutôt que sur l’interdiction.

En rendant plus difficiles les interventions de réduction des risques, le durcissement pénal pourrait avoir des conséquences directes :

  • augmentation des accidents liés à la consommation de substances ;
  • retard dans la prise en charge des intoxications ou des surdoses ;
  • isolement des participants et moindre recours aux secours.

Par ailleurs, l’extension des sanctions aux participants constitue, pour la Fédération Addiction, une étape particulièrement préoccupante. Elle marque un basculement vers une logique de criminalisation des publics eux-mêmes, susceptible de renforcer la défiance envers les institutions et d’éloigner davantage les personnes des dispositifs de prévention.

Le projet de loi « RIPOST », présenté par le gouvernement, prévoit lui aussi de renforcer les sanctions contre les rassemblements festifs non autorisés. Pour les professionnels des addictions, ces approches convergentes traduisent une inquiétante priorité donnée à la répression au détriment de la santé publique.

Prévenir plutôt que punir

Les free parties, comme d’autres formes de rassemblements festifs, posent des enjeux réels de sécurité et de santé mais répondre à ces enjeux par la seule répression constitue une impasse : en matière de drogues et de pratiques festives, les politiques les plus efficaces sont celles qui permettent d’agir au plus près des publics.

Criminaliser davantage, c’est prendre le risque de faire exactement l’inverse. La Fédération Addiction interpellera en ce sens les sénateurs saisis du texte.

Contact presse

Benjamin Tubiana-Rey
Responsable plaidoyer et communication
b.tubiana-rey@federationaddiction.fr • 06 15 62 81 08