Protoxyde d’azote et projet de loi « Ripost » : on ne protégera pas les jeunes avec des amendes et des peines de prison
La consommation de protoxyde d’azote constitue un enjeu réel de santé publique chez les jeunes, avec une progression documentée ces dernières années et des risques graves pour la santé.
Mais transformer les usagers en délinquants, comme le propose le gouvernement avec le projet de loi « Ripost », est une réponse inadaptée et dangereuse. Les faits le prouvent : les amendes et les peines de prison ne permettent ni de réduire les consommations ni de prévenir les risques. Au contraire, la pénalisation tend à cacher les usages sans les faire disparaître, à éloigner les personnes des dispositifs de prévention et à fragiliser les liens de confiance indispensables à l’accompagnement.
Face au protoxyde d’azote, des professionnels déjà mobilisés et qu’il faut soutenir
Face aux usages de protoxyde d’azote, souvent expérimentaux et concentrés chez les jeunes, les professionnels de l’addictologie — dans les CJC (consultations jeunes consommateurs), les CSAPA (centres de soins, d’accompagnement de prévention en addictologie) et à l’hôpital — agissent : ils mènent des actions de prévention, accompagnent des jeunes, évaluent leurs consommations, interviennent précocement pour éviter les complications et proposent des soins.
Ce travail repose sur la relation, l’écoute, la dispensation d’une information fiable et la confiance. Menacer les jeunes de sanctions pénales, c’est prendre le risque de faire naître la peur d’en parler aux adultes, de voir les consommations se cacher davantage et, in fine, d’éloigner ceux qui en ont besoin des dispositifs de prévention et de soin.
La pénalisation ne fait pas reculer les usages. La prévention, si
L’exemple du cannabis est éclairant. En France, la consommation des adolescents a nettement reculé ces dernières années : chez les jeunes de 17 ans, elle est passée de 45,6 % en 2020 à 29,9 % en 2022, atteignant son niveau le plus bas jamais enregistré.
Cette baisse ne s’explique pas par un durcissement des sanctions, qui existent depuis plus de 50 ans (l’amende forfaitaire, principal outil de répression des cinq dernières années, n’étant pas applicable aux mineurs) mais par une combinaison de politiques de prévention, de dénormalisation des usages et d’évolution des représentations chez les jeunes. Plus largement, l’ensemble des consommations (tabac, alcool, cannabis) diminue chez les adolescents depuis plusieurs années en France grâce à des politiques de santé publique basées sur l’information, la prévention, un travail sur les normes sociales qui produisent des effets durables.
À l’inverse, croire que l’interdit et la sanction suffiraient à faire disparaître les usages relève d’une vision simpliste des conduites addictives : cela ne traite ni les causes des consommations ni les facteurs de vulnérabilité et détourne des leviers qui, eux, ont fait la preuve de leur efficacité.
Donner les moyens d’agir : aller vers les jeunes, avec les territoires
La priorité doit être claire : renforcer les actions de prévention et d’aller-vers, au plus près des jeunes et de leurs lieux de vie. Une approche moins spectaculaire que la sanction pénale… mais dont l’efficacité est démontrée.
Face au protoxyde d’azote, la Fédération Addiction appelle le gouvernement et les parlementaires à engager une stratégie cohérente de santé publique, fondée sur des mesures éprouvées :
- renforcer les campagnes de prévention et d’information, en particulier auprès des jeunes, et mieux comprendre les usages, leurs contextes et les besoins auxquels ils répondent en s’appuyant sur l’expertise des professionnels de l’addictologie, afin de construire des réponses réellement adaptées ;
- soutenir les interventions de réduction des risques et de proximité, en donnant des moyens pérennes aux structures d’addictologie, aux acteurs éducatifs et aux collectivités territoriales ;
- mieux encadrer la distribution et la commercialisation du protoxyde d’azote, dans la continuité de la proposition de loi déjà adoptée au Sénat.
Ces leviers sont aujourd’hui insuffisamment mobilisés, alors même que les données montrent que la prévention constitue un facteur déterminant dans l’évolution des comportements des jeunes.
Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction :
« On n’empêchera pas les jeunes de consommer en les menaçant d’amendes ou de peines de prison. En revanche, on prend le risque de les éloigner du soin et de voir se multiplier des situations graves. La réponse doit reposer sur la confiance, la prévention et l’accompagnement. »