Extension de l’amende forfaitaire à la police municipale : une réforme problématique à tous les niveaux

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Article rédigé par Léa Montagnier 18 mars 2026
Un projet de loi, actuellement examiné à l’Assemblée nationale après son adoption au Sénat, prévoit d’autoriser les policiers municipaux et les gardes champêtres à prononcer des amendes forfaitaires délictuelles (AFD), une prérogative jusqu’ici réservée aux forces de police nationale et de gendarmerie. Le Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD) alerte : derrière cette réforme, présentée comme une mesure générale, se profile un nouveau durcissement de la répression des consommateur·trices.

Qu’est-ce-que l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) ?

L’amende forfaitaire délictuelle (AFD) est une procédure pénale introduite en 2016 dans le but de simplifier et désengorger les juridictions pénales. Elle permet aux forces de l’ordre nationales de sanctionner certains délits par une amende délivrée immédiatement après la constatation des faits, sans passer devant un juge. Sous couvert d’une simple amende, son paiement vaut en réalité reconnaissance de culpabilité et entraîne une inscription au casier judiciaire. En matière de drogues, l’AFD est applicable, depuis 2020, au délit d’usage simple.

Loin d'une réforme transversale, le renforcement d'une politique répressive en échec

L’extension des compétences de la police municipale en matière d’AFD est présentée, dans le projet de loi, comme un moyen de renforcer la sécurité publique au sens large. En principe, cette procédure peut en effet s’appliquer à une grande diversité d’infractions relatives au maintien de l’ordre public – plus de 80 peuvent aujourd’hui y donner lieu : vente à la sauvette, occupation de halls d’immeubles, usage de fumigènes, etc.

Pourtant, dans les faits, l’AFD est très majoritairement utilisée pour sanctionner l’usage de stupéfiants : selon le ministère de l’Intérieur, en 2024, 40 % des AFD concernaient ce type de délit. Une proportion élevée, en constante augmentation, qui confirme que l’AFD est devenue un outil central de la répression des simples consommateur·trices… sans qu’aucun effet positif n’ait été mesuré : les consommations ne diminuent pas et les trafics, non couverts par le champ de l’AFD, ne sont pas impactés.

À propos du CNPD

Depuis 2018, le Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD) rassemble des organisations d’usagers, avocats, magistrats, policiers, professionnels de l’addictologie, défenseurs des droits humains et de la santé. Ensemble, nous œuvrons pour une réforme des politiques des drogues en France en plaidant pour une approche fondée sur la réduction des risques, la prévention et la protection des droits des personnes.

Une escalade répressive qui élude les enjeux de fond et fragilise les libertés fondamentales

Malgré l’inefficacité de l’AFD, le texte propose d’en renforcer mécaniquement l’usage : en élargissant le nombre d’agents habilités à verbaliser, il s’agit d’augmenter nécessairement le nombre de sanctions. Cet entêtement dans l’échec est à l’image de la politique française des drogues : comme toujours, priorité est faite à la répression et à la sanction de l’usage. Pendant ce temps, les trafics prospèrent et les personnes qui en ont besoin n’ont pas accès à un accompagnement adapté. Le fond du problème demeure ainsi largement ignoré : absence de politique sociale, d’insertion, d’accompagnement sanitaire et de véritable stratégie de prévention.

En plus d’échouer à endiguer les consommations de drogues, l’AFD pose de sérieux problèmes en matière de respect des droits fondamentaux. Mais avec cette réforme, c’est un nouveau cap qui serait franchi : la fragilisation de principes constitutionnels essentiels tels que la séparation des pouvoirs et l’unité d’application de la loi. Un état de fait alarmant constaté par de nombreux acteurs et institutions de défense des droits humains comme le Défenseur des droits.

Ne pas abandonner la réforme, mais la réorienter en profondeur : ce que propose le CNPD

Ce projet de réforme constitue une occasion importante de sortir enfin du réflexe répressif pour s’attaquer aux questions de fond – car la réflexion engagée sur le rôle et les missions des polices municipales est essentielle. Leur force réside en effet dans leur ancrage territorial et leur connaissance fine des réalités locales.

Cette proximité peut devenir un levier précieux pour une politique des drogues plus efficace et plus protectrice des droits, en mettant en œuvre une approche davantage en phase avec les besoins identifiés par les acteurs de terrain ainsi qu’avec les recommandations européennes et internationales : actions de médiation, orientation vers les dispositifs sanitaires et sociaux, accompagnement vers des structures de soins, d’insertion ou de soutien.

Le CNPD appelle ainsi à réorienter la réforme de façon à ne pas faire de la police municipale le simple relais d’une logique pénale, mais un véritable acteur de prévention et de coordination, au service de l’ordre public autant que du bien-être social.

Télécharger le dossier « AFD et police municipale »

Signataires et contacts

• Addictlib
• ASUD – Autosupport des usagers de drogues
• Cannabis Sans Frontières (07 51 35 02 34)
• Fédération Addiction (b.tubiana-rey@federationaddiction.fr)
• LDH – Ligue des droits de l’homme (presse@ldh-france.org – 01 56 55 51 00)
• Médecins du monde
• NORML France
• PCP – Police Contre la Prohibition
• Safe
• SOS Addictions
• SAF – Syndicat des avocat·es de France
• Syndicat de la magistrature (contact@syndicat-magistrature.org)