Communiqué de presse des acteurs marseillais : La crise change d’échelle, les pouvoirs publics doivent changer de réponse

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Article rédigé par Fédération Addiction 1 octobre 2026
Crack, grande précarité, santé, hébergement : le collectif TEMPO, qui regroupe des acteur de la santé, du social et du médico-social à Marseille, demande une mobilisation exceptionnelle de l’État et des collectivités.

Communiqué du collectif TEMPO

À Marseille, la situation n’est plus tenable à moyens constants.

Progression rapide de la cocaïne basée (« crack »), grande précarité, troubles psychiques, polyconsommations, problèmes de santé, absence ou instabilité de logement : les situations rencontrées dans l’espace public se sont profondément aggravées et diversifiées. Les femmes et les jeunes sont durement touchées.

Les professionnels de terrain le constatent quotidiennement. Les habitants et les commerçants le vivent également. Les dispositifs de première ligne, l’hébergement, l’addictologie, la psychiatrie et les solutions de stabilisation sont sous pression.

Ce qui était hier une situation préoccupante est devenu un changement d’échelle.

Et pourtant, la réponse publique reste trop souvent organisée par dispositifs séparés, avec des capacités insuffisantes et des réponses qui arrivent après la crise.

Nous ne pouvons plus gérer une crise qui s’aggrave avec les moyens d’hier

Le collectif TEMPO refuse de choisir entre les personnes les plus précaires, les habitants, les commerçants et la tranquillité publique.

Il faut protéger les personnes et protéger les espaces publics. Il faut soigner, réduire les risques, héberger, accompagner et prévenir les tensions.

Réprimer et déplacer les scènes de consommation ne fonctionne pas. Répondre uniquement par l’urgence ne suffit pas. Demander aux associations de faire davantage sans leur donner les moyens nécessaires ne suffit plus.

La crise ne se résoudra pas par une succession de réponses ponctuelles. Elle exige une stratégie publique intégrée et des moyens à la hauteur.

L’Île-de-France l’a déjà fait : pourquoi Marseille devrait-elle attendre ?

Depuis 2019, des mesures conjointes soutenues institutionnellement ont été mises en place en Île-de-France sous la désignation de « Plan crack », et ce dispositif est toujours déployé aujourd’hui.

Ce plan repose sur un principe simple : face aux consommations de crack dans l’espace public, il faut pouvoir mobiliser des réponses exceptionnelles et agir simultanément sur les dimensions sanitaires et sociales.

Des dispositifs ont ainsi été créés ou renforcés : espaces de repos, élargissement des maraudes coordonnées entre les acteurs, renforcement de l’aller-vers et déploiement de solutions d’hébergement.

Cette mobilisation démontre qu’il est possible, lorsque les besoins sont identifiés comme exceptionnels, de renforcer concrètement les moyens de réduction des risques, d’hébergement et d’accompagnement au-delà des capacités ordinaires.

Marseille fait aujourd’hui face à une situation qui appelle la même capacité de réaction.

Il ne s’agit pas de reproduire à l’identique un modèle conçu pour un autre territoire. Il s’agit de tirer les conséquences d’une réalité désormais nationale : des situations similaires apparaissent, se déplacent et se répètent sur différents territoires.

Pour repondre a la crise humanitaire, TEMPO met sur la table un plan. Aux pouvoirs publics d’agir.

Depuis février 2026, le collectif TEMPO a expérimenté une coordination renforcée : environ 5 maraudes mixtes par semaine, 140 professionnels mobilisés et plus de 3 500 rencontres avec les personnes concernées.

À partir de cette expérience et des constats de terrain, TEMPO présente aujourd’hui un Plan de réponse intégré comprenant 41 actions : maraudes renforcées 7 jours sur 7, réduction des risques, médiation, coordination territoriale, CAARUD, espaces de repos, hébergement et stabilisation, accès aux soins somatiques et addictologiques, équipes mobiles, psychiatrie, logement accompagné, recherche et évaluation.

Le plan existe. Les besoins sont documentés. Les solutions sont identifiées. Ce qui manque désormais, ce sont les moyens publics pour les mettre en œuvre. Le besoin de financement est évalué à environ 20,5 millions d’euros dès la première année.

Notre interpellation est claire

Nous demandons à l’État, à l’ARS, à la Ville de Marseille et aux collectivités compétentes de prendre la mesure du changement d’échelle et de mobiliser des moyens exceptionnels.

Pas demain. Pas uniquement lorsque les tensions deviennent ingérables. Maintenant.

Nous demandons :

  • Des capacités supplémentaires immédiates pour l’aller-vers et la réduction des risques ;
  • Une médiation renforcée avec les habitants et les acteurs économiques ;
  • Des places d’hébergement et de stabilisation adaptées ;
  • Des capacités de soins intégrant addictologie, psychiatrie et santé somatique renforcées ;
  • Une coordination durable entre santé, social, logement, tranquillité publique et justice ;
  • Et un financement public permettant de sortir durablement de la gestion au jour le jour.

Les associations mais surtout l’ensemble des Marseillais concernés ne peuvent pas être la variable d’ajustement de cette crise qui dépasse leurs capacités.

Marseille ne manque pas seulement de dispositifs : elle manque aujourd’hui de la capacité publique à les dimensionner à la hauteur de la situation.

Le collectif TEMPO met son expertise, son expérience et son plan sur la table.

À présent, la responsabilité est publique.

Face à une crise qui change d’échelle, maintenir les moyens actuels n’est plus une option opérationnelle.

TEMPO demande donc une décision politique : changer d’échelle, financer le plan et construire enfin une réponse à la hauteur de la situation marseillaise.

Contact presse

Laurence Emin, directrice d'Addictions Méditerranée
l.emin@ad-med.fr