Hépatite C en Europe : les discriminations freinent l’accès au soin
Hépatite C : un traitement efficace mais des barrières d'accès d'origine politique
L’Organisation mondiale de la santé vise une réduction de 90 % des nouvelles infections à l’hépatite C et une diminution de 65 % des décès d’ici 203 ainsi qu’un accès au dépistage pour au moins 90 % des personnes infectées et un accès au traitement pour au moins 80 % des personnes éligibles.
Atteindre ces objectifs suppose de réduire les inégalités d’accès aux soins pour les publics les plus exposés, en particulier les usagers et usagères de drogues par injection, de renforcer l’accès aux outils de réduction des risques et de garantir l’accès universel aux traitements antiviraux à action directe, efficaces à plus de 95 %.
Dans un rapport publié en mai 2026, Correlation, le réseau européen de réduction des risques, révèle que de nombreuses villes européennes maintiennent des obstacles au dépistage et au traitement. Le dépistage de l’hépatite C est certes proposé dans 93 % des villes interrogées mais son accès reste très inégal :
- Dans 36 % des villes, les personnes migrantes sont écartées par des barrières financières et dans 12 des 42 villes incluses dans le rapport l’accès au traitement est même conditionné à l’ouverture de droits sociaux.
- Les personnes utilisatrices de drogues (PUD) font l’objet de discriminations qui limitent leur accès aux soins, en particulier en médecine générale : 26 des 42 villes signalent un accueil moins empathique et respectueux à leur égard, et 25 villes sur 42 relèvent le même constat en pharmacie.
- Dans 9 villes, des refus de soins envers les PUD sont rapportés dans les services de gastro-entérologie ou de médecine infectieuse.
- Enfin, les structures de réduction des risques — souvent l’une des seules portes d’entrée pour les personnes les plus précarisées — restent sous-financées pour mener des actions de dépistage et de soin à la hauteur des besoins, selon 21 des 42 villes.
Des recommandations pour favoriser l'accès au dépistage et au traitement de l'hépatite C
Le rapport de Correlation identifie des actions prioritaires pour réduire les inégalités d’accès aux soins qui touchent les personnes migrantes et les personnes utilisatrices de drogues :
- Aller vers les publics là où ils se trouvent, en proposant le dépistage et l’accès au traitement dans des lieux à bas seuil d’accès qui ont déjà gagné la confiance des personnes les plus exposées.
- Sécuriser le financement des structures de réduction des risques et renforcer la continuité des soins grâce à des partenariats plus solides avec les professionnels de santé, notamment les hépatologues et les gastro-entérologues.
- Garantir un accès universel, inconditionnel et gratuit au dépistage et au traitement, quel que soit le statut administratif de la personne.
- Lutter contre les discriminations envers les PUD dans les lieux de dépistage et de soin, par des recommandations nationales interdisant les refus de soin liés à l’usage de drogues, des formations dédiées et une réelle participation des personnes concernées aux décisions qui les concernent.
- Systématiser le redépistage des personnes déjà traitées, qui restent les plus exposées au risque de réinfection.
Lire le rapport (en anglais)
Qu'est-ce que Correlation (C-EHRN) ?
Correlation – European Harm Reduction Network (C-EHRN) est le réseau européen de structures de réduction des risques. Il produit de la recherche, accompagne l’évolution des pratiques professionnelles et plaide pour des politiques des drogues fondées sur la réduction des risques et les droits humains. Chaque année, le C-EHRN publie un rapport sur l’état de l’accès à la réduction des risques pour les personnes utilisatrices de drogues en Europe à partir de données issues de structures présentes dans 42 villes européennes.
En tant que point focal français, la Fédération Addiction contribue chaque année à ce rapport, qui donne la parole aux structures de terrain sur l’état de la réduction des risques.