Les équipes de liaison en addictologie, au cœur de la coordination des parcours à l’hôpital et en dehors

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Article rédigé par Bastien Bluzet 15 juillet 2026
En addictologie, la qualité de l'accompagnement repose autant sur les soins que sur la capacité des professionnels à travailler ensemble. À l'hôpital, les équipes de liaison et de soins en addictologie (ELSA) jouent un rôle clé en assurant le repérage des conduites addictives, l'appui aux équipes soignantes et la coordination avec les acteurs du territoire afin de garantir la continuité des parcours de soins.

Infirmière et puéricultrice de formation, Laurence Granero exerce au sein de l'ELSA de l'hôpital Pellegrin, au CHU de Bordeaux, où elle assure également des consultations de tabacologie. Elle revient sur les missions de ces équipes, les défis auxquels elles sont confrontées et l'importance du partenariat dans l'accompagnement des personnes concernées par une addiction.

Fédération Addiction : Quelles sont les missions de votre équipe de liaison et de soins en addictologie (ELSA) ?

Laurence Granero : Nous intervenons, à la demande des équipes hospitalières, dans l’ensemble des services du centre hospitalier Pellegrin pour évaluer les situations d’addiction, accompagner les patient·es et les orienter vers les dispositifs les plus adaptés à leur lieu de vie. Nous soutenons également les équipes dans la prise en charge du sevrage et proposons un appui afin de favoriser le maintien de l’hospitalisation dans les meilleures conditions.

Notre mission ne s’arrête pas aux patients : nous contribuons aussi à diffuser une culture addictologique auprès des professionnel·les de santé, notamment autour des enjeux liés au sevrage et au craving.

Qui sont les patient·es que vous accompagnez ?

Nous rencontrons des personnes aux profils très variés. Certaines découvrent l’addictologie à l’occasion de leur hospitalisation, d’autres bénéficient déjà d’un suivi. Les demandes peuvent concerner une évaluation avant une intervention chirurgicale, des complications liées aux consommations, un sevrage, une prise en charge de la douleur ou encore des facteurs de risque repérés par les équipes.

Chaque situation fait l’objet d’une évaluation individualisée. Selon les besoins, nous proposons de l’information, de la réduction des risques, un accompagnement vers le soin ou une coordination avec les professionnels qui suivent déjà la personne.

La coordination est au cœur du travail des ELSA. Comment s'organise-t-elle ?

Nous travaillons avec l’ensemble des professionnel·les susceptibles de participer à l’évaluation ou au projet de soins du patient. À l’hôpital, cela inclut les différentes unités de notre pôle d’addictologie mais aussi l’équipe de liaison psychiatrique pour évaluer d’éventuelles comorbidités, ou encore le centre d’évaluation et de traitement de la douleur. Nous collaborons également avec d’autres établissements disposant d’unités d’addictologie ou de psychiatrie.

En dehors de l’hôpital, nous sommes en lien avec les médecins traitants, les addictologues, les psychiatres, les psychologues, les pharmaciens ou encore les orthophonistes, ainsi qu’avec les CSAPA, les CAARUD, les établissements de post-cure et les dispositifs dédiés aux jeunes. Ce réseau s’étend au-delà de Bordeaux, en fonction du lieu de vie des patients, à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine.

Les échanges prennent des formes variées (rencontres, visioconférences, appels téléphoniques, mails ou courriers) et permettent de construire une prise en charge adaptée à chaque situation. Cette coordination est essentielle pour assurer la continuité des soins, favoriser l’adhésion du patient et proposer un accompagnement cohérent, en lien avec l’ensemble des intervenants.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?

La première difficulté tient au temps dont nous disposons. Certaines hospitalisations sont très courtes, notamment aux urgences, ou ne durent que quelques jours, alors même que les situations nécessiteraient parfois une évaluation approfondie et un accompagnement plus long.

Nous sommes également confrontés à des délais importants pour l’accès aux soins après la sortie de l’hôpital. Les patient·es nous font souvent part de leur difficulté à obtenir un rendez-vous en psychiatrie ou en CSAPA et les médecins traitants peuvent se retrouver en difficulté face à des situations complexes. Dans ce contexte, certaines ELSA, dont la nôtre, développent des consultations après hospitalisation afin de poursuivre la réflexion autour du projet de soins personnalisé, même si cela peut impliquer pour le patient de changer de cadre de prise en charge après quelques semaines ou mois.

Enfin, la stigmatisation des personnes concernées par les addictions reste une réalité. Les échanges avec les équipes soignantes sont donc essentiels pour faire évoluer les représentations et améliorer la qualité de l’accompagnement.

Vous développez aussi des actions de prévention en dehors de l'hôpital. Pourquoi est-ce important ?

Nous avons récemment participé, avec un autre établissement de soins, à une action de prévention sur le tabac organisée à la demande de la ville de Bordeaux, sur un marché de quartier. Cette démarche d’« aller-vers » permet d’aborder les questions d’addiction dans un cadre différent et de faciliter la parole. La prévention fait pleinement partie du soin !

Un message que vous souhaiteriez adresser aux professionnel·les ?

Les ELSA ont un rôle essentiel dans la coordination des parcours de soins. Les pratiques évoluent en permanence et il est important que les professionnels puissent partager leurs expériences, confronter leurs points de vue et construire ensemble des réponses adaptées aux besoins des patients.