Santé sexuelle : le chemsex entre enfin dans la stratégie nationale
Avec la publication, ce 7 septembre 2026, de la Stratégie nationale de santé sexuelle par le ministère de la Santé, le chemsex entre enfin pleinement dans les politiques publiques de santé sexuelle. La feuille de route lui consacre en effet un axe entier et affirme la nécessité d’articuler santé sexuelle, addictologie, santé mentale et réduction des risques.
Deux actions sont prévues : renforcer la prévention, la réduction des risques et la formation des professionnels, structurer des parcours de soins pluridisciplinaires et intégrés.
Des orientations qui rejoignent les enseignements du projet ARPA-Chemsex
Ces orientations rejoignent largement les conclusions du projet ARPA-Chemsex, mené par la Fédération Addiction et AIDES depuis 2021 : décloisonner les réponses, renforcer les coopérations entre addictologie, santé sexuelle, santé communautaire et santé mentale, et partir des besoins des personnes concernées.
La feuille de route reconnaît d’ailleurs que l’offre reste trop fragmentée et souligne l’importance des expérimentations associatives et communautaires. Elle fait aussi de la réduction des risques un pilier de la réponse et prévoit des actions sur les réseaux sociaux et applications de rencontre, ainsi que de nouvelles formations pluridisciplinaires.
Pénalisation de l'usage : un problème enfin reconnu
Autre évolution notable : le ministère reconnaît que le cadre pénal de l’usage de drogues peut compliquer le recours aux secours, notamment par crainte de poursuites. Cela rejoint directement les alertes portées par la Fédération Addiction et plusieurs associations : lorsqu’une personne hésite à appeler les secours lors d’une surdose par peur d’une interpellation ou de poursuites, la pénalisation devient elle-même un facteur de risque sanitaire.
Pour autant, la traduction proposée par la feuille de route reste très timide : le ministère prévoit seulement, à l’horizon 2028-2029, une étude de faisabilité juridique, des recommandations et la constitution d’un groupe de travail interministériel Santé-Justice-Intérieur sur le recours aux secours « sans crainte de poursuite ». Le sujet entre donc dans l’agenda des politiques publiques, ce qui constitue une avancée, mais la réponse demeure renvoyée à une échéance lointaine alors que des propositions de législation sont déjà sur la table et peuvent être mises en discussion dès aujourd’hui.
D’autres enjeux en lien avec les addictions
Au-delà du chemsex, la stratégie concerne directement les personnes usagères de drogues sur les hépatites virales : elles sont identifiées parmi les publics encore insuffisamment dépistés et accompagnés. La feuille de route prévoit notamment de renforcer l’aller-vers, le dépistage hors les murs, la coordination entre acteurs et les programmes intégrant la réduction des risques.
La réaction de AIDES : « des ambitions sans moyens »
Dans un communiqué, AIDES salue plusieurs orientations de la feuille de route, notamment le renforcement du dépistage, la PrEP à longue durée d’action, le développement des centres de santé et de médiation en santé sexuelle et la reconnaissance du chemsex comme enjeu prioritaire.
Mais l’association juge ces ambitions fragilisées par l’absence de moyens et de garanties de mise en œuvre, ainsi que par un calendrier trop tardif, en particulier sur le chemsex et l’appel aux secours sans crainte de poursuites, notant que « Pendant ce temps, Il y a des décès chaque semaine. ».
AIDES regrette également l’absence de prise en compte suffisante de l’accès aux droits et aux soins des personnes étrangères et s’inquiète de voir l’objectif d’élimination de la transmission du VIH en 2030 perdre en visibilité dans la stratégie.
Télécharger la Stratégie nationale de santé sexuelle 2026-2030