« Explosion » des surdoses à Paris : la Fédération Addiction rappelle que chaque mort par surdose est une mort évitable

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Article rédigé par Benjamin Tubiana-Rey 5 octobre 2026
Alors que le parquet de Paris alerte sur une forte augmentation des surdoses mortelles dans la capitale, la Fédération Addiction rappelle que ces drames ne sont pas une fatalité. Les outils pour prévenir les décès existent : prévention, réduction des risques, accès à la naloxone et appel rapide aux secours. Encore faut-il les rendre accessibles et garantir que personne ne renonce à appeler les secours par crainte d’être poursuivi : la Fédération Addiction demande ainsi l’adoption d’une loi « bon samaritain ».

Avec 59 décès recensés au 28 septembre 2026 contre 30 sur l’ensemble de l’année 2025, les chiffres des surdoses à Paris sont particulièrement préoccupants. D’autant qu’ils s’inscrivent dans une tendance nationale : l’enquête DRAMES, qui recense les décès directement liés à l’usage de médicaments et de substances psychoactives, a dénombré 659 décès directs en 2024, contre 503 en 2019, soit une augmentation de 31 % en cinq ans.

Derrière ces chiffres se trouvent des produits, des pratiques et des contextes très différents. Opioïdes, cocaïne, cathinones, GHB, kétamine, contextes festifs, chemsex ou consommation de rue n’exposent pas aux mêmes risques et n’appellent pas exactement les mêmes réponses. Mais nous savons qu’aucune mort par surdose ne doit être considérée comme une fatalité : prévention, réduction des risques et intervention rapide des secours permettent de sauver des vies.

La prévention et la réduction des risques pour éviter les décès

Les surdoses ne sont pas un phénomène nouveau et nous disposons, en France, d’outils qui ont fait leurs preuves pour en réduire le nombre et la gravité. La réduction des risques en fait partie : informer sur les produits et leurs effets, prévenir les risques liés aux mélanges ou aux dosages, faciliter l’accès aux professionnels de santé et d’addictologie et, lorsque cela est nécessaire, proposer des espaces permettant de consommer dans des conditions plus sûres. Ces outils doivent avoir toute leur place dans les politiques publiques et bénéficier d’un soutien politique et financier à la hauteur des enjeux.

L’analyse de substances doit notamment faire l’objet d’une véritable politique publique, structurée et financée à la hauteur des besoins. Elle permet aux personnes de mieux connaître la composition des produits qu’elles consomment, d’adapter leurs pratiques et de prévenir certains risques, tout en contribuant à mieux documenter les produits en circulation. En Île-de-France en particulier, le réseau Analyse ton prod’ répond à des besoins importants mais reste sous-doté au regard de la demande.

La prévention s’inscrit dans la même logique : donner aux personnes les moyens de comprendre les risques et d’agir pour les réduire. Elle ne consiste pas à faire peur, culpabiliser ou multiplier les campagnes « choc » dont l’inefficacité est démontrée et qui peuvent être contre-productives. Une prévention efficace repose au contraire sur des informations concrètes et accessibles : quels sont les risques ? Comment les réduire ? Quels sont les signes d’une surdose ? Que faire lorsqu’elle survient ? Quand et comment appeler les secours ?

Notre responsabilité collective est de donner aux personnes les moyens d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Naloxone : un antidote aux surdoses d’opioïdes qui doit être disponible partout

Pour les surdoses aux opioïdes, un antidote existe : la naloxone. Elle peut être administrée par toute personne témoin d’une surdose dans l’attente des secours. Elle est aujourd’hui disponible en pharmacie et distribuée gratuitement dans les structures spécialisées, notamment les CSAPA et les CAARUD. Toutefois sa diffusion reste très insuffisante en France, freinée par des obstacles réglementaires, un manque d’information et des pratiques encore trop inégalement appliquées.

La Fédération Addiction demande d’aller plus loin : la naloxone doit pouvoir être délivrée systématiquement lors de la prescription d’opioïdes et les acteurs de proximité (structures sociales, maraudes, associations de réduction des risques, acteurs du milieu festif, secouristes ou encore forces de l’ordre) doivent disposer d’un cadre leur permettant de s’approvisionner, de la distribuer et de l’administrer.

Appeler les secours ne devrait jamais exposer à une sanction

Lorsqu’une vie est en jeu, personne ne devrait avoir à se demander s’il risque une sanction avant de composer le 15 ou le 112. Or le cadre pénal français continue de faire de l’usage simple de stupéfiants un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. Cette menace pénale peut dissuader les témoins d’une surdose d’appeler les secours, d’autant plus lorsque certains parquets revendiquent une politique de fermeté à l’occasion même de surdoses.

Il est temps de changer la loi. La Fédération Addiction demande l’adoption d’une loi « bon samaritain », sur le modèle de dispositifs existants notamment au Canada et dans certains États américains. Cette protection doit garantir qu’une personne qui appelle les secours pour elle-même ou pour un tiers ne puisse être poursuivie pour usage ou détention de stupéfiants sur la seule base des éléments découverts à l’occasion de cet appel ou de l’intervention des secours.

Face à une surdose, sauver une vie doit toujours primer sur la sanction de l’usage.

La Fédération Addiction est le principal réseau en France dédié aux questions liées aux drogues et aux addictions : elle regroupe 850 établissements et services de santé ainsi que plus de 500 professionnels de la prévention, du soin, de l’accompagnement et de la réduction des risques. La Fédération Addiction s’intéresse à toutes les addictions et toutes les drogues, légales ou illégales. Elle défend des politiques qui mettent l’accent sur la santé publique et les besoins des usagers.

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Contact presse

Benjamin Tubiana-Rey
Responsable plaidoyer et communication
b.tubiana-rey@federationaddiction.fr
06 15 62 81 08