[VIDEO] Discours d’ouverture de Nicolas Prisse lors du #CONGRESADDICTION 2018

publié le  |  Imprimer

Discours 2018 du Président de la MILDECA Nicolas Prisse :

Monsieur le Président de la Fédération addiction, cher Jean-Pierre,

Madame la Directrice générale adjointe de la santé, chère Anne-Claire,

Madame l’adjointe à la Maire de Paris,

Monsieur le Directeur général de l’ARS,

Mesdames, Messieurs,

 

Merci beaucoup de m’avoir invité à être à vos côtés ce matin. J’admire sincèrement le choix du thème de vos journées, la qualité de l’édito ainsi que la richesse du programme que vous proposez.

Pourtant, je ne me risquerai pas sur le terrain des changements de paradigme que vous interrogez aujourd’hui. J’en suis bien incapable. Souhaitiez-vous d’ailleurs me préserver d’une exposition ridicule ou de la tentation d’avoir recours à je ne sais quelle substance pour « m’augmenter » et venir à bout d’un discours qui n’est pas pour moi… ? Toujours est-il que vous avez eu la délicatesse de me demander une intervention plus « classique » sur la politique interministérielle élaborée et conduite par la Mildeca et ses partenaires.

Et même sur terrain, je me suis dit que j’allais peut-être vous décevoir.

Car certes nous coordonnons depuis quelques mois, les travaux d’élaboration du plan national de mobilisation contre les addictions, certes le cabinet du PM a déjà présidé des RIM pour en examiner le contenu… mais des questions demeurent à l’arbitrage… vous le savez d’ailleurs puisque vous allez participer à la concertation sur certaines mesures concernant l’alcool qui vont débuter dans quelques jours.

Donc, cette feuille de route nationale de mobilisation – ces termes ne sont pas choisis au hasard, car l’idée est bien d’embarquer, au-delà de la sphère gouvernementale, l’ensemble de ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par les conduites addictives, c’est-à-dire à peu près toute la population française – cette feuille de route n’est pas achevée, pas arbitrée et donc pas validée. Et je ne peux donc pas ici en dévoiler un contenu incomplet ou incertain, et confisquer le privilège de ces annonces à celui qui devra les prononcer.

Au Havre, l’an dernier, je vous avais déjà indiqué les chantiers que je pressentais essentiels pour les années à venir. J’avais esquissé les premiers constats et les chemins de réflexion et d’action, nécessairement communs.

Nous avons par la suite travaillé en nous appuyant sur trois postulats : fonder l’action publique sur les résultats de la recherche scientifique et de l’évaluation ; créer les conditions d’un libre choix, par l’étayage des compétences de chacun et la juste information du public ; venir en aide, précocement, et de manière coordonnée.

La plupart des constats et des pistes ont pu être précisés au terme des travaux que nous avons menés, en nous intéressant aux produits et comportements, aux populations clés, et aux milieux de vie.

Il me semble inutile de revenir sur les principaux chiffres qui illustrent l’importance et la gravité des conduites addictives en France. Nous les connaissons tous.

Au-delà des chiffres, ce sont aussi des récits de vie que vous croisez quotidiennement. Au-delà des figures associées de façon caricaturale dans l’imaginaire collectif – dont l’archétype est la personne dépendante prise dans une spirale d’exclusion -, les personnes concernées ont des profils extraordinairement divers. Ce sont également l’adolescent, initié en famille ou par ses copains, qui consomme quotidiennement et accumule les difficultés sociales et scolaires; la femme active – ou l’homme – , soumise aux multiples exigences de sa vie professionnelle et personnelle, qui sombre dans l’alcoolisme et la dépendance aux médicaments psychotropes, sans percevoir le glissement ; le jeune adulte qui, au terme d’une vie étudiante ponctuée de soirées et de fêtes, ne parvient pas à limiter ses consommations ; le fumeur qui imagine qu’il peut programmer sereinement le jour où il s’arrêtera seul ; le couple qui, mal informé, considère que l’on peut toujours boire un peu au cours d’une grossesse…

Avec ces récits, on entrevoit notre tâche, immense et permanente.

Mais la dégradation de l’image du tabac pour les jeunes générations, et la baisse de leurs consommations montrent que l’action publique et collective peut fonctionner, gagner la bataille de l’image, et donc des usages. Il ne faut toutefois pas baisser la garde face à ce tueur en série historique, continuer inlassablement à informer, prévenir et dissuader ; et tout faire pour aider les fumeurs à arrêter.

L’alcool en revanche, reste, dans les perceptions des jeunes et d’une grande partie de la population, essentiellement associé à la fête, l’insouciance, la convivialité, avec une première initiation qui se produit souvent dans le cercle familial. Il s’agit de l’une des questions les plus complexes à traiter, à la croisée d’intérêts, d’histoire commune, de représentations marquées, mais aussi de conséquences sanitaires et sociales majeures. Au moment où l’Assemblée nationale vient d’achever la première lecture du projet de loi contre les violences sexuelles et sexistes, il faut rappeler que plus de 30 % des agressions sexuelles ont lieu sous l’emprise de l’alcool.

Le débat sur l’alcool est difficile et rugueux, mais il a lieu. A-t-on précédemment autant écrit et parlé de ce sujet, avec la mise en lumière de données telles que celles publiées par SPF et l’INCA, l’OFDT ou, plus récemment, celles de l’INSERM issues de la cohorte Constance, qui nous indique que plus de 30 % des hommes de 18 à 35 ans ont une consommation dangereuse, au regard du score de l’Audit, et que 6 autres pour cent souffrent de dépendance…. ? Nous pouvons même nous appuyer sur des résultats qui démontrent que l’éducation précoce au goût, en famille, est un facteur de risque prédictif des épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante à l’adolescence.

On veut nous faire croire qu’il n’y a pas de marge de progrès sur ce sujet, que les choses sont jouées. Je ne le crois pas. De nombreux élus locaux, des journalistes et une bonne partie de l’opinion sont loin de considérer qu’il s’agit d’une question tabou. J’en veux pour preuve les échanges que nous avons eus ici même, il y a quelques jours, lors de la troisième journée nationale de prévention des conduites addictives en milieu professionnel. Nous avions choisi simplement d’intituler cette journée « alcool et travail, parlons-en ! ». Et nous en avons vraiment parlé ! J’ai même été frappé par la sérénité du débat et le sentiment que d’immenses avancées sont possibles, sans brutalité, ni exagération, pas à pas, avec des professionnels, dirigeants et représentants des personnels de divers secteurs qui ont déjà mis en œuvre des solutions et enclenché un mouvement de fond.

Quant au cannabis, c’est une représentation positive qui se confirme autour de ce produit, accentuée par les propriétés « naturelles » prêtées à l’herbe, des risques trop méconnus, un discours des adultes parfois ambigu qui contribuent à brouiller les représentations des plus jeunes. Là encore, un débat a eu lieu, une décision politique a été prise et le débat reviendra au Parlement. Nous verrons. Ceux qui, avec leurs convictions que je respecte, souhaitaient que la France s’engage plus avant sur la voie de la dépénalisation ou de la légalisation, sont sans doute déçus. Le sujet se reposera probablement un jour. Mais aujourd’hui je crois que nous avons sur ce sujet également le devoir de porter ensemble un message clair en direction des plus jeunes qui ont du mal à trouver des repères simples vis-à-vis de ce produit.

Dans le cadre qui est celui qui a été décidé par le Gouvernement, des questions demeurent. Je souhaite notamment que nous puissions avancer vers un éclaircissement des procédures qui consistent à orienter des consommateurs vers le soin à partir du système judiciaire. Je considère que le système aujourd’hui n’est satisfaisant pour aucune des parties : les magistrats, qui se voient confier la tâche d’évaluer le niveau de dépendance et la nécessité d’une prise en charge sanitaire, les professionnels de l’addictologie mobilisés pour accueillir un public qui n’en a pas toujours besoin, déjà suivi ou qui en a besoin mais qui, ne souhaite ni ne peut, dans les conditions d’une interpellation ou d’une procédure judiciaire, se projeter dans l’alliance nécessaire avec son ou ses thérapeutes.

La prise en charge des addictions relève fondamentalement d’une politique de santé publique, et non pénale, homogène sur tout le territoire. J’espère que nous pourrons progresser sur cette voie.

Toujours concernant les produits illicites, il nous faut rester particulièrement vigilants concernant les autres produits : la cocaïne et ses dérivés, particulièrement disponibles, les NPS, le retour de l’héroïne dans certaines régions et le spectre de la crise des opioïdes dont je ne vois pas pourquoi elle continuerait à nous épargner totalement. La médiatisation récente – sans doute excessive – de certains produits consommés en milieu festif nous rappelle aussi la nécessité de maintenir une politique de prévention et de RDRD de haut niveau, actualisée et innovante. A ce titre, il faut mettre davantage à disposition la naloxone sous sa forme « take home » que cela n’a été fait durant la période d’ATU, alors que le nombre de surdoses augmentent.

Ce panorama des produits et des comportements est évidemment trop rapide. Je n’ai pas abordé, par exemple, la question des écrans et des jeux, pour lesquels la population est en demande de repères et de plus de solutions de prise en charge.

Mais ce qui est important c’est bien de coupler cette approche par produits, souvent consommés ensemble, à une approche par populations.

L’enjeu principal de notre action est de faire grandir nos enfants dans un environnement qui protège et responsabilise. Mais atteindre cet objectif implique de changer le regard et l’attitude de l’ensemble de la société, à commencer par les parents ainsi que la communauté des adultes en contact avec les jeunes : enseignants, animateurs, éducateurs sportifs, travailleurs sociaux, médecins… Il ne s’agit pas de tenir un discours de prohibition ou hygiéniste, mais de contribuer à des choix individuels et collectifs plus éclairés pour une vie commune apaisée, une fête réussie avec des convivialités réinventées, un avenir en bonne santé.

Nous devons faire alliance pour offrir un cadre de vie et d’éducation bienveillant pour aider les enfants à s’épanouir intellectuellement, psychologiquement et socialement, et réduire les comportements à risque. Retarder l’âge des expérimentations, par une juste information, sans banalisation ni exagération, faire respecter les interdits protecteurs – je pense en particulier à la vente d’alcool et de tabac aux mineurs – et accompagner les jeunes, qu’ils soient fumeurs, buveurs excessifs, consommateurs de cannabis ou enfermés dans tout autre comportement, c’est y contribuer.

J’ai parlé des enfants et des jeunes, notre priorité n°1, je dois aussi parler des femmes ayant un désir de grossesse et de leur entourage. Nous devons faire plus et mieux pour éviter toute consommation durant la grossesse, mieux prendre en charge les femmes souffrant d’addictions et venir en aide plus précocement et plus efficacement aux nouveau-nés exposés au tabac ou au cannabis, souffrant de SAF complet ou de troubles causés par l’alcoolisation fœtale.

Soyons vigilants aussi, en dehors des cas de grossesse, à la situation des femmes, pour lesquelles la prise en charge addictologique demeure trop souvent un parcours de la combattante.

Veillons, d’une manière générale, aux parents qu’il faut accompagner et aux personnes que la vie n’épargne pas : enfants et jeunes confiés à l’ASE ou pris en charge par la PJJ, adultes sous main de justice, personnes souffrant de handicaps ou de comorbidités, et tous les exclus, avec les liens qu’il faut continuer de développer avec les dispositifs d’insertion ou d’hébergement.

Produits à fort impact sanitaire ou social, populations prioritaires et maintenant milieux de vie où beaucoup se joue : j’ai mentionné le milieu professionnel, mais bien sûr et avant tout l’école, avec le développement des programmes de renforcement des compétences psycho-sociales, dont l’intérêt pour les enfants et les jeunes, au-delà des conduites addictives, mais aussi pour l’institution scolaire, n’est plus à démontrer. Nous n’avons plus besoin d’expérimentation, nous devons déployer. Troisième milieu enfin : l’espace festif, souvent public, qui doit être davantage tranquillisé, apaisé, sécurisé, pour une fête à moindre risque, pour soi-même et les autres.

Voilà en quelques minutes quelques postulats, quelques constats et quelques orientations.

Mais je ne voudrais pas oublier l’enjeu des pratiques professionnelles. Il nous faut d’abord mettre les professionnels de premiers recours en situation de repérer et d’agir, quels qu’ils soient et quelles que soient leur modalités d’exercice. Il faut aussi renforcer l’articulation avec le dispositif spécialisé dans une logique de parcours de santé, organisé territoire par territoire, pour que ces professionnels non spécialistes en addictologie ne craignent pas de repérer, en sachant mieux et comment passer la main pour les personnes qu’ils ne peuvent prendre en charge.

Il faut que nous allions plus loin dans le décloisonnement, la souplesse, l’agilité, le passage d’une logique de structures à une logique de services, le renforcement des actions hors les murs, l’adaptation des horaires d’intervention, au bénéfice des personnes souffrant d’addictions avérées ou en risque – c’est le sens des annonces visant le rapprochement des établissements scolaires et des CJC et des recommandations concernant les CAARUD, publiées en novembre dernier par l’ANESM qui depuis le 1er avril dernier a rejoint la HAS, et qui sera complété d’une publication sur les pratiques dans les CSAPA.

Ce renforcement de la coordination que j’évoquais pour les professionnels, je l’appréhende aussi de ma place s’agissant de l’action interministérielle. Les conduites addictives posent des questions de société et épousent la complexité de l’action de l’Etat. Au-delà des annonces que nous pourrons faire pour la mobilisation contre les conduites addictives, il nous faut nous immiscer dans toutes les initiatives où elles ont leur place, depuis la SNS et le PNSP, la PSQ, la loi de programmation pour la justice, la stratégie pauvreté et jusqu’aux dernières annonces présidentielles en faveur des banlieues. Nous aussi, nous devons nous projeter hors de nos murs pour que nos questions soient prises en compte dans toutes les politiques.

Mais plus encore que par la cohérence des plans et des stratégies annoncés au niveau national, je suis préoccupé par la question de la mise en œuvre de notre action, dans la proximité, au cœur des territoires. La fonction de chef de projet MILDECA doit être renforcée et pour cela elle doit être soutenue. C’est pourquoi, j’ai voulu que les chargés de mission de la MILDECA puissent, au-delà de leur expertise sur un domaine particulier (la santé, la justice, l’éducation etc.) être référents d’une ou deux régions pour appuyer les chefs de projet depuis Paris, mais aussi en se rendant régulièrement auprès d’eux et des acteurs locaux. Ils seront là en particulier pour aider les préfectures et leurs partenaires à la rédaction de feuilles de route afin de déployer le plan de mobilisation dans les territoires. Ces feuilles de route devront particulièrement associer les collectivités.

En travaillant avec l’AMF et France urbaine, j’ai en effet pu constater le besoin d’appui des maires, souvent en première ligne et isolés, voire désemparés, sur nos sujets. C’est pourquoi, dès cette année, j’ai décidé de lancer un AAP spécifique en faveur des collectivités, pour conduire à l’échelle d’un territoire une action globale en direction des jeunes contre les consommations à risque d’alcool, de cannabis et de tabac. Nous recevons les premiers dossiers, dont certains nous semblent particulièrement bien construits.

Je voudrais terminer en évoquant quelques réflexions qui nous ont animés au cours de nos travaux. Nous avons tenté de compléter notre approche qui se voulait très rationnelle – les produits ou les comportements les plus dommageables ; les populations les plus exposées aux risques ; les milieux à fort enjeu ; l’évolution souhaitable des pratiques professionnelles – par des interrogations qui me permettent de raccrocher finalement mon propos avec certains des thèmes de réflexion que vous développerez au cours de ces journées.

Lorsque l’on considère les conduites addictives comme un véritable sujet de société, la première des interrogations c’est au fond comment concilier la prévention des addictions avec un projet démocratique ?

Les résultats de la science, que je rappelle souvent parce qu’ils sont incontestables et sont à même d’orienter notre action, mettent en évidence les risques et dommages liés à la consommation de produits psychoactifs. Ils conduisent à promouvoir des comportements visant à les limiter. Le glissement vers la morale peut être alors rapide, dès lors que les recommandations sanitaires deviennent des injonctions, des « devoirs de santé ».

Pour être bien acceptées par tous les citoyens et efficaces, les politiques de prévention doivent, je pense, identifier un certain nombre de tentations moralisatrices et naviguer entre ces écueils.

Quelques exemples :

  • Il est établi que la prévention est d’autant plus efficace qu’elle est précoce, d’où l’accent mis sur l’aide à la parentalité. Se pose alors la question de la légitimité de l’Etat à s’immiscer dans l’éducation dispensée par les parents, étant entendu que ceux-ci peuvent être attachés à la transmission d’autres valeurs. Le spectre de l’Etat revendiquant l’éducation du peuple est, dans ces circonstances, simplement à garder à l’esprit, ne serait-ce que pour se préserver de certaines dérives. L’enjeu étant de concilier les impératifs d’une prévention en soutien et éducative, avec la liberté des familles en matière d’éducation.
  • De même, la science valide les programmes de prévention des conduites addictives centrés sur le développement des compétences dites psychosociales. Je vous ai dit ma volonté de les déployer. Se dessine ainsi le profil d’un individu entretenant de bonnes relations avec les autres et avec soi-même. L’idéal de cet individu équilibré, même s’il se rattache à une tradition humaniste et à la figure de l’« honnête homme » du XVIIème siècle, n’impose-t-il pas le modèle d’un homme dominant toutes ses passions, sachant renoncer au plaisir immédiat pour un bien-être à terme, bien intégré dans la société, critique sans être contestataire, inventif sans être créateur, se refusant à tous les écarts, voire docile ? C’est là un idéal différent, mais un idéal aussi, de celui de l’homme augmenté, performant en société grâce aux produits et technologies.
  • Le risque d’une prévention fondée sur la responsabilisation des individus pourrait être, à terme, d’exclure, au motif qu’ils seraient seuls coupables de ce qui leur arrive, ceux qui ne se seront pas conformés aux prescriptions de la science, reprises par l’Etat. La maladie deviendrait une « déviance », alors même que la reconnaissance de l’addiction comme une pathologie et la diffusion de services de réduction des risques et des dommages marquaient des progrès en matière de non-stigmatisation. En outre, les comportements déviants par rapport à cette bonne conduite peuvent constituer une autre forme de richesse pour la société.
  • Autre question, car nous voyons bien qu’il s’agit là d’interrogations qui n’appellent pas de réponses, la juste information a-t-elle son utilité quand elle se heurte à des esprits manipulés et formatés par le marketing des industriels et la pression des cercles amical et familial ? L’Etat peut-il, dans ces conditions, se contenter d’être neutre ? Ne doit-il pas, lui aussi, recourir à des techniques de marketing éprouvées, pour influencer les représentations et in fine les comportements ? Quand verse-t-on alors dans ce que certains pourraient qualifier de « propagande » ?

Voilà à titre d’illustrations, quelques-unes des vigilances que l’on peut garder à l’esprit. Car même si elle se fonde sur la science et vise l’émancipation et la responsabilisation des individus, la mobilisation contre les conduites addictives, lorsqu’elle est animée d’un souci démocratique, est un exercice d’équilibrisme. Elle doit aussi être attentive à la concordance entre, d’une part, les données de la science et de la santé publique, et, d’autre part, certaines aspirations ou représentations de la société française ou de certaines évolutions à l’échelle mondiale. Elle peut anticiper, voire suggérer un choix de société mais appelle une vigilance éthique constante.

Cher Jean-Pierre, pour évoquer notre sujet, sociétal et d’une véritable humanité, j’ai commencé mon propos en évoquant des progrès concernant les niveaux de consommations des jeunes, j’ai parlé de certaines populations clés pour lesquelles des efforts importants ont déjà été déployés et des résultats obtenus, j’ai mentionné la recherche constante d’amélioration des pratiques professionnelles. J’ai évoqué aussi le climat de travail serein, souvent apaisé, où chaque acteur, fort de sa compétence et de ses convictions, me semble aujourd’hui, mieux qu’auparavant, savoir trouver sa place tout en écoutant et les autres. J’en ai parlé pour les conduites addictives en milieu professionnel ; j’ai pu aussi le constater sur d’autres questions récentes que nous avons eues à traiter, le crack et le GBL, en particulier.

Toutes ces évolutions positives, nous te les devons en partie, ainsi qu’à l’équipe dont tu as su t’entourer à la fédération durant ta présidence. Alors, au moment où tu vas prononcer ton dernier discours introductif, je tenais à te féliciter et te remercier chaleureusement pour le chemin ainsi accompli.

Merci à tous de votre attention. Je vous souhaite de belles journées de travail et d’échange.