Usages de Drogues, trafics, délinquance : Pour une prévention globale !

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Communiqué du 19 octobre 2020

Depuis un mois, les prises de parole sur la politique des drogues se concentrent sur l’amende forfaitaire délictuelle portée par le Ministère de l’intérieur, illustrant une orientation répressive ciblant le consommateur pour lutter contre le trafic.

Dans ces conditions, l’annonce par Marlène Schiappa, ministre chargée de la citoyenneté, d’une extension du programme TAPAJ (Travail Alternatif Payé à la Journée) pour prévenir la délinquance et notamment les trafics de drogue ne pouvait que surprendre. Engagement réel ou communication d’équilibrage ? « Il s’agit de proposer un contre modèle aux plus jeunes dans les cités… Je veux montrer qu’il est possible de leur trouver une place dans la société qui passe par un autre chemin. »

Le programme TAPAJ, développé dès 2010 à Bordeaux par le CEID en s’inspirant d’une expérience canadienne, a très vite fait la démonstration de son efficacité. Proposant, sans prérequis de formation initiale ni d’engagement dans la durée, un travail payé à la journée sur des chantiers fournis par des collectivités publiques ou des entreprises privées, il permet à des jeunes (18-25 ans) une implication progressive et graduée vers un travail hors-TAPAJ. Les intervenants médico-sociaux[1] les accompagnent tant dans la réduction des risques liés à des usages de drogues que dans la reprise de confiance en eux et en leurs propres capacités qu’apporte le travail.

Le public-cible initial était celui des jeunes en errance et survivant par la mendicité. Immédiatement soutenu par la Fédération Addiction, ce programme global de prévention et de réduction des risques a bénéficié du soutien de la MILDECA, du CIPDR et du ministère du travail. Il s’est développé dans des dizaines de villes et a bénéficié d’une inscription dans la Stratégie Nationale de Prévention et de Lutte contre la Pauvreté. Certaines associations en lien avec villes ou d’agglomérations ont souhaité l’étendre à des publics différents, tout particulièrement dans les Quartiers classés Politique de la Ville. Les premiers résultats, encore à consolider, sont encourageants et ont attiré l’attention du Ministère de l’Intérieur.

Mais un programme élaboré par des équipes travaillant dans le domaine des drogues et des addictions peut-il avoir un effet en prévention de la délinquance ?

La réponse est clairement oui. En définissant de bonnes conditions d’efficacité de TAPAJ vis-à-vis de ce nouveau public et sans se dispenser d’une véritable modernisation des politiques des addictions, ce programme pourrait relever ce nouveau défi.

C’est d’ailleurs en ce sens, que le principal réseau d’élus locaux d’Europe et de France engagés sur des enjeux de sécurité et de santé, le réseau du Forum Européen et Français de Sécurité Urbaine, s’est prononcé la semaine dernière : « Conscients que seule une approche holistique, prenant en considération aussi bien la demande que l’offre de drogues, pourra être efficiente, ils appellent à mieux articuler les politiques de santé et de sécurité et se disent prêts à développer des expérimentations dans leurs territoires ».[2]

Il est aujourd’hui possible de construire une politique publique en matière de drogues, conjuguant régulation de l’accès, prévention efficace et réduction des risques.

Les acteurs associatifs du champ éducatif, social et de la santé et les élus locaux y sont prêts.

N’attendons plus.

Fédération Addiction
Nathalie LATOUR – Déléguée Générale
n.latour@federationaddiction.fr

Tel 01 43 43 72 38

[1] issus des équipes de CAARUD (Centre accueil et d’accompagnement et de réduction des risques des usagers de drogue)

[2] EFUS et FFSU (Forum Français de Sécurité Urbaine) http://ffsu.org/communique-de-presse-les-elus-du-ffsu-reaffirment-leur-volonte-dengager-un-veritable-debat-sur-la-legislation-existante-de-lutte-contre-les-drogues/