Édition Précédente |« Retour vers le futur : traitement d’hier, d’aujourd’hui, de demain…» – 26èmes Journées Nationales de l’Anit

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jeudi 16 et vendredi 17 juin 2005 à Saint-Etienne

L’ANIT est de retour à Saint-Étienne, la ville qui la vit naître il y a de cela 25 ans, une génération… Ce retour aux origines est une invitation à dresser un bilan de « l’intervention en toxicomanies ». Il ne saurait évidemment être question de nous laisser aller à une pure nostalgie, mais bien de revenir sur ce passé et d’en analyser les forces et les faiblesses afin de nous aider à toujours mieux poursuivre notre objectif principal : développer et améliorer les actions de prévention, de soins et d’insertion proposées aux usagers de drogues. Notre (brève) histoire est d’une grande richesse, ce retour aux sources doit nous soutenir dans notre action, notre volonté d’être une force de propositions, d’innovation et de continuer à aller résolument de l’avant. Retour vers le futur ! Une génération plus tard donc, où en sommes-nous ? Tout apparemment a changé : les drogues, les pratiques de consommation, les usagers, les professionnels, les pratiques de soins, l’environnement social, les représentations collectives, les politiques publiques, les paradigmes scientifiques et la sémantique qui les accompagne…

Et pourtant, malgré ces bouleversements bien réels, les intervenants ont conscience de l’existence d’éléments de continuité tout aussi puissants. Au-delà de l’évolution de la société, des sciences et des techniques qui modifient nécessairement nos pratiques, demeurent en effet au cœur de nos interventions les questions fondamentales exposées, parfois au risque de leur vie, par les toxicomanes : le bonheur, la douleur, la souffrance, le plaisir, la jouissance, la folie, la mort… Ces questions-là sont au cœur même de l’Etre, de l’humanité et restent des interrogations originelles peu réductibles aux progrès du savoir cumulatif. Elles nous renvoient donc à quelques invariants fondamentaux qui organisent notre travail : l’exigence éthique, le respect du sujet, l’exigence de globalité veillant à n’enfermer les addictions dans aucune approche réductionniste qu’elle soit médicale, psychologique ou sociétale…

Ainsi notre réflexion s’organisera à Saint-Étienne autour de trois axes principaux : – La temporalité : Dans notre époque de désenchantement où, après les Dieux, les espoirs fondés sur la science triomphante ou sur les utopies politiques semblent à leur tour avoir déserté le Monde Occidental, faut-il déconstruire l’idée de progrès au point de s’en défier ou même de la réfuter ? S’il est devenu évident que tout changement, toute nouveauté n’est pas nécessairement un progrès, cela doit-il nécessairement nous amener à nous figer en adeptes du « bon vieux temps » où au contraire, dans une démarche constructive , à analyser comment dans un champ en perpétuelle évolution, des outils « plus anciens » tels que la psychanalyse, la thérapie institutionnelle, et une certaine idée de la liberté ont réussi ou pas le pari de s’inscrire dans l’avenir, à se conjuguer avec de nouvelles approches ? – Les traitements : Depuis Saint-Étienne « première époque », de réelles avancées thérapeutiques ont eu lieu : traitements de substitution, nouveaux médicaments psychiatriques (anti-dépresseurs IRS, antipsychotiques), trithérapies VIH, bithérapies VHC… Ajoutées aux progrès des actions de réduction des risques et dommages associés à l’usage de drogues (échange de seringues, « boutiques », etc.), ces avancées ont permis d’améliorer considérablement le pronostic des toxicomanies et la qualité de vie des personnes concernées. De même, au plan social avec le RMI ou la CMU et au plan psychothérapeutique avec les thérapies brèves, les Thérapies Cognitivo-Comportementale ou les thérapies de groupe, la palette des interventions possibles s’est singulièrement enrichie. Où en sommes-nous ? Avancées, régressions, progrès ? De quelles évaluations disposons nous et quelles seraient les évaluations souhaitables ? -L’espace : La drogue a longtemps été perçue comme un des méfaits de la Ville, nouvelle Babylone corruptrice, génératrice de violences, de perditions, de pollutions. A l’inverse, dans une perspective sympathiquement rousseauiste, la nature semblait à même par ses bienfaits généreusement dispensés de soulager les maux des concentrations urbaines et des banlieues. C’est ainsi que dans le courant communautaire des années 70, la plupart des réponses a reposé sur l’éloignement et les « post-cures » édifiées le plus souvent à la campagne, reposant sur l’idée généreuse d’une nouvelle fraternité humaine comme ressource thérapeutique, loin de la ville, de l’environnement habituel et de la famille supposée maltraitante par définition. De nos jours, on le sait, la tendance est plutôt au projet d’insertion et donc à ne plus éloigner systématiquement les sujets de leurs lieux de vie, de leur environnement social ou familial. De nouvelles pratiques se sont développées, appuyées sur la confiance dans les capacités de changement des personnes et les compétences des systèmes, familles, villes, à s’appuyer sur leurs ressources plutôt qu’à les dénoncer et à les fuir. Soins des villes, soins des champs ? Où en sommes-nous ? Avancées, régressions, progrès ? Quelle évaluation, quelle complémentarité des réponses ? De « More » à « Trainspotting », quel chemin avons-nous parcouru, et quel chemin nous reste-t-il à parcourir, afin que les usages de drogues soient considérés de façon rationnelle, hors des modes qui un jour en font la pire des déviances, le lendemain un choix de vie banal ? Quel chemin nous reste-t-il à parcourir pour que les champs concernés la médecine, la psychologie, le social, et d’autres encore dialoguent pour proposer un regard global et des réponses complémentaires et non seulement concurrentielles ? Quelles avancées sont encore nécessaires du point de vue de la loi, des traitements médicaux et des abords sociaux ? Quelles réponses validées apporter, médicales, psychologiques et sociales aux usagers de crack, de drogues de synthèse, problèmes d’aujourd’hui préfigurant ceux de demain ? Le futur n’est pas inscrit, il dépend de nous tous, et de la façon dont aujourd’hui nous construisons demain. L’ambition de ces journées est assurément d’y contribuer.