Les leçons d’une épidémie : face aux addictions aussi, réguler, accompagner et coopérer pour une écologie de la santé …

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Report du congrès de METZ en mai 2021

Nous devions nous retrouver fin mai, à Metz, au cœur de la région Grand Est, pour notre congrès annuel dont le titre suscitait une certaine curiosité : « Pour une Écologie de la Santé, Accompagner et Coopérer ».

L’actualité s’est chargée d’en montrer l’intérêt. Ces semaines ont été l’occasion, pour tous les acteurs de la santé et de l’action sociale, d’une redoutable mise en pratique du sujet : dans leur diversité de professions et de fonctions, ils ont massivement coopéré pour accompagner l’ensemble des populations concernées par l’épidémie.

Dès le 14 mars, nous avons pris la mesure des enjeux auxquels nous allions devoir nous confronter pour accompagner les personnes accueillies et ce que cela impliquait pour les professionnels.

Après avoir reporté dès mi-mars, le congrès en septembre, nous devons agir de nouveau en responsabilité et le conseil d’administration a pris la lourde décision de le reporter aux 20 et 21 mai 2021 à Metz.

Nous mesurons en effet combien les conditions ne sont pas encore réunies pour programmer en sécurité cet événement qui mobilise traditionnellement près de 1 200 participants.

Professionnels et bénévoles du réseau des 200 associations et hôpitaux que nous fédérons, professionnels libéraux, partenaires de la région grand-est qui nous reçoivent, usagers, chacun a besoin de reprendre son souffle après les efforts fournis dans la phase de confinement. Les défis qui nous attendent dans les prochains mois ne permettent pas raisonnablement de soutenir une mobilisation aussi proche. Notre congrès, par un modèle qui en garantit l’indépendance, ne fonctionnant que par l’engagement de chacun, nous ne pouvons demander au réseau cette nouvelle mobilisation après tous les efforts réalisés. Nous avons tous besoin de ce temps d’échange, de rencontre mais le temps arrivera pour le faire dans les meilleures conditions.

En effet, après deux mois de confinement, 4 semaines de déconfinement, une nouvelle étape s’ouvre : celle de l’adaptation des pratiques et dispositifs aux nouvelles règles d’exercice résultant de l’épisode covid-19.  Pour les acteurs de l’addictologie, cette crise sanitaire a d’abord nécessité une adaptation urgente des réponses : il fallait aller vers les usagers les plus exclus, apprendre à gérer des surconsommations que l’angoisse de la rupture d’approvisionnement ou la promiscuité familiale facilitent, développer de nouveaux modes d’intervention (entretiens au téléphone ou par plate-forme…), assurer l’accessibilité aux traitements, accompagner les personnes confinées en centres d’hébergement d’urgence, s’équiper en matériels de protection et en tests de dépistage…. Autant de défis qui ont été relevé. Les équipes des CSAPA, des CAARUD, des CJC, les maraudes et les SCMR, les pharmaciens de ville, les médecins généralistes impliqués sur ces questions, les équipes de liaisons hospitalières s’y sont attaqués dès les premiers jours, malgré l’absence des moyens de protections.

Mais cette crise épidémique a aussi enrichi la réflexion que nous menons ensemble, et avec de nombreux scientifiques et chercheurs, sur l’addiction en ce début de XXI siècle. Le confinement/deconfinement a rappelé que l’explosion des dommages liés aux drogues est liée à la succession des mondialisations qui leur a permis de sortir de leurs niches écologiques originelles pour les confronter à des populations non accoutumées à leur usage, non « immunisées ». La mondialisation permise par les Grandes Découvertes (Amérique, Extrême-Orient, etc.) a fait voyager le tabac, la coca, le pavot vers l’Europe, tout en introduisant l’alcool et ses ravages chez les Indiens. La mondialisation du XIXème avec notamment les guerres impérialistes de l’opium, a vu ses effets amplifiés par des bouleversements sociaux (urbanisation, prolétarisation…) et par les progrès de la science et de la chimie :  morphine, héroïne, cocaïne, médicaments psychotropes… L’actuelle mondialisation, à coup de technologies de la communication, de révolution des transports et de la logistique, a entraîné une nouvelle accélération, un véritable tourbillon d’échanges de marchandises. Chacun peut se procurer à peu près tout, quelles que soient ses vulnérabilités et la dangerosité des substances.

La crise épidémique a rendu encore plus visible les risques que courent les hommes quand ils sont confrontés à un danger qui les pousse aux limites de leurs capacités adaptatives. Pour des raisons d’ordre sanitaire autant que pour un mouvement de fond écologique, cette crise réinterroge le besoin de nouvelles régulations : autonomie des productions essentielles, promotion des circuits courts et des productions locales, régulation de la frénésie de transport, sécurisation de « niches » écologiques stables (logement, alimentation, ressources…) etc. Cette approche régulée devrait inclure les objets d’addiction. Par leurs effets psychoactifs, notamment sur les circuits de la récompense et du contrôle de l’impulsivité, autant que par leurs effets négatifs, des perturbations du neurodéveloppement aux effets cancérigènes, ce ne sont pas des marchandises comme les autres. A défaut de les éradiquer, peut-être faut-il penser une régulation pragmatique et efficace et aider ceux qui en consomment à en limiter les risques et les dommages.

Après les multiples études et tribunes suscitées par la crise, ses effets ou les traitements, nous avons besoin de confronter les données scientifiques aux initiatives du terrain et aux débats citoyens pour avancer vers des solutions adaptées.

Du Ségur de la Santé qui s’ouvre aux dernières données épidémiologiques encourageantes publiées, l’enjeu de l’écologie de la santé, et de nos capacités des coopération et d’accompagnement n’est plus à démontrer.

Nous ouvrirons tout au long de l’année qui arrive, des espaces d’échanges et de d’analyse, en interne et en externe pour que le Congrès de 2021 nous permette pleinement d’explorer ce thème porteur d’avenir.

Pour tout cela, et pour être ensemble à nouveau, rendez-vous à Metz les 20 et 21 mai 2021 !

Jean Michel Delile
Président de la Fédération Addiction