Psychotraumatisme et addiction : comment prendre en charge les troubles co-occurrents ?

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Psychotraumatisme et addiction : deux troubles qui, bien souvent, se renforcent l’un l’autre. Si ce lien est connu, comment concrètement prendre un charge les personnes concernées ? Nous avons interrogé Nicolas Bourguignon, directeur de communauté thérapeutique, et Wissam El Hage, psychiatre.

Si le lien entre psychotraumatisme et addiction est connu de la littérature scientifique, il est au cœur du travail de nombreux professionnels de l’addictologie sur le terrain. Comme l’explique Nicolas Bourguignon, directeur de la communauté thérapeutique de Barsac (CEID-Addictions), « les professionnels remarquent régulièrement, dans les récits des usagers, que des événements traumatisants sont chronologiquement liés au développement de conduites addictives. »

Psychotraumatisme et addiction : des problématiques liées

On parle de troubles du stress post-traumatiques (TSPT, également connus par l’acronyme anglais PTSD). La psychiatre Muriel Salmon les définit comme « l’ensemble des troubles psychiques immédiats, post-immédiats puis chroniques se développant chez une personne après un événement traumatique ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique ».

En ce qui concerne le lien avec les addictions, Nicolas Bourguignon évoque un cercle vicieux : la prise de substance s’approche d’une « démarche d’automédication » face au psychotraumatisme. Les usagers « s’enferment dans une vision du monde et dans des expériences négatives, et vont alors trouver dans les substances quelque chose qui va permettre d’étouffer cette douleur».

Or, si les TSPT sont considérés comme une question de santé publique majeure — ce dont témoigne la création récente de structures spécifiques (les centres régionaux du psychotraumatisme ou CRP) — la question de la prise en charge coordonnée des TSPT et des addictions reste peu discutée.

Comment prendre en charge la co-occurrence ?

Car le lien entre les deux troubles est tel que l’on parle de co-occurrence : les symptômes de chaque trouble peuvent se confondre et s’alimenter.

Wissam El Hage est professeur de psychiatrie et responsable du CRP du Centre-Val de Loire. Il explique que « tant que l’addiction est active, la prise en charge du psychotrauma est ralentie ». Pour lui, l’expertise de chaque secteur est nécessaire : « établir un langage commun entre les acteurs de la pschotraumatologie et les acteurs de l’addictologie est une nécessité pour s’accorder et discuter des outils les plus pertinents pour le repérage et l’accompagnement, afin d’améliorer les prises en charges. »

C’est pour répondre à ce défi que la Fédération Addiction mène avec le Centre national de ressources et de résilience (CN2R) et le CHU de Clermont-Ferrand un projet spécifique : PsychoTraumAddicto. Ce projet reçoit le soutien du Fonds de lutte contre les addictions.

Marion Munch, chargée de mission de la Fédération Addiction, explique que « concrètement, des équipes volontaires de CSAPA et de CRP sont mobilisées sur trois sites dans différente régions pour expérimenter des approches intégratives ».

L’objectif : « que psychotraumatologie et addictologie travaillent mieux ensemble mais aussi que chaque équipe s’améliore en interne sur la prise en charge des troubles ». En parallèle, un comité scientifique a été constitué pour identifier des outils et publier un kit afin d’améliorer le repérage et la prise en charge des troubles co-occurents.

👉 Pour en savoir plus sur le projet PsychoTraumAddicto, contactez Marion Munch.