Pourquoi mettre en place Unplugged dans son collège ? Le témoignage d’un enseignant

publié le  |  Imprimer

Stéphane* est enseignant en SEGPA dans un collège du Centre-Val de Loire. Il nous raconte pourquoi il a choisi de s’engager dans Unplugged, le programme de prévention des addictions à destination des collégiens.

Unplugged

 

Vous êtes enseignant en collège et vous hésitez à vous engager dans Unplugged ? Comme vous le savez, ce programme a été évalué et jugé efficace sur la prévention des conduites addictives en collège. Mais pour vous convaincre, nous avons recueilli le témoignage de Stéphane, enseignant en SEGPA dans le Centre-Val de Loire, alors qu’il vient de terminer la formation au programme.

Y a-t-il une raison en particulier qui vous a motivé à vous engager dans Unplugged ?

Stéphane : J’avais eu l’occasion de remplacer à titre exceptionnel un collègue sur un ancien collège, sur la dernière séance du programme, en coanimation avec une charge de prévention. J’avais découvert des thématiques que je trouvais intéressantes et surtout, à mon sens, ce sont des thématiques qu’on n’aborde pas assez avec les jeunes. J’aime cette idée de remettre de l’éducatif au sens large dans notre pratique enseignante.

Je suis enseignant en SEGPA : avec les élèves en face de moi ce n’est pas forcément le contenu qui compte le plus. On a une relation plus privilégiée avec nos élèves car on les voit plus souvent. C’est intéressant de toucher à plusieurs thématiques qui ne relèvent pas directement du disciplinaire.

Vous venez de suivre une formation de deux jours sur le programme : qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans ce que vous avez appris ?

Ce n’est pas forcément que ça m’a surpris mais ce qui me plaît c’est de voir à quel point ce que les formatrices nous proposent dans les modalités de mise en place des activités ou dans les thématiques. Dans la dynamique qu’elles instituent auprès de nous et qu’on réinstitue auprès des élèves. C’est que ça colle à mon idée de ce que devrait être une classe à savoir : être dans une pédagogie et une coopération plus collective.

Ça me surprend dans le sens où au cours des dernières années d’enseignement j’ai trouvé difficile de mener des projets collectifs au sein des établissements, il y avait une certaine inertie qui était peut-être dû au système de l’Éducation nationale, et le fait de voir que c’est possible de faire autrement, avec des outils et des gens vraiment formés, ça m’a rassuré et remotivé, je me dis que c’est possible.

Ça fait plaisir de voir qu’il y a des gens qui pensent un peu comme nous. En classe on a tendance à brimer ce que peuvent penser les élèves, de penser que l’apprentissage passe par laisser la parole aux élèves, c’est une bonne surprise, aussi de voir que des gens vont dans ce sens-là, et qu’en plus ça soit supporté par l’Éducation nationale. C’est surprenant de voir de telles propositions dans une formation soutenue par l’Éducation nationale.

« Unplugged colle à mon idée de ce que devrait être une classe : être dans une pédagogie et une coopération plus collective. »

Comment était l’équipe de formatrices ?

C’était tout à fait le genre de modalités qui me conviennent. Elles nous mettent à la place de nos élèves dans des modalités semblables, ce qui est important pour l’empathie et pour se rendre compte de ce qu’on va demander à nos élèves. On se rend compte que ce n’est pas forcément évident quand on doit les faire soi-même !

Mais globalement, ça roule c’est dynamique. Le fait qu’on soit deux pour animer, c’est super important et si je me suis engagé dans Unplugged, c’est pour retrouver du collectif. Pas seulement pour les élèves mais aussi avec les partenaires. Les formatrices sont à l’écoute comme j’espère avoir cette écoute avec mes élèves.

Vous allez bientôt débuter le programme avec vos élèves : comment pensez-vous qu’ils et elles vont réagir ? Est-ce qu’il y a des choses que vous attendez avec impatience ? D’autres que vous redoutez ?

Je suis dans un collège de REP+ en SEGPA. En début d’année on a fait des exercices de cohésion, je trouvais que ça leur avait plu cette manière de fonctionner en groupe, de jouer par ateliers, que ça soit une forme de jeu pense que ça peut leur plaire.

Là ou je peux avoir des appréhensions c’est sur comment leur faire faire la distinction entre le mode où on va être dans les ateliers et le quotidien. C’est un changement de modalité qui peut être incompris et la phrase qui nous a été citée par les formatrices c’est qu’ « il faut savoir perdre du temps pour en gagner en plus ». Il faut rattacher ça à notre fonction en tant qu’enseignant : même si on fait un peu ce qu’on veut on a toujours cette petite pression sur les programmes. Ce n’est pas toujours facile à assumer.

Après, je suis le seul enseignant sur l’établissement qui met en place le programme, donc je pense que ça va être compliqué quand il va falloir transférer le programme pour la vie de cours, en dehors des séances d’animation du programme. Ça va demander aux élèves de switcher entre les cours, ils ne vont pas forcément avoir le même fonctionnement avec moi si je décide d’appliquer certains principes.

Mais ça m’intéresse d’autant plus de mettre en place Unplugged sur la classe dont je suis professeur principal car c’est le moment de nouer des liens afin d’avoir une vraie cohésion et pour plusieurs années.

* Le prénom a été modifié