Nicotine et Covid19 : que faut-il en penser ?

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Parmi les récentes actualités concernant le COVID, le rôle de la nicotine dans l’évolution de la maladie est actuellement scruté avec attention.

Plusieurs publications sont à l’origine de cela :

  • Des données issues d’études chinoises et américaines tout d’abord qui montrent un taux de fumeurs parmi les personnes atteintes par le Covid-19 de quatre à dix fois inférieur à la prévalence tabagique en population générale[1].
  • Des chiffres similaires ont été relevés par l’AP-HP. Une étude – réalisée au sein du service de médecine interne à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) – a permis d’affiner les résultats en prenant notamment en compte les caractéristiques des personnes hospitalisées tel que l’âge. La proportion de fumeurs est ainsi de 4,4% chez les patients hospitalisés (âge médian 65 ans) alors qu’ils sont 8,8% chez les femmes et 11,3% chez les hommes dans la population générale des 65-75 ans[2].

En parallèle, un questionnaire lancé par les associations AIDUCE et SOVAPE, avec la collaboration du Pr Bertrand Dautzenberg de Paris Sans Tabac a permis de sonder 10 000 personnes en France dont 5000 vapoteurs[3]. Les informations récoltées ne montrent aucun effet du vapotage – positif ou négatif – quant au risque de contracter le Covid (2,5% de l’ensemble des personnes consultés déclarent une suspicion de contamination par le virus, contre 2,8% pour les vapoteurs).

Des essais avec des patchs nicotiniques sont prévus afin de compléter ces observations et d’établir si la nicotine a véritablement un impact sur la contamination et/ou l’évolution de la maladie.

En attendant un arrêté vient d’être publié afin d’éviter toute surconsommation de substituts nicotiniques et de garantir leur approvisionnement dans le cadre d’un sevrage tabagique. Celui-ci limite temporairement leur achat à une quantité correspondant à un mois de traitement[4].

Que retirer de ces observations ?

A ce stade il convient de traiter avec précautions ces informations qui ne permettent pas encore d’établir un lien de causalité. La nicotine constitue pour l’heure une piste de recherche supplémentaire qui mérite d’être explorée. Rien ne sert d’exagérer son rôle ou de tomber dans une promotion précoce avant que des résultats tangibles ne soient connus. Continuons de promouvoir les traitements de substitution nicotiniques comme des outils de sevrage efficaces et qui peuvent être particulièrement utiles pour apaiser les difficultés liées au confinement.

En parallèle – alors que 80% des français sont encore convaincus que la nicotine est cancérigène[5] – il nous faut redoubler de vigilance afin que ces dernières actualités ne viennent pas renforcer la confusion déjà existante dans le débat public entre la nicotine et le tabac fumé. C’est la nicotine, déjà utilisée dans les traitements de substitution dont l’effet est étudié actuellement. Le tabac lui continue de tuer 75 000 personnes en France chaque année[6] et pourrait même être à l’origine d’une aggravation plus rapide de la maladie.

[1]SANTI Pascale. Le Monde.  Coronavirus : la proportion de fumeurs parmi les personnes atteintes du Covid-19 est faible. 22 avril 2020. https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/22/coronavirus-une-proportion-reduite-de-fumeurs-parmi-les-malades_6037365_3244.html

[2] Ibidem

[3] So Vape. Nicotine et Covid-19 : une enquête auprès de plus de 5000 vapoteurs. 11 avril 2020. https://www.sovape.fr/nicotine-covid-19-enquete-5000-vapoteurs/

[4] Arrêté du 23 avril 2020. https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041817219

[5] So Vape. Sondage BVA/SOVAPE – Arrêt du tabac : les français vont-ils se priver de l’outil du vapotage ? 16 octobre 2019. https://www.sovape.fr/sondage-bva-pour-sovape-les-francais-vont-ils-se-priver-du-vapotage-pour-arreter-de-fumer/

[6] SANTI Pascale. Ibid