Édition Précédente |Journées Nationales 2012 – Discours d’ouverture de Jean-Pierre Couteron

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« Addiction et précarité, les temps d’une rencontre….

Ce colloque associe addiction, précarité et perte de liberté. Association logique,  la précarité évoque le précarius, ce qui s’obtient par la supplique que l’on peut ou non octroyer, tandis que l’addict gage son corps pour rembourser sa dette. Mais association qui n’a d’intérêt ici que par la question qu’elle pose, sur les moyens de recouvrer cette liberté perdue, et sur l’évolution qu’elle dessine pour nos dispositifs.

Nous avions consacré nos précédents colloques au contexte addictogène de notre société. Le récent livre de Patrick Pharo conforte cette analyse, décrivant aussi un « processus d’addiction», puisque « comme dans une addiction individuelle, l’accoutumance et la tolérance collective à la consommation marchande ne cessent de croître et que la connaissance des effets néfastes, en terme… d’environnement ou de dégradation des modes de vie, n’empêchent nullement la poursuite consensuelle de ce mode d’exploitation économique dont l’interruption risquerait en outre de provoquer un symptôme de sevrage insupportable ». La dimension locale du commerce d’avant mondialisation a longtemps servi de limite à cette toute puissance marchande, autant sinon plus que la morale ou la religion. Aujourd’hui, comme nous l’avons écrit avec Alain Morel, un marché tout-puissant offre la no-limit d’un environnement de stimulation à des plaisirs et dépendances qu’il conditionne, amoindrit ou décuple au grès des modes, sur fond d’un lien au collectif fortement modifié. Cette culture addictogène nous a motivés pour réunir des acteurs de l’alcoologie et de la toxicomanie dans une seule fédération, prolongeant la rénovation initiée en son temps par Nicole Maestracci. Nous savons ce qui différencie ces deux spécialités, du statut légal des substances à la place sociale des consommations, et au quotidien, nous expérimentons les difficultés d’une parole « addicto ». Mais nous n’en finissons pas de mesurer ce qui les rapproche. Pour cet an 1 de la Fédération, nous assumerons ensemble, je l’espère, ce commun des addictions mis l’an dernier au cœur de notre projet associatif pour faire contre – poids à cette société centrée sur la consommation immédiate et l’exaltation du désir, et qui exige, dès qu’il s’agit du risque de dépendance, que ses citoyens se transforment en ascètes maître de leurs pulsions.

Nous voulons peser sur des politiques publiques piégées par la paradoxale ambition de produire à la fois ce jouisseur d’une société d’hyper consommation et cet abstinent qu’attend la santé publique. Etrange idée d’avoir voulu y arriver par la seule voie pénale, en judiciarisant les comportements, délaissant éducation et réduction des risques, s’évitant d’interroger l’insertion du sujet dans le social, hésitant à contrer les lobbys de l’alcool, du tabac ou du jeu… L’homme contrôlé, autonome, maitre de son destin et de ses passions, dirige sa vie. L’homme précaire oscille en déséquilibre, homme sans gravité de G. Melman,  homme des attachements vulnérables de B. Latour. Là où « l’hyper-consommateur », hyper actif, hyper connecté et addict du sexe vole d’objet en objet, de sensation en sensation, oubliant d’en ressentir l’émotion, d’en dévoiler le sens, « le précaire »,  selon l’expression de G.LeBlanc erre dans une «vie méprisée», en retrait du monde humain, exclu de la posture narrative et redoutant de perdre la maîtrise de son environnement. A l’un, le tourbillon de l’éphémère, à l’autre, l’angoisse de l’incertain, l’emprise de l’exclusion. Non plus la course à l’objet mais l’attachement aux déchets, à ces rebuts transportés dans des sacs, le goût des substances psychoactives plus que le goût des autres, l’encrage sur un morceau d’espace urbain, comme ultime agrippement.

(…)  »

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Téléchargez le discours de Toulouse du Président de la Fédération Addiction
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