Interactions entre santé et travail


Auteur : IGAS (Inspection générale des affaires sociales)
Parution : juin 2013

L’IGAS a inscrit à son programme de travail 2012-2014 une mission portant sur la santé au travail. Elle visait, à partir de pathologies dites « traçantes », à identifier les interactions entre santé au travail, santé publique et santé environnementale. La présente mission, rattachée au programme d’activité de l’IGAS, s’inscrit dans une logique du même type. Elle a pour objectifs de dresser un panorama de quelques thématiques susceptibles de faire progresser l’articulation entre les différentes approches qui concourent à la santé des personnes au travail. Cette mission ne concerne que la santé au travail des salariés du secteur privé. La mission a choisi d’effectuer cette analyse à partir de quatre illustrations concrètes portant sur santé au travail et maladies cardiovasculaires, santé au travail et polyarthrite rhumatoïde, santé au travail et addictions et santé au travail et nanoparticules. A l’issue de ces travaux, la mission a identifié quatre axes d’amélioration :

1. MIEUX APPREHENDER L’IMPACT DES CONDITIONS DE TRAVAIL SUR LA SANTE

Dans cette partie, l’IGAS s’attarde sur les liens entre travail et addictions.

La France est le pays d’Europe le plus touché par les addictions.
L’état de santé de la population française se caractérise par une des espérances de vie parmi les meilleures du monde et par une mortalité prématurée (décès avant 65 ans) parmi les plus élevées d’Europe. La France se distingue par une proportion élevée de décès ou de maladies liés à la consommation de substances psycho-actives. Le baromètre santé 2010 de l’INPES souligne que plus du tiers des fumeurs réguliers (36,2%), 9,3% des consommateurs d’alcool et 13,2% des consommateurs de cannabis déclarent avoir augmenté leurs consommations du fait de problèmes liés à leur travail ou à leur situation professionnelle au cours des 12 derniers mois. Or, les politiques de santé et de sécurité au travail n’ont pas identifié l’usage des substances psycho-actives comme un risque spécifique pour l’activité professionnelle, ce sujet suscitant a priori (au minimum) une réticence culturelle marquée (voire un déni ?) des partenaires sociaux à aborder la question des addictions au motif qu’il s’agit d’une question qui relève tout autant de la sphère privée. Or, le travail constituant un déterminant majeur de santé, la problématique de prévention de ce fléau serait que l’entreprise puisse devenir un lieu de promotion de la santé. L’importance de passer d’une logique de contrôle à une réelle logique de prévention est désormais soulignée par de nombreux acteurs. Il s’agit notamment d’assurer un accompagnement des salariés et une sorte de veille permettant de repérer les situations à risque.

Il existe cependant un certain nombre d’obstacles à la mise en œuvre de politiques de prévention de l’usage des substances psycho-actives en milieu professionnel :
– la « culture » de certains métiers dans lesquels l’usage de substances addictives est sinon valorisé, tout au moins toléré ;
– le fait que les comportements addictifs relèvent pour une part importante de la sphère privée et non de la sphère professionnelle explique, d’une part, les réticences des partenaires sociaux à aborder cette question et, d’autre part, le refus des salariés d’en parler au médecin du travail, soit parce qu’ils pensent que cette question ne concerne pas leur activité professionnelle, soit parce qu’ils redoutent une décision d’inaptitude ;
– la difficulté pour les médecins du travail à identifier les situations à risque, le plus souvent faute de pouvoir consacrer suffisamment de temps aux visites médicales.

2. ETRE ATTENTIF A L’EVOLUTION TECHNIQUE ET ORGANISATIONNELLE DU MONDE DU TRAVAIL

3. VEILLER A CE QUE L’ACTIVITE PROFESSIONNELLE N’AGGRAVE PAS DES PATHOLOGIES PREEXISTANTES

4. UTILISER LE LIEU DE TRAVAIL COMME LIEU DE PROMOTION DE LA SANTE

EN CONCLUSION

La santé au travail s’inscrit dans un contexte particulier. Historiquement, elle a privilégié la prévention et la réparation des accidents du travail au détriment des maladies professionnelles en raison de la plus grande difficulté à caractériser la maladie professionnelle (lien de causalité entre l’activité et la pathologie, nature du risque, durée d’exposition, nature et date d’apparition des symptômes), d’où un décalage entre l’apparition des maladies et leur reconnaissance comme maladies professionnelles. La tension entre les impératifs de santé au travail et les impératifs économiques (cas extrême de l’amiante) peut également expliquer les choix réalisés pour prioriser les actions en santé au travail.

L’ensemble de ces constats ne doit pas faire oublier que les conséquences du chômage sur la santé des individus sont loin d’être négligeables et que cette problématique mérite également d’être investiguée. Insuffler une approche «santé publique» en milieu professionnel peut donc être bénéfique pour la santé au travail mais sous réserve d’un souci constant de garder comme prioritaire la prévention des risques professionnels mais aussi la connaissance, la reconnaissance et la prévention des maladies professionnelles en développant notamment des systèmes d’information adaptés.

Dès lors, au-delà des questions d’articulation entre santé au travail et santé publique, les questions d’articulation entre médecin traitant et médecin du travail, dans le respect du secret médical, apparaissent primordiales dans une logique de parcours de soins voire de parcours de vie.

La stratégie de santé nationale, le futur plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les toxicomanies, le Plan national de santé au travail et la révision de la loi de santé publique sont autant de vecteurs potentiels d’une meilleure articulation entre santé au travail et santé publique.

Enfin, la mission tient à souligner la nécessité d’une mise en cohérence de l’action des pouvoirs publics au niveau national et local, et insiste sur l’importance d’intégrer la santé au travail au sein des Projets Régionaux de Santé (PRS) tout en articulant ces derniers avec les Plans Régionaux de Santé au Travail (PRST).

La pluralité des acteurs peut être source de dysfonctionnements même si des collaborations ponctuelles s’instaurent entre eux. Les recommandations de la mission sont les suivantes :
– le sujet de l’entreprise comme lieu de promotion de la santé devrait pouvoir être débattu dans le cadre des CHSCT ;
– la santé au travail devrait être identifiée parmi les priorités de la future Stratégie nationale de santé et des plans de santé publique.

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