État de santé des personnes en situation de prostitution et des travailleurs du sexe et identification des facteurs de vulnérabilité sanitaire


Auteur : Haute Autorité de Santé (HAS)
Date de validation par le collège de la HAS : janvier 2016

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Afin de mieux connaître l’état de santé des « personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe » et de contribuer à une politique de santé adaptée à leurs besoins notamment au travers de la définition d’une politique de réduction des risques, la HAS (Haute Autorité de Santé) publie un rapport sur leur situation sanitaire. Ce document a été réalisé en concertation avec des représentants d’associations et de professionnels de santé.

A la demande de la Direction Générale de la Santé, la HAS a réalisé un état des connaissances sur la situation sanitaire des personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe et sur leurs facteurs de vulnérabilité sanitaire. Ce rapport comporte également une synthèse des recommandations de bonnes pratiques sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et sur d’autres pathologies qui peuvent affecter ces personnes. Ce travail, quel que soit le contexte législatif, est un préalable indispensable à l’élaboration d’une politique de réduction des risques d’autant que peu de données sont disponibles, y compris sur le nombre de personnes concernées par la prostitution, avec des écarts de 1 à 20 selon les études.

La HAS souligne l’importance de poursuivre les politiques de prévention et de dépistage, notamment les actions de réduction des risques par le biais d’acteurs de proximité tels que les associations et les professionnels de santé (distribution de préservatifs et de lubrifiants, sessions d’information et de rencontres entre pairs, prévention des violences, etc.).

L’état des lieux réalisé :

  • met en lumière de manière générale la méconnaissance de leur situation sanitaire
  • montre un risque d’IST des personnes en situation de prostitution corrélé aux autres facteurs de vulnérabilité (psychologique, précarité sociale, économique ou administrative)
  • montre également que cette activité surexpose aux violences physiques et verbales, notamment pour les femmes

Une consommation de tabac et de cannabis au-dessus de la moyenne de la population

Si la consommation d’alcool des personnes en situation de prostitution/TDS n’est pas plus élevée que celle de la population générale, ce n’est pas le cas pour celle de tabac et de cannabis. En effet, 46% des femmes, 65% d’hommes et 51% des transgenres en situation de prostitution/TDS sont fumeurs de tabac.

Les données concernant la consommation des autres drogues restent limitées dans cette population. Cependant, il convient de distinguer l’usage de drogues dans un but sexuel et dans d’autres cadres. La consommation de drogues dans le cadre des rapports sexuels (notamment drogues de synthèse) pourrait être à l’origine de prises de risques importantes.

Les facteurs de vulnérabilité sanitaires

La précarité économique et sociale a un impact sur la capacité des personnes en situation de prostitution/TDS à refuser des rapports sexuels non protégés, sur leur accès à une couverture d’assurance maladie (par manque d’information ou en raison de la complexité des démarches administratives à entreprendre), à l’information médicale et aux soins ainsi que sur leur accès au logement.

De même, la clandestinité ou l’activité dans des zones isolées augmente le risque d’accepter des rapports sexuels non protégés et le risque de violences. Selon une étude européenne menée par la London School of Hygiene and Tropical Medicine, le fait d’exercer la prostitution sous la contrainte et d’être victime d’un réseau de traite des êtres humains expose les personnes à des risques sanitaires extrêmement élevés.

Par ailleurs, les personnes en situation de prostitution/TDS craignant d’être discriminées par les professionnels de santé, les représentants de l’administration ou de la police, en viennent à dissimuler leur activité, voire à renoncer à recourir aux structures de soins et/ou aux structures publiques.

La prostitution occasionnelle et le démarrage de cette activité correspondent à des situations de vulnérabilité accrue en raison d’un isolement plus grand.

Enfin, la HAS souligne que tout changement de la législation devrait s’accompagner de mesures de l’impact des politiques mises en place par des indicateurs sanitaires.