Digital Detox Day 8 : retrouvons-nous !

publié le  |  Imprimer

Dans le cadre des 3D8 (ou DDD 8 : Digital Détox Day) Thierry Le Fur, expert en comportements numériques et addictifs analyse la crise Covid-19 et l’hyperconnexion : ils isolent, réagissons !

Rappel : que sont les 3D8 (DDD 8) ?

Le 8 janvier 2018 étaient lancés les DDD 8 (devenus « 3D8 ») pour prendre un temps le 8 de chaque mois (ou le jour qui convient le mieux) pour améliorer et sécuriser nos pratiques numériques : au travail ou en classe, chez soi, pour soi ou ses enfants. 3D8 comme… Digital Détox Day, Droit à une Déconnexion Discernée ou comme vous voulez ! (N.B. le livret blanc du mois est accessible en bas de cette page).

Du développement silencieux de l’hyperconnexion…

En seulement une décennie nous avons pu passer de pratiques numériques marginales et contrôlables à maximales voire totales : « tout passe par le numérique » qui « prend tout notre temps » entend-t’on. Seule une  minorité de personnes s’en était rendu-compte, tant le glissement vers l’hyperconnexion fût silencieux. Hors certaines addictions (ex. jeux d’argents ou achats compulsifs en ligne), les forfaits ‘’illimités’’ en font la pratique la moins couteuse. Pas de ‘’gueule de bois’’, de pièce à l’air vicié par le tabac, d’accidents comme pour les sports extrêmes et peu de risque pénal. Seule la « textonite » (tendinite du texto aussi appelé « ténosynovite De Quervain » du pouce et poignet) rappelle les risques de TMS (troubles musculosquelettiques) : sur les dangers visibles, pas de signal d’alarme !

Et pourtant avec le mobile, « la textonite » nous indique bien que nous sommes trop sur notre smartphone à en devenir des phubber : captivé par le smartphone nous ne regardons plus nos interlocuteurs qui se sentent snober. Les actifs sont en moyenne autant connectés (4H/J) qu’ils ont de temps libre et social (4H/J) : la part d’attention complète à l’autre s’est effondrée. Nous consultons notre smartphone 250 fois par jour, chaque consultation nous déconcentre en moyenne 1’ : l’attention aux autres est parasitée plusieurs heures par jour. Quant aux écrans aussi grands que le bureau ou de la taille d’un mur, ils nous cachent réciproquement les uns des autres et à la maison capte si bien notre attention que nous ne nous rendons même plus compte qu’il passe avant notre entourage ! « Il est où l’bonheur » lié au bien-être social vs le trop digital, pourrait chanter Christophe Maé…

… au coup de tonnerre de la crise Covid-19 !

Ainsi nous avons à peine perçu la progression de ces « gestes numériques barrières », générateurs de distance sociale. Ils sont pourtant bien plus profonds et durables que ceux imposés partiellement et momentanément par la Covid-19 : nous passons beaucoup plus de temps « numérisés » que « masqués » par exemple (hors certaines professions). Et pourtant « l’overdose numérique » imposée aux confinés derrière les écrans et télétravailleurs, associée aux interdits de contacts physiques nous a brutalement réveillé : nous découvrons la dureté de « l’effet de manque de lien social » !

Avec le télétravail c’est flagrant : le soulagement initial du « moins de transport, plus de liberté ou de pas de chef physiquement sur le dos », cède maintenant sa place à l’envie de retrouver ses collègues « en vrai ». Beaucoup  d’accords « droit à la déconnexion » ou « télétravail » ont longtemps été assez… disons synthétiques voire sibyllins : en quelques mois presque tous les accords revisités deviennent des plans d’actions très détaillés, où « l’équilibre des temps » prend toute sa place dans un contexte plus global de « SQVT » (Santé et Qualité de Vie au Travail).

Au premier confinement très bien suivi, suit les autres plus « aléatoires ». Au premier déconfinement assez timide (assez peu de fêtes) et pourtant théoriquement plus sûr (on ne parlait pas en juin de seconde vague ni de variant), succède aujourd’hui une joyeuse montée en puissance des réservations pour les vacances.

Les solutions pour nourrir nos liens sociaux existent : activons-les !

Heureusement, bien des addictologues travaillent depuis plus d’une décennie sur les risques de conduites chroniques à addictives liées au numérique. L’addictologie ce n’est pas que la prise en charge de situations extrêmes. C’est la prévention, l’arrêt d’un processus parfois à peine entamé, la réduction des risques, l’atténuation des souffrances qui conduisent aux excès et le renforcement personnel et relationnel : les stratégies ‘’addicto’’ intègrent particulièrement ce dernier point aussi nommé lien social. Une part essentielle du chemin est réalisée, quand du replier et enfermer dans sa dépendance, l’addict réapprend progressivement à s’ouvrir aux autres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les groupes de paroles sont tant encouragés en addictologie par les psychothérapeutes.

Dans le monde du travail, l’appellation partenaires « sociaux » des syndicats a rarement autant fait sens que face au risque de rupture de « lien social » lié au télétravail : certains salariés n’ont même jamais remis les pieds au bureau depuis le premier confinement ! Les partenaires sociaux sont bien présents sur ces sujets et globalement d’accord sur le fait que nous ne reviendrons pas en arrière (arrêt du télétravail). Un nouveau modèle de fonctionnement illustre cette évolution : « l’hybridation du travail » ou le dosage travail-au-bureau et télétravail. Avec le nouveau guide « négocier le télétravail » 2021, Jérôme Chemin qui en est le coordinateur d’édition et est le Secrétaire Général Adjoint CFDT Cadres – en charge du numérique et de la QVT – nous éclaire sur les enjeux aux quotidiens et solutions.

Enfin nous avons le plaisir – et l’honneur – de bénéficier du témoignage du Dr Xavier Emmanuelli : Fondateur du Samu Social International, Cofondateur de Médecins Sans frontières et Ex-Secrétaire d’Etat chargé de l’action humanitaire d’urgence, il nous apporte son éclairage à travers « SOS Crise ». Mis en place au plus fort du premier confinement (appelé d’abord « SOS Confinement »), il permet à chacun de (re)nouer un fil de communication ou de pouvoir lancer un « SOS » en bénéficiant « d’une voix au bout du fil » : c’est le triptyque médico-psycho-social, pour un simple moment d’écoute à l’orientation éventuelle vers des accueils d’urgence (ex. Samu, psychiatrie…).

Nous ne retrouverons pas les chemins du bonheur en « revenant en arrière » ou en ne nous fondant que sur la reprise économique : tous en revanche et chacun à sa manière, peut s’il décide à « nourrir » ses liens sociaux (amicaux, groupaux, sentimentaux, familiaux…) y parvenir !