COVID19 : Témoignage de Patrick Véteau, directeur de l’association l’Atre

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En ces temps inédits, les acteurs se mobilisent au quotidien, et adaptent voire bouleversent leurs pratiques pour sécuriser, rencontrer et maintenir le lien avec leurs publics. De l’aller vers à la coopération, nous avons souhaité valoriser ces pratiques ajustées au temps de la crise. Découvrez notre série de témoignages.

Qu’est-ce que l’Atre ?

L’Atre (Accueil Temporaire pour la Réinsertion) est un CSAPA avec hébergement qui s’est ouvert il y a 25 ans à destination des sortants de prison. L’idée est de proposer un accueil et un accompagnement immédiat aux personnes qui viennent de sortir de prison pour faire le lien avec les dispositifs extérieurs qui sont souvent méfiants face à ce public. Le but du CSAPA avec hébergement, qu’on appelle aussi « centre d’accompagnement d’urgence et de transition» (CAUT), est donc d’accompagner la réinsertion et la transition de ces personnes vers d’autres dispositifs de soins.

Comment l’activité de l’association a-t-elle été modifiée depuis le mois de mars ?

Depuis le mois de mars, l’activité a été modifiée de deux façons :

  1. Tous nos partenaires tels que les SPIP ou les CSAPA référents qui interviennent en milieu carcéral et qui nous envoient des candidatures ont cessé ou fortement freiné leur activité, donc il n’y avait que très peu d’orientations adaptées. Il y a eu quelques demandes d’orientation en urgence puisque la Justice a vidé les prisons et donc un certain nombre de personnes se sont retrouvées en sortie prématurée sans continuité assurée parce que ça s’est fait dans la précipitation.
  2. On a dû bloquer les entrées des nouveaux résidents pour protéger ceux qui étaient à l’intérieur parce que ce sont des personnes fragiles qui vivent en collectivité donc on a mis en place un confinement pendant quelques semaines. On a ensuite repris les entrées pour venir en aide aux nombreux sortants de prisons en difficulté due à leur sortie prématurée, notamment ceux qui avaient des projets de soins à leur sortie et se sont retrouvés dans l’impossibilité de les réaliser.

Est-ce que les sollicitations changent/évoluent ? De quelle manière ? 

Oui, les sollicitations ont changé pendant la période de confinement. Les demandes venaient surtout de personnes qui se trouvaient en grande difficulté, dans la rue et livrés à elles-mêmes car elles se retrouvaient dehors sans avoir pu être accompagnées. Donc on a eu des familles qui nous appelaient parce que les autres structures qu’elles essayaient d’appeler n’étaient pas joignables.

Ce public a vraiment été laissé pour compte. On a vidé les prisons pour « régler les problèmes » mais on a mis à la rue des gens sans aucun suivi ce qui assure un risque évident de récidive.

Aujourd’hui on a peu de demandes dû aux nombreuses sorties prématurées qui ont eu lieu pendant le confinement. On va certainement avoir un creux en termes d’entrée pendant encore 2 ou 3 semaines, voire mois.

Que retiendrez-vous de ce mode de fonctionnement ?

On retient surtout qu’il y a une grande capacité d’adaptation de la part du public qu’on accompagne. Ce sont des gens qui sortent de prison, ils se retrouvent dans une structure extérieure avec de nombreuses activités et d’un seul coup, il n’y a plus d’activité. On ne peut plus faire les courses, plus d’activités à l’extérieur et on doit arrêter les permanences. Il faut inventer des modes d’activité intérieurs tout en respectant les règles du confinement, et gérer des crises, les conflits de proximité qui sont difficiles sachant qu’on est coupé de l’extérieur. Pour la majorité de ces personnes ça a été vécu comme une situation similaire à l’enfermement carcéral. Mais pourtant ils ont bien compris les enjeux et ils ont accepté la situation donc ça s’est bien passé.

Certains sont en revanche partis au cours de cette période. On est passé d’un effectif de 11 à 6, notamment parce qu’ils n’ont pas supporté l’éloignement vis-à-vis de leur famille. On a dû gérer des choses paradoxales. Par exemple, on leur a donné accès au téléphone en continu, ce qui n’est normalement pas possible, et ils étaient donc plus souvent en contact avec leurs familles tout en les voyant moins que d’habitude puisque les visites n’étaient pas autorisées.

Nous avons pu adapter très vite le dispositif et l’équipe a suivi. Ceux qui n’étaient pas indispensables sur le terrain étaient en télétravail. Tout s’est fait dans le partage et dans la confiance. On a aussi eu beaucoup de chance parce qu’il n’y a eu aucun cas de Covid dans le centre. On avait un protocole pour gérer cette situation mais je ne sais pas comment on aurait fait en pratique sachant qu’on avait aucun matériel, très peu de masques… Sur le papier on était prêts mais pas sur le terrain.