COVID19 : Témoignage de Caroline Guiguet, Cheffe de service de LOIREADD’ (LOIre RÉseau ADDiction)

publié le  |  Imprimer

En ces temps inédits, les acteurs se mobilisent au quotidien, et adaptent voire bouleversent leurs pratiques pour sécuriser, rencontrer et maintenir le lien avec leurs publics. De l’aller vers à la coopération, nous avons souhaité valoriser ces pratiques ajustées au temps de la crise. Découvrez notre série de témoignages ⤵️

Qu’est-ce que le Loireadd ? 

Loireadd c’est une association 1901 qui gère une activité de réseau avec des professionnels de l’addictologie. Notre activité consiste à être au plus près des équipes de terrain pour mieux répondre à leurs sollicitations.

Notre cœur de métier s’articule autour de 3 axes :

  1. La formation, par regroupements ou sur site, en milieux professionnels ou auprès des professionnels non spécialistes de l’addictologie. On s’appuie sur les ressources des professionnels du réseau qui vont pouvoir intervenir dans tous les champs de l’addictologie. On intervient aussi en milieu scolaire notamment sur la question des jeux vidéo.
  2. La communication (newsletter, site internet, réseaux sociaux) permet de garder le lien sur le département avec tous les intervenants en addictologie. On présente chaque mois dans la newsletter une structure ou un dispositif du territoire de façon à ce que les équipes se connaissent et aient accès à des informations pratico-pratiques. Le but de la newsletter mensuelle c’est vraiment de faciliter l’orientation vers telle ou telle structure en lien avec l’addictologie.
  3. La logistique de projet, c’est-à-dire répondre à des appels à projet, Mildeca, ARS, JUSTICE. Ce sont plutôt des projets qui vont porter sur le développement des compétences des professionnels sur divers sujets et/ou publics (quartiers politique de la ville, PJJ, grossesse et conduites addictives, etc).

Nous sommes une toute petite équipe (2,7 ETP) ce qui limite notre champ d’intervention mais on travaille quand même sur tout le département. Nous sommes particulièrement occupés par notre partenariat avec la Justice puisqu’à la demande du procureur nous sommes les opérateurs des stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de stupéfiants dans le cadre des compositions et ordonnances pénales du Tribunal Judiciaire de Saint-Etienne. Depuis cette année, on expérimente également des « Rencontre Prévention Récidive Alcool » en pré-sentenciel en lien avec le procureur et 4 CSAPA partenaires.

Comment l’activité de l’association a été modifiée depuis le mois de mars ?

Depuis le début du confinement, nous sommes passés en télétravail à temps plein jusqu’au 11 mai, puis à temps partiel depuis. Ce n’était pas vraiment un problème puisque toutes les activités à destination des publics se sont arrêtées. Ça nous a permis de mettre à jour la partie administrative (rapport d’activité, évaluations et synthèse) et les contenus du site internet. L’équipe a également été réduite puisqu’un des salariés était en chômage partiel pour garde d’enfants.

Aujourd’hui on est en difficulté et on ne peut pas redémarrer notre activité pour le moment puisque la plupart de nos actions concernent des activités de groupes (formations en entreprises, stages, conférences, etc), et tout a été reprogrammé à partir de septembre.

Qu’est-ce qui a changé de votre point de vue quant aux demandes des professionnels que vous accompagnez ? Et des partenaires ?

Par rapport aux acteurs locaux et aux membres de réseau, nous avons assuré un travail de veille notamment sur les modalités d’ouverture et de soins des CSAPA/CAARUD qu’on a ensuite transmis aux ARS pour qu’elles soient au courant. La situation d’un CSAPA à l’autre est très différente : certains assurent uniquement des consultations par téléphone tandis que d’autres ouvrent une fois par semaine. On continue à faire ce travail de veille notamment sur la rotation des horaires d’ouverture des structures puisque beaucoup n’ont pas totalement réouvertes, et on poursuit la diffusion des arrêtés divers et variés auprès des acteurs. On s’est largement servi du travail de veille réalisé par la Fédération Addiction.

On a pu répondre aussi ponctuellement à des demandes spécifiques. Par exemple, on est intervenu auprès de professionnels afin de les aider à orienter leurs patients lorsque ces derniers étaient censés aller dans un SRR en addictologie qui était en fait soit fermé soit en activité réduite (et déjà en nombre limité sur le territoire). Donc on a pu leur offrir du temps en faisant des recherches, faire le tour des SRR et voir quels étaient les délais d’attente, ce qui était possible, quelles étaient les modalités d’accueil, etc.

On a pu être également en lien avec les pharmacies et les aiguiller sur la délivrance des TSO dans différentes situations (absence d’ordonnance, ordonnance périmée).  Localement nous avions travaillé un protocole avec SOS Médecins dans le cadre des gardes à vue donc on a pu les orienter vers eux dans ces cas-là.

Parfois, on a eu des demandes provenant directement des publics puisque leurs interlocuteurs n’étaient pas joignables car les structures étaient fermées. C’était notamment le cas pour des usagers qui avaient des obligations sur le plan judiciaire telles qu’une amende à payer, un stage de sensibilisation à faire ou un retrait de permis qui arrivait à terme, mais les structures concernées étant fermées, ils se retrouvaient en difficulté donc on a essayé de les orienter.

Un service hot line a également été mis en place en transférant les appels du bureau vers nos téléphones portables. Ça a permis de prendre en charge des situations le weekend par exemple ce qui n’aurait pu avoir lieu en temps normal.

On met en quelque sorte de l’huile dans les rouages pour que les actions puissent se passer au mieux.

Que retiendrez-vous de ce mode de fonctionnement ?

On retiendra que finalement on peut gagner du temps en télétravail, notamment tout ce qui peut être fait en visio comme les rencontres régionales, ce qui évite de perdre une journée avec les déplacements. En habitant à 60 km de mon lieu de travail, je pense aussi que je vais organiser mon temps de travail différemment et garder 1 jour en télétravail. Au niveau technique on aura appris aussi à se servir des outils, partager des dossiers, des choses qu’on ne faisait pas forcément dans un Open space.

Par rapport à l’activité du réseau, on organise chaque année une réunion inter-CSAPA et cette année on souhaiterait faire un retour d’expérience sur ce qui a été mis en place pendant cette période, et voir ce qu’on peut garder. On a bien vu que sur le terrain ont été déployés des trésors d’ingéniosité pour mettre en place des actions alors qu’en temps normal ça aurait été plus compliqué.

Il y a un point de vigilance à garder sur le volet psychologique néanmoins. Il peut y avoir en effet des tensions dans les équipes entre ceux qui sont en garde d’enfants, ceux qui télétravaillent, ceux qui sont « sur le front » avec les patients tous les jours. Il faut laisser des espaces de paroles suffisant pour que tout se décante calmement. On reste vigilant par rapport à ça, surtout au moment où la pression va se relâcher, il faut faire attention au contrecoup.