Covid = digital et télétravail durables ?

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Dans le cadre des 3D8 (ou DDD 8 : Digital Détox Day) Thierry Le Fur, expert des comportements numériques et addictifs, fait le point sur les enjeux et piste d’actions d’un numérique et d’un télétravail devenus ‘’durables’’ à hauts risques chroniques ou addictifs.

Rappel : que sont les 3D8 (DDD 8) ?

Le 8 janvier 2018 étaient lancés les DDD 8 (ou prononcer « 3D8 ») pour prendre le temps le 8 de chaque mois d’engager et maintenir une éducation aux meilleurs usages du numérique : au travail ou en classe, pour soi ou ses enfants : DDD 8 comme Digital Détox Day, Droit à une Déconnexion Discernée ou comme vous voulez, selon un parcours « Découvrir-Discerner-Démarrer ».

Nous entrons dans l’hyperconnexion et télétravail ‘’durables’’

Si en mars 2020 la période de confinement semblait devoir être unique et le télétravail permanent limité, la donne a fondamentalement changé. Si le bout du tunnel est l’arrivée d’un vaccin fiable que tout le monde prendrait – hypothèses au réalisme aléatoire -, il ne se situera pas avant la rentrée 2021. Si dès le premier confinement des excès numériques sont apparus et certains télétravailleurs ne sont encore pas revenus « au bureau », nous entrons dans une ère de pratiques numériques « durables ».

Cela change tout, car entre une conduite excessive intermittente versus permanente, on dérive d’excès trop répétés à des conduites chroniques au sens pathologique du terme, voire des addictions.

Pour beaucoup le numérique devient le centre du monde

Pour qualifier une situation de pré-addiction avancée ou d’addiction quand elle se conjugue un mal-être, le terme de centration fait particulièrement sens : « on ne pense plus qu’à ça », « on ne peut pas vivre sans lui ou elle (dépendance affective) ou sans ça », confronté à chaque problème, envie de plaisir ou par ennuie « on se tourne  vers ça (tranquillisant ou stimulant) ».

L’inconvénient du numérique est qu’il répond dorénavant « trop bien » à tous nos besoins et manques: il devient le centre de nos attentions et de notre attention (concentration) tel un centre de gravité, point de passage obligé lors de nos oscillations émotionnelles du besoin de stimulation ou excitation à celui d’apaisement ou récupération. L’illustration ultime est le télétravail, qui conjugue quand on « est à l’écran » notre vie professionnel et personnel, notre bureau et notre domicile privé selon des temporalités qui trop souvent s’entremêlent.

Et si justement le temps-problème devenait le temps-solution ?

A titre personnel et encore plus en télétravail, le numérique capte notre attention : « plus une activité est captivante, moins on voit le temps passer » relevait le Pr Fraisse. Ainsi parallèlement aux atouts du numérique et à ses risques, s’est développée un effacement progressif de nos repères temps. Quand le soleil se couchait puis l’horloge du village sonnait, ils nous donnaient « l’heure de se coucher ». Inversement notre écran « psychoactif » – de sa lumière bleue qui neutralise l’hormone du sommeil à ses stimuli permanents – nous fait « oublier le temps ». Mais si ces repères naturels ont disparu, d’autres sont apparus surtout lors de la décennie 2010 grâce aux neurosciences et la chronophysiologie, le big data et sa capacité à nous révéler nos pratiques.

En apprenant à nous en servir, nous pouvons grâce à une éducation des pratiques numériques – notamment fondée sur les bons usages de nos temps d’attention, nos biorythmes, nos horloges physiologiques, nos besoins sociaux – reprendre la main. Cela peut s’illustrer très concrètement et nous vous laissons le découvrir dans le livret blanc ci-dessous.