COVID-19 : Témoignage de Pascale Neveu, directrice adjointe de l’APLEAT-ACEP

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En ces temps inédits, les acteurs se mobilisent au quotidien, et adaptent voire bouleversent leurs pratiques pour sécuriser, rencontrer et maintenir le lien avec leurs publics. De l’aller vers à la coopération, nous avons souhaité valoriser ces pratiques ajustées au temps de la crise. Découvrez notre série de témoignages.

L’Equipe Mobile de Médiation et d’Intervention en Addictologie (EMMIA), de l’association APLEAT-ACEP  mène des actions  auprès des publics les plus vulnérables notamment les personnes en situation de grande précarité et consommatrices de substances psychoactives. Faute d’accès à un traitement réduisant les risques vitaux tels que les traitements de substitution aux opiacés (TSO), ces personnes sont particulièrement exposées à une situation de manque durant la période de confinement actuelle.

L’équipe a donc étendu et adapté ses actions pour permettre aux professionnels spécialisés en addictologie, en prévention des conduites addictives ou en réduction des risques d’assurer, en respect des mesures barrières, deux permanences sur site par semaine.  A chaque déplacement, ce sont deux professionnels mobilisés.

L’objectif : mettre en place des coopérations entre gestionnaires via une convention de partenariat afin de couvrir l’ensemble du territoire régional et notamment tous les centres d’hébergement spécialisés pour personnes sans domicile.

Sont ciblés : la prévention de rupture de soins (concernant notamment les traitements substitutifs), l’accès aux matériels de réduction des risques, l’accueil de nouveaux patients et la mise en place d’un accompagnement et d’un soutien de ces publics, auprès des autres partenaires de l’hébergement de l’agglomération Orléanaise et sur les territoires du Loiret et du Cher.

Témoignage de Pascale Neveu, directrice adjointe de l’APLEAT-ACEP

Est-ce que une action que vous avez mise en place uniquement durant la crise ?

Oui, sous cette forme-là. Ce projet d’une équipe mobile qui intervient directement aux domiciles des personnes et sur les lieux de vie, avait déjà été proposé il y a 5 ou 6 ans avec Christine Tellier. On avait demandé un financement aux ARS mais il nous avait été refusé.

Durant la crise, la structure qui porte le centre d’hébergement spécialisé pour les malades sans gravité COVID-19 et les établissements qui accueillent les personnes sans domiciles ont sollicité les ARS qui les a orientés sur l’Apléat-Acep. On a donc ressorti le projet dans le contexte actuel.

Quelle a été la réponse des partenaires ? Est-ce que les sollicitations changent/évoluent ?

Oui, ça change parce que d’une part dans le centre d’hébergement covid-19, de là où c’était parti, on a reçu aucune sollicitation parce qu’ils ne sont pas extrêmement remplis. Il y en a un sur la région Centre Val de Loire, un sur le Loiret, un autre sur Tours, et un qui devait ouvrir sur Châteauroux mais ils ont stoppé parce que les autres n’étaient pas complets donc il y a moins de besoins. Les conventions de partenariats sont quand même mises en place pour poser les bases de nos interventions.

La même association qui gère aussi les centres qui accueillent les personnes sans domiciles, dont un centre avec 50 places environ pour des hommes, avait besoin de nous au début mais ensuite on n’en n’a plus entendu parler donc l’action s’est arrêtée dans cette structure. Ils ont dit que les personnes hébergées n’avaient pas de problèmes d’addiction dans ce centre, en fait il a été plus pris d’assaut par des personnes sans papiers et il n’y avait pas de problèmes d’addictions.

Sur un hôtel en revanche où a été mis en place un accueil pour des personnes avec des chiens, on a pu faire le lien et leur proposer des interventions avec l’équipe mobile sur place au lieu que les usagers viennent sur le CAARUD. Il y avait des personnes qu’on avait l’habitude de voir sur le CAARUD, et ça a permis aussi de rencontrer d’autres personnes sur place qu’on n’aurait pas forcément rencontrées. L’action a été très appréciée, ça fonctionne bien et on poursuit nos interventions.

On a également eu une sollicitation avec d’autres partenaires associatifs pour intervenir auprès des personnes qui sont hébergées et qui ont une consommation massive d’alcool. On est intervenu plusieurs fois et des entretiens se mettent en place.

On ne souhaite pas se cantonner seulement aux gros opérateurs de la région, d’autres partenaires qui gèrent également des centres d’hébergements nous ont aussi sollicité.

On a aussi reçu une demande d’un médecin généraliste pour déployer du matériel de réduction des risques.

Les demandes sont différentes selon les besoins des personnes. Ce sont des actions qui prennent tout leur sens dans l’association CAARUD/CSAPA.

Quelles ressources sont mises à disposition des partenaires pendant la crise ? 

En plus de l’aide proposée à la personne concernée, on apporte aussi un soutien aux professionnels pour parler par exemple des difficultés qu’ils rencontrent.

Quels sont les avantages de cette action, et pensez-vous la pérenniser sous sa forme actuelle après la crise ?

Oui on aimerait bien, il va falloir que les pouvoirs publics nous soutiennent.

On espère que cette expérience soit reconnue par la Cohésion Sociale parce qu’on apporte une réponse aux difficultés rencontrées de manière régulière par les hébergements sociaux, et une réponse sanitaire qui permettrait d’éviter que la situation se dégrade au niveau social et sociétal.

Si on pouvait obtenir la pérennisation du dispositif on pourrait ensuite intervenir aussi dans les hébergements diffus. On voit qu’au fil du temps les demandes augmentent donc cette action semble pertinente dans les modalités d’action Caarud/Csapa. Et puis, lors des permanences sur les Caarud on n’a pas toujours le public en face qui va venir alors qu’avec ce mode d’action on peut adapter les actions et les équipes aux besoins des personnes, et on peut mobiliser les professionnels pour apporter des réponses. C’est une modalisation très souple et flexible, et adaptée aux besoins des personnes.