COVID-19 : Interview avec David Gautré, Responsable de service du CAARUD AXESS

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En ces temps inédits, les acteurs se mobilisent au quotidien, et adaptent voire bouleversent leurs pratiques pour sécuriser, rencontrer et maintenir le lien avec leurs publics. De l’aller vers à la coopération, nous avons souhaité valoriser ces pratiques ajustées au temps de la crise. Découvrez notre série de témoignages.

Interview avec David Gautré, Responsable de service du CAARUD AXESS Groupe SOS Solidarités à Montpellier

Avec le soutien de l’équipe du CAARUD Axess

Comment l’activité « Hors Centre » s’organise t’elle en cette période de crise ?

Les actions « hors centre » du CAARUD Axess ont connu un fort redéploiement dans ce contexte de crise, soutenu par de nombreuses initiatives et sollicitations.

Dans les premiers jours qui ont suivi la mise en confinement, Axess a été sollicité pour venir en soutien sur les problématiques d’addiction que connaissaient les dispositifs d’hébergement d’urgence mis en place par la Préfecture via la Croix Rouge. Face au manque de places d’hébergement d’urgence la Croix-Rouge s’est en effet vue confier la gestion de 3 gymnases pour l’hébergement provisoire de personnes isolées. Le public accueilli y est principalement constitué d’hommes isolés dont beaucoup sont consommateurs de substances, public habituellement considéré comme « non prioritaire » dans le contexte montpelliérain de carence en places d’hébergement, et pour lequel Axess dénonce depuis des années l’inexistence de solution.

Au-delà de notre contribution à l’effort collectif en direction des publics vulnérables face à la pandémie covid-19, ce redéploiement aux côtés des équipes de l’urgence sociale nous a paru d’autant plus indispensable que celles-ci exprimaient un fort besoin de soutien sur les questions d’usages de substances et de réduction des Risques.

Nos premières interventions nous ont très rapidement conduits à sécuriser les conditions d’exercice de nos professionnels pour les protéger des risques de contamination. Nous avons immédiatement travaillé à la conception d’une « Fiche technique d’intervention Hors Centre en contexte Covid » (ci-joint).

Aujourd’hui, le CAARUD Axess déploie des actions hors centre à raison de 4 tournées par semaines de 15h à 21h mobilisant chacune deux intervenants. Les tournées sont font principalement en partenariat avec :

  • Le Samu Social de l’Association Avitarelle en réalisant chaque mercredi une maraude commune avec leur équipe du 115,
  • La Croix Rouge: sur ses sites d’hébergement d’urgence qui comprennent à présent un internat de 60 places et un gymnase de 15 places,
  • L’association Gammes sur son site d’hébergement d’urgence « CNFPT Rives du Lez » (80 places).
  • Nous réservons également une tournée hebdomadaire sur les squats montpelliérains dans lesquels nous intervenons habituellement indépendamment de la crise covid-19. Nous poursuivons de plus notre approvisionnement en Kit+ auprès des officines partenaires de notre PES pharmacie. Seules nos actions en milieux festifs ont été suspendues.

Depuis mi-avril nos interventions ont été enrichies de la collaboration des médecins du Département d’addictologie du CHU de Montpellier (Service du Docteur Hélène Donnadieu Rigole) qui participent à nos tournées (2 fois par semaine) et qui mettent à disposition de notre équipe mobile une ligne téléphonique directe pour des entretiens médicaux à distance.

Nous avons également mis en place un numéro d’appel pour les partenaires et les usagers afin de proposer un soutien en dehors de nos temps habituels d’intervention sur les sites.

Avez-vous observé une évolution des sollicitations durant cette période de crise ?

Nous avons progressivement été sollicités par un grand nombre de partenaires de l’hébergement et de l’urgence sociale. Une bonne partie d’usagers d’Axess qui habituellement n’avaient aucun accès à l’hébergement ont pu être accueillis dans leurs sites. Les équipes chargées de ces accueils, parfois très démunies sur les questions de régulation et d’accompagnement des usages, ont été particulièrement sensibles et à l’écoute de notre expertise en Réduction des Risques. Notre collaboration a permis de sécuriser l’accueil d’un grand nombre de personnes qui pour certaines accèdent pour la première fois à un hébergement adapté. Nous enregistrons beaucoup de sollicitations de la part d’usagers présents sur ces lieux d’hébergement notamment pour du Matériel de réduction des risques, ce qui nous permet de réaliser un grand nombre d’entretiens RdR.

Notons que nous avons pu nous appuyer sur les recommandations diffusées par la DIHAL pour « l’accompagnement de personnes présentant des problématiques d’addiction ou des troubles de santé mentale dans le cadre de la pandémie covid-19 »[1], offrant un cadre et une légitimité inédite à nos interventions. 

Comment continuez-vous à accompagner vos partenaires en cette période ?

Nous intervenons pour de la sensibilisation à la RDR auprès des équipes. Nous leur fournissons du matériel RDR (kits+, contenairs, naloxone), nous faisons de la médiation avec les usagers repérés sur les sites d’hébergement, nous aidons les équipes à y organiser l’accompagnement et la régulation des consommations d’alcool à l’intérieur du centre (cf. supports édités par le Collectif Modus Bibendi).

Des articulations partenariales jamais observées auparavant démultiplient nos capacités d’action et notre impact d’intervention au plus près des contextes d’usage.

Que pensez-vous retenir de ces adaptations pour votre activité Hors centre post-crise ?

Ce contexte de crise nous place dans une situation inédite où les dispositifs de Réduction des risques et d’urgence sociale se doivent d’innover et d’adapter leurs réponses avec célérité et pragmatisme. A ce jour il nous a déjà offert de formidables opportunités pour faire progresser l’acceptabilité de la RDR et renforcer nos liens et nos interfaces avec les équipes de l’urgence sociale.

Les liens que nous tissons offrent en effet de véritables opportunités de consolider des pratiques innovantes pour l’avenir, de faire évoluer les représentations sur les conduites addictives et leur moyen d’y répondre et de renforcer la place du pragmatisme de la réduction des risques. Ils mettent en perspective de nouveaux leviers pour potentialiser nos missions de soutien dans l’accès aux soins et l’accès aux droits tout en consolidant notre spécialisation sur les questions de réduction des risques liés aux usages de drogues.

[1] Note DIHAL du 8 avril 2020