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Consultations jeunes consommateurs : le travail auprès des jeunes et des familles

A partir de leurs pratiques cliniques dans les CJC, de leur implication dans le programme de recherche européen INCANT, Jean‑Pierre Couteron, Aude Stehelin et Muriel Lascaux ont publié un ouvrage « Adolescents et Cannabis, que faire ? » en 2017.

THE CONVERSATION vient de publier un article éclairant à consulter dans son intégralité sur leur site.

Addictions chez les jeunes : la solution est dans la relation éducative

La France est l’un des pays européens où les adolescents consomment le plus de produits stupéfiants. 80 % d’entre eux expérimentent plusieurs produits – tabac, alcool et cannabis, selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Un adolescent sur quatre de 15 ans, et quasiment un sur deux à 17 ans, a déjà touché au cannabis. Quant à l’usage régulier, il concerne un adolescent sur 10 (9,2 %). Mais à partir de 25 ans, les enquêtes épidémiologiques montrent que ces taux diminuent considérablement. L’usage de cannabis demeure donc avant tout un phénomène générationnel.

Si ces chiffres, traduisant un réel problème de santé publique, peuvent légitimement inquiéter les parents, ils montrent aussi le caractère non tragique de ces usages, pour la plupart réversibles. Ils invitent à considérer la consommation de cannabis comme un risque lié à une période de vie, qui peut impacter la scolarité et les relations sociales des jeunes, et, dans certains cas, se transformer en addiction chronique à l’âge adulte. Remettre ces risques en perspective redonne aux adultes leur pouvoir d’agir et les conforte dans leur rôle d’éducateurs, dans une double démarche de réduction de ces risques et de soutien à la personne.

Le choix de la prévention

Comment placer au plus juste le curseur entre protection et autonomie, sans laisser l’adolescent seul dans sa recherche du plaisir, de performance et d’intégration sociale ? Comment éviter qu’il ne confie à l’objet le pouvoir de calmer, accentuer, renforçant ainsi l’attrait des substances psychoactives ? C’est à ces questions que nous avons essayé, Jean‑Pierre Courteron, Aude Stehelin et moi-même, de répondre avec Adolescents et cannabis, que faire ? (Couteron, Lascaux & Stehelin, 2017). Dans cet ouvrage publié en 2017, nous avons choisi de partager les expériences et connaissances issues aussi bien de nos pratiques cliniques en Consultations Jeunes Consommateurs que nos de travaux universitaires, en lien avec un programme de recherche européen (INCANT). Objectif : permettre à chacun d’y piocher des attitudes et des stratégies qu’il adaptera aux situations rencontrées, pour mieux construire son propre savoir-faire.

Tout le monde s’accorde sur l’idée qu’il faut « maintenir le dialoguer et mettre un cadre ». Un très bon conseil mais le plus souvent difficile à mettre en pratique. Entamer un dialogue sur « la drogue », sujet encore possiblement tabou – et de surcroît quand il s’agit de son propre enfant – est un défi de taille ! La démarche psycho-éducative retenue ambitionne d’aider les parents et adultes à se plonger sans peur, étape par étape, dans la construction d’une éducation préventive.

L’art d’engager le dialogue

La réaction émotive qui suit la découverte d’un usage risque d’amener à des attitudes ayant l’effet inverse de l’objectif visé. Pour un parent, mettre l’inquiétude ou la colère à distance est un véritable défi. Pour y parvenir, on peut jouer sur trois registres :

Le temps de la prise de conscience

Pour faire évoluer le regard de l’adolescent sur ses usages, deux types d’action, classiques sur d’autres thèmes, permettent d’éviter le piège des reproches. Il convient simplement de les adapter au cas présent :

Maintenir le cap

Il s’agit de « rester confiant quant à ce qui a été construit, tout en restant vigilant ». Parce que les évolutions positives en matière d’usage ne sont pas toujours visibles immédiatement, les parents ou éducateurs devront gérer les angoisses liées aux changements et aux doutes :

Si l’exemple pris dans ce manuel est celui du cannabis, l’éducation psycho-éducative vaut pour l’ensemble des expérimentations à risque addictif des adolescents. Elle apaise la charge émotionnelle car elle informe, conseille et redonne un pouvoir d’agir aux parents, éducateurs. C’est un passage nécessaire pour s’interroger, pour comprendre, pour s’armer face à ces enjeux éducatifs essentiels pour l’avenir des adolescents. Sans donner de leçon, partageons savoir-être et savoir-faire pour une coopération éducative !