Pour une présentation en atelier (date limite : 26 janvier 2020)

Pour une écologie de la santé : Accompagner et coopérer

Le champ des addictions est travaillé par les dynamiques du vivant et les troubles du commerce des hommes accentués par les angoisses collapsologiques du temps (crise climatique, raréfaction des ressources, érosion de la biodiversité…) L’environnement technologique et consumériste, la transformation des modes traditionnels de socialité, la digitalisation des interactions, l’éloignement des centres de décision, les inégalités d’accès aux ressources, contribuent à un effondrement de sens, à une altération du pouvoir d’agir et des capacités d’auto-régulation.

Fortement liées à des problématiques psychosociales, à la précarité et à des comportements à risques (tabagisme, mauvaise alimentation, faible activité physique, abus d’alcool ou de drogues…), les maladies chroniques , maintenant à l’origine de 71 % de la mortalité globale [1], invitent à faire de la promotion de la santé mentale et de la prévention une priorité [2]. Ces troubles et facteurs de risques tendent à se regrouper et à se renforcer mutuellement en partie du fait de facteurs causaux communs comme l’adversité sociale ou l’adversité infantile [3]. C’est particulièrement évident avec les addictions [4], ces tentatives maladaptatives de faire face à un environnement stressant, douloureux ou pathogène.

Face à la complexité, à la fois physique et psychosociale, des causes et symptômes de ces maladies, toute approche segmentée doit laisser place, dans la proximité et la durée, à des approches pluridisciplinaires, centrées sur la personne dans sa globalité, intégrées et collaboratives [5], selon un modèle de soins en 4 C (collaboratif, coordonné, continu et centré sur la personne) [2]. Il faut donc « mettre l’usager au centre » des actions et l’éloge de la transversalité est devenu incontournable. Pourtant la segmentation persiste, pourquoi l’approche coopérative est-elle si difficile à mettre en œuvre ?

D’un point de vue évolutionniste, une raison en est la tension originelle compétition/coopération. L’espèce humaine est « sociale par nature ». Dès la naissance, nous obtenons par coopération nourriture, abri, protection, éducation, intelligence collective… Mais d’entrée aussi, la coopération est en tension avec la compétition et la domination. Ce conflit entre horizontalité des réseaux et verticalité d’une autorité surplombante, Niall Ferguson l’image sous la forme du « défi que la Place, l’agora, lance à la Tour » [6]. Il se retrouve aujourd’hui dans la mise en concurrence des opérateurs. Dans un marché dérégulé, cette compétition peut servir l’autorité d’une Tour puissante au détriment de la collaboration des dispositifs et acteurs, notamment les plus vulnérables. Mais observons que loin de s’exclure, coopération et compétition forment un couple indissociable : la compétition a renforcé l’aptitude à la coopération, donnant un avantage sélectif aux espèces animales et aux groupes humains les plus à même de travailler ensemble [7, 8], au prix parfois d’une certaine hostilité à l’égard des groupes extérieurs. C’est ainsi qu’altruisme et esprit de clocher ont pu co-évoluer [9]. Il n’est donc pas si aisé de dépasser les conflits de chapelle même si la meilleure option est dans la coopération, en premier lieu avec les personnes concernées.

En effet, les conduites addictives sont largement liées aux conditions de vie. La clinique du travail par exemple montre que la santé est directement dépendante de la qualité, subjective et sociale, de nos activités. Les avancées de l’épigénétique illustrent comment notre comportement, ce que l’on mange, l’exercice physique, notre gestion du stress, en modifiant l’expression de nos gènes, influe sur notre santé. La mobilisation des personnes elles-mêmes est nécessaire pour devenir, individuellement et collectivement, acteurs de santé. La coopération, en favorisant la créativité et les approches intégratives, est un ressort essentiel de progrès en santé. Elle invite à décloisonner prévention, soins et réduction des risques [10] pour que nos différences ne nous opposent plus. Médecine, psychiatrie, hôpital, social, médico-social, insertion, justice mais aussi patients, auto-support, patients-experts… C’est en faisant l’expérience de telles coopérations réussies, que nous écarterons la tentation du repli dans la Tour ou des conflits de « chapelle » entre personnes, spécialités, approches ou institutions… En ce sens, TAPAJ, « Un chez soi d’abord », la RDR alcool ou le projet national TRAACT , sont des signes avant-coureurs de cette dynamique.

Pour réfléchir aux difficultés inhérentes à l’équilibre de l’écosystème et aux tensions coopération/compétition, quel meilleur support qu’une dynamique fédérative et sa diversité d’acteurs, source de variations et de créativité au service d’un projet coopératif ? Quel meilleur endroit que la ville de Metz ? Dans cette région emblématique d’un passé de guerres entre nations qui tentent de le dépasser par une forme d’organisation où la coopération l’emporterait sur le conflit. Ce défi civilisationnel illustre aussi bien la nécessité et les avancées de la collaboration que ses difficultés de mise en œuvre et la fragilité continue des équilibres ainsi produits. A notre modeste échelle, c’est au même défi que nous nous attellerons.

1. WHO/OMS, WHO Global action plan for the prevention and control of noncommunicable diseases 2013-2020. 2013, WHO: Geneva.
2. Stein, D.J., et al., Integrating mental health with other non-communicable diseases. BMJ, 2019. 364: p. l295.
3. Scott, K.M., et al., Association of childhood adversities and early-onset mental disorders with adult-onset chronic physical conditions. Arch Gen Psychiatry, 2011. 68(8): p. 838-44.
4. Cicchetti, D. and E.D. Handley, Child maltreatment and the development of substance use and disorder. Neurobiology of Stress, 2019. 10: p. 100144.
5. Patel, V. and S. Chatterji, Integrating Mental Health In Care For Noncommunicable Diseases: An Imperative For Person-Centered Care. Health Aff (Millwood), 2015. 34(9): p. 1498-505.
6. Ferguson, N., La place et la tour. Réseaux, hiérarchies et lutte pour le pouvoir. 2019, Paris: Odile Jacob.
7. Boyd, R. and P.J. Richerson, Culture and the evolution of human cooperation. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2009. 364(1533): p. 3281-3288.
8. Hare, B., Survival of the Friendliest: Homo sapiens Evolved via Selection for Prosociality. Annual Review of Psychology, 2017. 68(1): p. 155-186.
9. Choi, J.-K. and S. Bowles, The Coevolution of Parochial Altruism and War. Science, 2007. 318(5850): p. 636-640.
10. Delile, J.-M., En quoi les pratiques de RdRD peuvent-elles s’intégrer dans les stratégies de prévention et de soins et les améliorer ? Alcoologie et Addictologie, 2017. 39(3): p. 246-265.

Présenter une communication pour une présentation en atelier permet de capitaliser et valoriser des expériences et des savoirs faire en lien avec le thème du congrès. (consulter le pré-programme)

(remplir l’appel à communication dans un nouvel onglet)