Communiqué de presse – Réformer sans changer, le pari du plan de lutte contre les addictions

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logo_federation_addiction_petitParis, le 19 septembre 2013

En mettant l’accent sur les actions qui « vont vers » les familles, les jeunes, les femmes, les personnes fragilisées par la crise économique, pour les rencontrer en amont de la maladie addictive, dans une posture d’accompagnement et de soutien, ce plan gouvernemental dessine une évolution forte. Prévenir, réduire les risques, soigner, insérer, sont les moments d’un processus continu. Aucun ne peut aller sans les autres.

La relance des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) et le développement de l’intervention précoce, l’attention à l’univers du travail, la validation de l’intervention en milieu festif, la reconnaissance d’une mission de prévention dans les Centres d’Accompagnement, de Soins et de Prévention en Addictologie (CSAPA), le soutien aux médecins et aux pharmaciens pour le repérage précoce et l’intervention brève, l’appui aux parcours de soins coordonnés avec le rôle des réseaux de santé addictologiques, le renforcement des équipes de liaisons hospitalières et le soutien de la continuité des soins pour les détenus, l’aide aux forums d’usagers, les remboursements des substituts nicotiniques pour les 20-25 ans sont les signes, avec de nombreuses autres propositions, d’une mobilisation des acteurs de premier recours pour contrer et anticiper les effets addictogènes de notre société.

Cette évolution concerne aussi la réduction des risques dont le rôle est fermement rappelé et étendu à toutes les substances. L’expérimentation de la salle de consommation à moindre risque est lancée, son extension est évoquée, accompagnée d’un travail de médiation sociale, en lien avec les habitants. L’accessibilité aux traitements de substitution devrait être facilitée grâce à celle d’un dispositif de primo prescription en médecine de ville. Le succès de la cigarette électronique, signe d’une volonté du public de s’éloigner du risque tabac quand il pense avoir trouvé un outil adapté, est évoqué. Malgré cela, ni les substitutions injectables, ni les « espaces de consommation » adossés aux CAARUD et reprenant les acquis des recherches sur l’éducation à l’injection et des salles de consommation n’ont été retenus, de même que la réduction des risques en prison, pourtant aussi urgente que nécessaire.

Cette réorganisation de la réponse publique se heurte à deux écueils :
l’approche pénale des addictions ne sera pas modifiée : face à une opinion publique troublée, le recentrage de la sanction sur l’usage mettant en danger autrui (conduite automobile, violence, vols) n’a pas été retenu. Le dogme de l’interdit pénal, dominant durant la période 2007-2012 et dont les dernières enquêtes épidémiologiques et de récents reportages sur le cannabis ont illustré l’échec, n’est pas abandonné, empêchant d’affecter les moyens ainsi économisés à des actions plus utiles. Les policiers continueront à faire du chiffre sur le dos des usagers, même si la priorité semble être donnée à la sanction de la délinquance routière, des violences et des conduites dopantes toutes substances confondues.
le combat contre les conséquences d’une société favorisant l’hyper-usage et le « sans limite » ne sera pas accentué, pour cause de pause fiscale. En laissant tel quel l’accès aux substances légales que sont le tabac, les alcools ou les boissons énergisantes, en ne limitant pas plus la publicité et ce, même si une stratégie est testée pour contrer les effets du marketing, le plan laisse encore trop les familles et les éducateurs en première ligne et seuls pour s’opposer à la toute puissance des industries productrices de substances addictogènes. L’alcool restera à la place qui est la sienne, une des premières, les soignants étant, de fait, plus invités à améliorer les traitements et à accompagner l’usage qu’à éviter l’entrée dans la pratique addictive.

Ce plan, pour l’instant sous sa forme d’orientation, sans les étapes budgétaires qui en signeront les priorités, est un pas dans une direction nouvelle dont les adhérents de la Fédération Addiction prennent acte, tout en regrettant que la crainte du laxisme et de la taxation ait contrarié sa capacité à répondre aux addictions du XXIe siècle naissant.

Contacts presse
Jean-Pierre Couteron, Président de la Fédération Addiction
Nathalie LATOUR, Déléguée Générale
Tél. : 01 43 43 72 38 – 06 12 21 07 25
Email : infos@federationaddiction.fr

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>> Consultez le Plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives 2013-2017

La position de la Fédération reprise dans les médias

Consultez les retombées médiatiques :
>> Émission de Nicolas Poincaré sur Europe 1 (édition du 19 septembre)
>> Reportage au 20h de TF1 (Chapitre 6 de l’édition du 19 septembre)
>> Magazine de la santé sur France 5 (édition du 19 septembre)
>> Informations de BFM TV le 19 septembre
>> France Inter (21 septembre)

Lire également :
>> Drogue : le délicat équilibre entre prévention et répression et La galère des toxicomanes des campagnes (Le Monde du 19 septembre 2013)
>> Les associations saluent les évolutions du plan Addiction mais restent sceptiques sur le pénal (Quotidien du Médecin – 23 septembre 2013)

Autres prises de position

>> Communiqué de l’association AIDES – Plan de la MILDT : peut (vraiment) mieux faire !
>> Communiqué de l’ANPAA – Le Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives : entre continuité et immobilisme