[Communiqué] Cannabis : « Derrière la fumée » d’une campagne de prévention… de la communication gouvernementale ?

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La campagne « Derrière la fumée » lancée par le gouvernement le 22 août se présente comme une « campagne de sensibilisation » sur « les conséquences de la drogue la plus consommée en France ». Construite sans concertation, déconnectée des réalités des consommations, cette campagne semble malheureusement plutôt relever d’une communication politique que de la prévention.

De la fumée qui conduit à des policiers en action : la « grande campagne de sensibilisation pour alerter sur les conséquences » du cannabis annoncée dès avril 2021 par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et dévoilée le 22 août semble surtout vouloir mettre en évidence l’action purement répressive du gouvernement et du ministre.

En choisissant d’attribuer au cannabis la responsabilité du décrochage scolaire ou de la souffrance psychique des jeunes, la campagne travestit une réalité bien plus complexe qui appelle des réponses globales et non exclusivement répressives. Ainsi, en représentant les consommateurs de cannabis comme des personnes irresponsables voire délinquantes, le gouvernement renonce à s’adresser à eux pour faire œuvre de prévention : il choisit malheureusement une campagne de pure communication cherchant à rappeler les positions sécuritaires du ministre de l’Intérieur.

Une campagne qui n’a fait l’objet d’aucune concertation

La campagne « Derrière la fumée » n’a fait l’objet d’aucune concertation avec les professionnels de l’addictologie. Les situations qu’elle présente sont déconnectées des situations réelles de consommation.

Au-delà des positions des uns et des autres sur le statut légal du cannabis (rappelons que la prohibition n’empêche pas les Français d’être les plus gros consommateurs d’Europe), une campagne de sensibilisation sur les dangers des drogues suppose de partir de la réalité des usages et du vécu des consommateurs. Par exemple, le décrochage scolaire et la souffrance psychique des jeunes peuvent être aussi des causes d’entrée dans les usages de cannabis qui aggravent en retour le problème initial. Les réponses préventives doivent donc être globales… L’approche uniquement sécuritaire ne peut que manquer l’objectif de sensibilisation pourtant affiché. Une fois de plus, une occasion manquée de travailler de façon concertée et globale sur ces enjeux complexes.

Les approximations du ministre de l’Intérieur ne sont pas sans conséquences

Parallèlement à cette campagne, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin multiplie les propos inexacts (sur « les voyous qui gagnent 100 000 € par jour », sur les États qui seraient « revenus sur la légalisation » du cannabis) voire outranciers sur la question des drogues, balayant les études et données probantes sur la question.

S’il ne nous appartient pas de nous prononcer sur la stratégie politique poursuivie par le ministre, nous alertons le gouvernement sur le fait que ce type de déclarations reposant sur la simplification, la peur et la stigmatisation prend le risque de décrédibiliser lourdement le message global des pouvoirs publics sur la question des drogues.

Contact presse :
Nathalie Latour, déléguée générale
n.latour@federationaddiction.fr · 06 12 21 07 25

À propos de la Fédération Addiction

La Fédération Addiction est le premier réseau d’addictologie de France. Elle regroupe 190 associations, 800 établissements et services de santé, de prévention, de soins et de réduction des risques et plus de 500 médecins et pharmaciens.

 

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