Comment mieux prendre en charge le tabac en CSAPA ?

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Parmi les Français qui fument quotidiennement, 30 % ont essayé d’arrêter en 2020. De fortes inégalités de santé persistent sur le tabac. Peut-on améliorer l’accompagnement des fumeurs en CSAPA ? Et si oui, comment faire ? C’est l’objet d’un travail collectif mené par Tanguy Girardet, chargé de projet à la Fédération Addiction. Interview.

Pourquoi s’interroger spécifiquement à la question du tabagisme ?

Tanguy Girardet : 25,4 % des Français fument quotidiennement et le tabagisme est la première cause de mortalité prématurée évitable.

Depuis 5 ans une politique ambitieuse est conduite. Cependant, la baisse constatée du nombre de fumeurs à l’échelle du pays masque des disparités sociales. Les données tabac publiées par Santé publique France confirment que les écarts se creusent sur les usages de tabac selon les niveaux de revenu. En 2020, parmi le tiers de la population dont les revenus étaient les moins élevés, la prévalence du tabagisme a augmenté. Le tabagisme constitue ainsi l’un des facteurs majeurs des inégalités de santé. Il est directement responsable d’une partie importante de la différence d’espérance de vie selon les catégories sociales. Le contexte lié à la crise sociale de 2019 et certainement celle du Covid, particulièrement oppressant notamment pour les catégories populaires, est venu encore renforcer le gradient social du tabagisme qui existait avant la crise sanitaire.

Face à ce constat, l’enjeu pour la Fédération Addiction est de poursuivre les projets qu’elle mène sur la question de l’accompagnement des fumeurs au sein de son réseau et d’orienter une action sur le rôle que les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), dispositif spécialisé de proximité, ont à jouer dans l’amélioration du recours aux soins pour les personnes dépendant du tabac

Quel est l’enjeu du tabac en CSAPA ?

Tanguy : Historiquement le tabac ne faisait pas partie des missions des dispositifs spécialisés : il restait dans la tabacologie et dans des consultations dédiées. Avec la mise en place des CSAPA, la question du tabac pour les personnes suivies a été introduite, tout comme la nécessité de sortir d’une approche exclusive par produit pour aller vers une approche globale des personnes accueillies.

Les évolutions pharmaceutiques avec les patch, ainsi que leur accessibilité via le remboursement à 100%, l’arrivée d’outils de réduction des risques (RDR) comme la vape, ainsi que la campagne « Mois sans tabac » ont fortement favorisé l’évolution des pratiques professionnelles et de l’offre d’accompagnement au sevrage ou à la RDR tabac. Les CSAPA, dispositifs spécialisés de proximité, ont un rôle important à jouer dans l’amélioration du recours aux soins pour les personnes dépendant du tabac.

Comment faire ?

Tanguy : En lien avec le ministère de la Santé et la MILDECA, nous allons engager une expérimentation avec l’appui d’une dizaine de CSAPA volontaires. L’enjeu est de formaliser et valoriser des pratiques existantes et prometteuses sur l’accompagnement du tabagisme en première intention et en poly-usage.

Dans cette optique, le Mois sans tabac, qui attire de nouveaux publics, constitue une réelle opportunité. Il permet de travailler sur le manque de notoriété du dispositif spécialisé. Ce travail d’ouverture des CSAPA implique aussi une meilleure intégration de l’addictologie aux réseaux de soins territoriaux et la recherche de partenaires locaux.

Quelle sera la méthode et le calendrier ?

Tanguy : En novembre, la Fédération Addiction mènera une enquête afin de recueillir les expériences de réussite et les besoins des CSAPA et des consultations jeunes consommateurs (CJC) pour améliorer l’accompagnement et l’accès aux CSAPA sur les questions tabac. Un protocole d’expérimentation sera ensuite élaboré avec la construction d’un cadre avec différentes hypothèses organisationnelles à tester, telle que la mise en place de consultations de tabacologie dans leurs locaux en travaillant sur les modalités d’accueil soit en interne (horaires, salles d’attentes, locaux etc.) soit en externe (aller vers, quels partenaires, quels lieux…). Il y aura l’élaboration d’un kit d’intervention pour l’expérimentation (affiche, plaquette, communication extérieure, appui) et  la mise en place d’une grille de suivi d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs.

Grâce aux résultats remontés, la Fédération Addiction pourra examiner avec les pouvoirs publics les leviers nécessaires à une amélioration du recours au dispositif spécialisé sur les questions de tabac.