Édition Précédente |Argumentaire et programme des 6e Journées Nationales

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Addictions : variations sur les petites mécaniques de l’accompagnement
Parler, Faire, Transmettre

affiche_finaleOn le sait désormais : il faut vivre avec les addictions. L’Homme et son monde sont tels qu’une stricte abstinence ne saurait être imposée comme règle de vie.

Sources d’expériences, de recherche de sensations, de performances, d’accès à d’autres états de conscience, d’apaisements, d’euphories, de plaisirs, d’oublis, d’auto médications… les substances pyschoactives, licites ou non, ainsi que les autres « objets » susceptibles de donner lieu à des conduites addictives, font partie de notre paysage.

Les multiples raisons d’en user ainsi que les multiples fonctions qu’elles occupent conduisent des femmes et des hommes à en abuser, à en dépendre et donc, parfois/souvent, à en souffrir.

Se (re)pose alors la question du vivre avec les addictions, des inflexions que l’on peut donner à son existence, des choix que l’on peut y faire, des trajectoires de vie qui, parfois, croisent et se lient avec les trajectoires de soin, des temps et des espaces spécifiques, où elles se tissent.

Tout au long de ces trajets, de l’usage à l’abus, du libre choix à la dépendance, des échanges ont lieu…  pour partager une expérience, demander une information, solliciter un soutien, une aide, être soigné…. « l’autre » sollicité pouvant être une personne de rencontre, tout simplement , ou un soignant dument étiqueté, dans un dispositif spécialisé qui porteront l‘espoir d’une vie qui change et qui s’améliore.

C’est à l’espoir d’une « sortie des addictions » qu’il faut alors faire face.

Sortir des addictions ne peut plus reposer sur un modèle unique : celui du cycle déchéance/réhabilitation, ou maladie chronique/rechute, faisant de la guérison une hypothèse héroïque,  que la rechute peu à tout moment briser.

L’arrivée de la réduction des risques, les nouveaux traitements médicamenteux, notamment de substitution mais aussi plus récemment les médicaments  dits « anti-addictifs » ou « addictolytiques », ont ouvert le passage vers un soin moins marqué par l’absolu de l’abstinence, que par les possibles de l’apaisement, du soulagement de la douleur du corps contraint et de la reprise de contrôle.

Sortir des addictions, c’est savoir que cela est possible seul, pour se reconstruire une motivation, mobiliser ses propres capacités à la maîtrise,  à l’action, à la pacification, à la recherche d’alternatives expérientielles et thérapeutiques aux bénéfices et aux fonctions de l’effet addictif afin de concourir à ce que des chercheurs ont pu nommer auto-guérison. Beaucoup y parviennent, qu’il faut écouter pour apprendre de leurs parcours et de leurs expériences.

Leurs savoirs sont importants. Dans le champ des addictions, la parole des usagers a souvent précédé et orienté celle des chercheurs : le programme des alcooliques anonymes, les avancées des traitements de substitution, les nouvelles stratégies de consommations de l’alcool comme les outils de la réduction des risques doivent beaucoup à l’expérience de l’usage vécue par les usagers, et à leurs inventions, avec leurs entourages, en s’appuyant sur ce qu’ils ont su préserver d’une vie sociale diversifiée, de chemins de sortie.

Sortir des addictions est possible seul, mais ça passe aussi parfois/souvent par la rencontre d’un autre, avec lequel on parlera, avec lequel on fera, avec lequel on partagera. Sortir des addictions, cela peut s’accompagner de postures différentes, que ce colloque doit contribuer à éclairer :

Alors, aider à sortir des addictions, c’est être ceux avec qui en parler, parler de « ça », parler de soi, parler de ce que ça fait et de ce que pourrait être la vie sans « ça ». Parler librement des possibles, y compris et surtout  quand ils semblent impossibles, pour les faire exister.

Parler c’est rencontrer les autres, les professionnels, ceux avec lesquels l’espoir prendra la forme d’une idée, d’un projet (de prévention, de soins, d’insertion …), sur lesquels il s’appuiera pour n’être pas qu’un vague rêve inatteignable ou une folle utopie.

Aider, c’est aussi aider à faire, à mettre quelque chose en œuvre, dans un acte producteur et porteur de sens, celui d’une forme que l’on modèle ou que l’on sculpte, d’une image que l’on fige, d’une scène que l’on joue, d’une odeur que l’on redécouvre, d’une sensation que l’on retrouve, d’une émotion qui nous surprend et que l’on accepte, d’un temps que l’on (re)prend…L’exemple de la méditation de pleine conscience, comme toutes les techniques centrées sur les ressentis, les sensations, les émotions, doit nous inciter à penser la place de ces « dimensions de l’être », au-delà des jeux de  mode qui les font apparaître et disparaître.  Ces approches nous invitent à emprunter d’autres sentiers…Trop longtemps le « faire » a été opposé à « la pensée »,  l’action à la réflexion, l’une étant noble, l’autre non, alors qu’existe une intelligence du faire ; quand l’acte n’est pas coupé du sens qui l’accompagne lui conférant une existence qui ne le réduit pas à « un objet » ou à une conduite ; quand l’acte n’est pas qu’un « passage à l’acte »  et que le sujet agit plus qu’il n’est agit.

Ce plaisir du faire et du partage, dans la rencontre avec l’objet, débarrassé du filtre de la magie chimique, doit garder toute sa place dans ce qui fait lien entre une trajectoire de vie et une trajectoire de soins.

Aider, c’est enfin, transmettre, ce que l’on sait, ce que l’on fait, ce que l’on vit et ressent. C’est ne pas rester seul et enfermé dans son expérience, son savoir et ses certitudes, ne pas craindre les débats, les partages, les engagements, les émotions,  l’envie et le plaisir, de parler avec l’autre, de faire avec l’autre et de l’accompagner dans son parcours, car ce que croyons, ce que nous vivons, ce que nous ressentons, c’est aussi ce que nous transmettons et qui imprime nos regards, nos manières et nos attitudes. A l’intensité de l’expérience d’usage peut répondre, dans un dialogue créatif, l’intensité du sublime, de l’émotion partagée, celle de la contemplation d’un paysage, celle que procure l’objet d’art, celle de la mise en forme créative.

Ces trois grands principes peuvent se décliner dans nos attitudes, nos positions, nos actions.

Ils déclinent les liens nécessaires avec d’autres acteurs, bien au-delà des seuls partenaires de la santé. Ils inventent des places à occuper par les usagers, les entourages, les professionnels. Ils peuvent également indiquer l’orientation des actions à mener auprès de ceux qui s’adressent nous et qui comptent sur nous pour « s’en sortir ».

C’est donc autour de ces principes, des possibles et des utopies nécessaires sur lesquels ils ouvrent que nous travaillerons lors de ces Journées.

 

Les deux journées de colloque ont comporté 3 plénières, 10 conférences et 27 ateliers : plus de 150 interventions sur la prévention, l’intervention précoce, les soins, la réduction des risques, l’insertion…pour les acteurs venant de la ville, du médico-social, du social, de l’éducation, du sanitaire, du monde du travail,  avec des partenaires européens et internationaux, associatifs et institutionnels.