Alcool et jeunes : Jean-Pierre Couteron dans le magazine de la santé sur France 5

publié le  |  Imprimer

JPC_mgsante_26juillet13Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, était l’invité du dernier numéro de l’été du Magazine de la santé de France 5, diffusé le vendredi 26 juillet 2013. Benoît Thévenet présentait l’émission, dont voici une retranscription écrite.

Faire boire un jeune trop tôt donne-t-il le « goût de l’alcool » ?

Oui. L’idéal est de ne pas commencer avant 15 ans, car on n’apprend pas mieux à boire en commençant jeune, mais cela facilite le fait de boire.

Quand est-ce que la consommation d’alcool d’un adolescent doit commencer à inquiéter ?

Je vois deux paramètres. Celui de l’excès, c’est-à-dire quand ponctuellement l’ado va trop loin. Mais également celui de l’habitude : l’ado veut rassurer en disant qu’il ne boit pas tous les jours, or lorsqu’il boit tous les week-ends/ à chaque sortie/ à chaque fois qu’il rencontre tel copain, l’habitude s’installe. L’alcool commence alors à « servir à quelque chose » : à faire la fête, à s’amuser, à gérer un stress, à accompagner des rencontres…

C’est important que les parents restent dans la discussion, mais doivent-ils également de temps en temps dire de grands « nons » ?

Oui, c’est important que des limites précises soient données, mais il faut qu’elles soient réalistes.

Qu’autorise-t-on et à quel âge ?

Avant 15 ans, il faut exiger des adolescents qu’ils ne consomment rien. Entre 15 et 18 ans, c’est une période plus compliquée : la loi interdit la vente d’alcool aux mineurs, mais de toute façon à 18 ans ils font ce qu’ils veulent, donc il vaut mieux entrer dans un modèle de type « conduite accompagnée ». L’ado a l’autorisation de sortir seul, mais avec les limites de l’heure à laquelle il rentre et de l’état dans lequel il rentre. Ensuite on adapte les règles au fur et à mesure.

Faut-il autoriser des alcools « moins forts » par exemple ?

Je n’irais même pas jusqu’à autoriser des alcools. Si on partage de l’alcool avec l’adolescent, il vaut mieux privilégier effectivement un alcool pas très fort, mais surtout une quantité raisonnable, afin de montrer la capacité à gérer le produit.

Est-ce que les cures de désintoxication existent dès l’adolescence  ?

C’est rare. La base de l’intervention à cet âge-là, c’est plutôt d’apprendre à gérer la consommation.

A partir de quand les parents doivent-ils appeler à l’aide ?

Il ne faut pas hésiter à le faire dès qu’on se sent un peu en difficulté. La façon d’accompagner les parents a beaucoup changé : aujourd’hui ce sont des discussions sur le mode du soutien, de l’utilisation de la compétence de la famille, sans entrer forcément dans un cursus de psychothérapie. Un certain nombre de paramètres sociaux facilitent l’alcoolisation des jeunes : les parents doivent se décontracter là-dessus, et se faire aider ponctuellement peut faire gagner beaucoup de temps.

Y a-t-il une différence dans l’accompagnement des filles et des garçons ?

Oui, car les sensations ne sont pas les mêmes. Une fille entendra plus l’argument du « prendre soin de soi », le garçon a plus besoin de « faire ses preuves ».