Addiction, précarité et confinement : Ne laissons pas de failles dans la protection commune…

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Communiqué du 19 mars 2020

La mise en place du confinement pour ralentir la diffusion du COVID-19 a fortement mobilisée les équipes d’addictologie et de réduction des risques. Il s’agit d’éviter autant que possible de charger encore plus l’activité des urgences, des services hospitaliers et d’une médecine et pharmacie de ville déjà en surchauffe, en réduisant la transmission virale chez des personnes présentant toutes des troubles chroniques et qui seront donc autant de situations sévères en cas de contamination. 

Nos actions convergent donc avec les priorités de santé :

  • assurer au mieux les suivis engagés, tout particulièrement les traitements de substitution aux opiacés (TSO) qui nécessitent la plus grande continuité,
  • assurer l’accès aux seringues et aux matériels de prévention VIH / Hépatites,
  • accueillir les nouveaux patients et notamment les plus marginalisés, en déshérence aggravée…

Tout cela doit se faire dans le respect des gestes barrières et de la « distanciation sociale », si nécessaires d’un point de vue sanitaire mais si difficile à observer dans nos métiers du lien.

Anticipant sur les annonces, les adhérents du réseau de la Fédération Addiction[1] ont adapté leurs pratiques et organisé des consultations à distance, que celles-ci soient médicales, pour les TSO et autres prescriptions, ou pour les psychothérapies et le soutien des personnes.

Les lieux de soins résidentiels ont appliqué, comme ils le pouvaient, les consignes de sécurité mais soulignons-le avec des moyens misérables (pas de gels hydroalcooliques, peu ou pas de masques…), d’autres ont dû cesser certaines activités collectives,  du fait de la promiscuité trop forte et de l’impossibilité d’aménager leur espace. Cela n’a pas toujours été simple, et certains retours au domicile qui en résultent vont nécessiter une intensification des suivis pour éviter des crises familiales ou des rechutes.

Reste l’accès aux soins et l’accompagnement des usagers de drogues précaires. Là aussi, des pratiques s’inventent, avec les usagers et en veillant à la sécurité des personnels des CAARUD[2].

Les usagers de rue sont actuellement perdus, il n’y a quasiment plus personne dans les rues, ils n’ont plus de « manche », plus de produits, ils sont angoissés et vont mal. Leurs lieux-repères ferment les uns après les autres, ils n’ont nulle part où se confiner pour se protéger. Comme chacun sait, le stress fait monter le besoin de consommer, les prises de risques augmentent et, ajoutées à la promiscuité et aux troubles chroniques associés, risquent de conduire à de véritables ravages dans cette population.

Savoir changer et s’adapter est au cœur du savoir-faire de nos équipes. Le partage et la mise en commun des solutions expérimentées de toutes parts au sein du réseau ces 3 derniers jours, sont un superbe exemple de résilience sociale.

Pour autant au début de la crise, à l’image des populations trop souvent invisibles dont nous nous occupons, notre secteur tout entier était quelque peu oublié dans les recommandations nationales : non inscription des CSAPA ou CAARUD à la liste nationale des établissements permettant à leurs personnels de bénéficier des possibilités de gardes d’enfants, absence de recommandations spécifiques destinées à nos établissements pourtant en première ligne de populations vulnérables, absence d’approvisionnement en matériels de protection…

Comment assurer une continuité de service, que nous défendons, sans moyens pour le faire ?

Suite à nos sollicitations, les choses bougent et la Direction Générale de la Santé a ouvert un espace de dialogue où nous avons pu partager les problèmes identifiés : assouplissement des conditions de renouvellement des TSO, ouverture des boutiques spécialisée dans le vapotage, autorisation de circulation facilitée pour ces professionnels même lorsqu’ils ne sont pas des professionnels de santé, dispositifs de gardes d’enfants.

Des mesures devraient être prises d’ici la fin de semaine. Elles sont indispensables.

Nos équipes médico-sociales en lien avec les médecins de ville, les pharmaciens et les équipes hospitalières sont en première ligne, sans toutes les protections, pour s’occuper d’un public certes « spécifique », mais bien peu pris en compte dans cette gestion de crise.

Dans ce contexte, et au regard du nombre croissant d’appel de nombreuses structures du champ social et médico-social, la Fédération Addiction prend ses responsabilités en mettant à disposition de TOUTES LES STRUCTURES ses ressources disponibles et en organisant une hotline de ressources avec l’appui de ses membres.

Ne laissons pas ces brèches de sécurité dans le confinement devenir de véritables failles, qui retarderaient l’issue commune à cette crise sanitaire et en aggraveraient les conséquences notamment pour les plus précaires.

Et plus tard, tirons les enseignements de ce que nous sommes tous et toutes en train de vivre.

 

Fédération Addiction

Contact : Nathalie LATOUR – Déléguée Générale
n.latour@federationaddiction.fr

[1] La Fédération Addiction fédère les 2/3 du dispositif d’accompagnement sur les addictions soit environ 850 établissements médico-sociaux de soin, de réduction des risques, des consultations et équipes de liaison hospitalière et a un pôle de médecine générale et de pharmaciens exerçant en libéral.

[2] Centres Accompagnement à la Réduction des risques des usagers de Drogue