4 3 2 0, nouvelles normes d’usage ou nouvelles normes de vente

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Une campagne d’information vient d’être lancée par Vin & Société, l’une des principales vitrines du lobby alcool, sous la forme d’une affiche, avec typographie et personnages presque enfantins, sur les « repères de consommation ».

Dans un contexte loi de santé où les députés ont concédé aux alcooliers l’assouplissement de la loi Evin, cette communication fait figure de provocation, mûrement préparée, qui intervient avant même le vote définitif de la loi de santé. Elle détourne des seuils d’alerte édictés par la HAS en 2014 à destination des professionnels de santé  (2 verres d’alcools quotidiens pour les femmes, 3 pour les hommes, 4 verres lors d’une occasion festive et une journée par semaine d’abstinence) établis pour aider au repérage des consommations à risque nécessitant une intervention médicale.

Ils ne sont en aucun cas des « normes » de consommation. Il est donc dangereux de véhiculer l’idée qu’en dessous de ces seuils, la consommation serait normale ou sans risque. La HAS, dont les données ont ainsi été détournées, a réagi par un communiqué de presse cosigné par la MILDECA pour écarter une interprétation préjudiciable pour des comportements d’usages dont les études suivent les évolutions.

La Fédération Addiction souligne que cette campagne illustre surtout la volonté des alcooliers de s’approprier la notion de consommation responsable, raisonnable, en devenant prescripteurs du « savoir boire ». Entre message sanitaire obligatoire et captation du concept de modération, les industriels ont su occuper un espace dans lequel les professionnels des addictions et les acteurs de la santé publique n’osent plus s’avancer, laissant de fait les familles et les usagers seuls en face des puissances publicitaires.

Dans une société à forte culture addictogène, multipliant les injonctions à vivre vite et intensément, dans une succession de sensations fortes, à améliorer ses performances scolaires, sociales, professionnelles ou sexuelles sans vraies limites, dans une société où la compétition et la concurrence deviennent « généralisées », gérer des usages qui ne sont pas prohibés pose question. Le contexte d’hyper-accessibilité, accentué par les nouvelles technologies, nécessite de modifier l’approche autour de l’alcool comme des autres addictions, si l’on veut y faire exister un nouveau modèle de consommation.

Il faudra donc un jour cesser de dénoncer, pour oser proposer, et se placer aux côté de celles et ceux pour lesquels nos députés ont accentué la pression publicitaire.

Voir notre dernier communiqué de presse sur la loi Evin