Devenir Counsellor dans le domaine de l’addictologie

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La Fédération Addiction propose les 20, 21 et 22 novembre une formation pour sensibiliser à l’approche Counselling.
Pour rendre compte de cette approche dans le quotidien de travail, Rani Duprat, intervenante à cette formation, nous livre explications, apports et expériences :

1.Qui peut devenir counsellor aujourd’hui ?

On peut devenir counsellor parce que l’on est intéressé par la relation d’aide bien spécifique que cela représente et le travail groupal, centré sur la dépendance et ses conséquences, et sur les relations interpersonnelles. Je dirais que pour être counsellor, il faut bien avoir une vraie foi dans la capacité de changement des personnes que l’on reçoit, mais aussi la capacité de cadrer, confronter des situations si nécessaire, être en mesure de changer de cap rapidement et admettre si l’on fait fausse route – en groupe il faut être réactif à ce qui se passe et « suivre le fil ».

2.Comment se traduit l’expertise du counsellor sur le terrain des addictions ?

Un counsellor a une capacité à réfléchir a son parcours, avoir de la distance sur ce qu’il a vécu et d’utiliser cette réflexion dans son travail pour aider des personnes dépendantes. Cela devient sa compétence. Sa  connaissance de l’addiction mais aussi des processus qui se mettent en œuvre lors de l’arrêt des produits vont permettre aux membres du groupe d’aller plus loin dans la parole, de se soutenir, ou d’exprimer des choses douloureuses, tout en se sentant en sécurité.
Le counsellor est un facilitateur qui favorise une parole authentique sur soi et son addiction. Il facilite la levée du déni, l’identification, la sortie de l’isolement. Son savoir-être est aussi important que ses compétences techniques, car il est le garant qu’un travail honnête et profond peut être engagé dans les groupes qu’il anime. C’est à ce type de parole qu’il ramené les uns et les autres, avec précision et bienveillance. Plus il acquiert d’expérience, plus il sait quand s’arrêter ou quand aller plus loin. Si la parole est trop vague, trop intellectuelle, ou au contraire très débordante, l’identification s’en trouvera freinée.
C’est pour cela que la formation des counsellor doit leur  permettre d’expérimenter cette place dans un groupe et les mouvements émotionnels que cela met en œuvre. C’est aussi pour cela qu’il est nécessaire en formation d’effectuer des stages longs d’observation auprès de professionnels. J’ai moi-même passé plus de 1000 heures de stages à observer, puis pratiquer dans des groupes avec des counsellor confirmés.
En individuel, le counsellor construit une relation basée sur la confiance dans les ressources de la personne qu’il suit, et sa capacité à se défaire des blocages qui freinent  son évolution personnelle et au sein du groupe.
Le counsellor aide à un construire un projet individuel réaliste pour rester abstinent, et parfois à confronter des situations difficiles : par exemple, changer de métier, de lieu de vie, etc. Cette  compétence partagée avec les équipes, permet d’être cohérent dans la prise en charge et de ramener la prévention de la rechute au cœur du projet.

3.Ou en est le counselling en France aujourd’hui et quelles sont les perspectives ?

Aujourd’hui il n’y a pas en France de formation de base au counselling, contrairement à de nombreux pays, Etats unis, Canada, Angleterre et autres ou des cursus universitaires (master) sont directement accessibles. Aujourd’hui un counsellor qui travaille en institution, en France, doit être diplômé dans le médicosocial et suivre un cursus de formation longue de counselling, comme nous le construisons en ce moment.
Les counsellor actuellement en poste en France travaillent dans quelques centres, le point de départ étant le centre APTE, à l’ origine des premières formations avec une équipe de training  anglosaxonne. Certains sont en poste à la Communauté Thérapeutique d’Aubervilliers, à EDVO, au centre thérapeutique d’Osny.
Il est urgent de former une nouvelle vague de counsellors, plus jeunes, plus en contact avec les nouveaux modes de consommation et les nouveaux visages de l’addiction, notamment les addictions comportementales.
La formation de 3 jours proposée à la Fédération Addiction est un premier pas vers ce métier passionnant.

Rani DUPRAT
Educatrice spécialisée durant 20 ans
Thérapeute familial
Counsellor durant 10 ans au centre APTE puis a  la CT d’Aubervilliers (depuis sa création)

 

 Voir le programme et s’inscrire à la formation sur le Counselling des 20, 21 et 22 novembre 2017