Prise en charge thérapeutique et suivi de l’ensemble des personnes infectées par le virus de l’hépatite C. Rapport de recommandations 2016

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Auteurs : D. DHUMEAUX, Directeur de publication, rédacteur en chef ; ANRS ; Conseil national du sida ; Association française pour l’étude du foie
Date de publication : 2016
Editeur : Ministère des affaires sociales et de la santé

Après un premier rapport en 2014 sur les hépatites virales, un second rapport vient de paraitre, élaboré sous la direction du Pr Dhumeaux et fournissant des recommandations opérationnelles pour l’amélioration du dépistage et de la prise en charge des personnes dans le cadre d’un accès universel aux traitements.

Le second chapitre de ce rapport est consacré à l’accompagnement des personnes usagères de drogue infectées par le virus de l’hépatite C. Coordonné par Jean-Michel Delile, directeur du CEID et Vice-Président de la Fédération Addiction, il donne des recommandations claire pour chaque étape du dépistage à la guérison et à la réduction du risque de réinfection. 

Les points-clefs :

PREVENIR : l’accès généralisé aux AAD ne dispense pas de prévenir la contamination.

DEPISTER : l’accès au dépistage et aux soins est difficile pour des personnes très éloignées des dispositifs concernés.

TRAITER :
– faire un bilan, poser l’indication du traitement par les AAD et évaluer sa faisabilité,
– assurer l’entrée dans les soins et l’initiation du traitement,
– s’assurer de l’adhésion au traitement et de son l’observance.

SOINS COORDONNES : suivi global tout au long du parcours (y compris après la guérison de l’infection).

PREVENIR LA RECONTAMINATION. Des interventions adaptées sont indispensables pour engager et maintenir le traitement et les soins des usagers de drogues actifs. En effet, beaucoup d’entre eux, a fortiori les injecteurs, ont des comorbidités psychiatriques et présentent des vulnérabilités sociales qui compliquent l’accès aux soins, leur poursuite dans de bonnes conditions et leur bon aboutissement, sans pour autant en altérer l’efficacité, sous réserve d’un accompagnement adapté. Le traitement par les AAD doit donc être conjugué avec une amplification parallèle des actions validées de RDR, permettant une réelle continuité des soins (continuum of care). En outre, les trajectoires de soins ne sont fréquemment ni linéaires, ni continus : les interventions doivent donc cibler plusieurs étapes du continuum et non se limiter à une d’entre elles . Dans cette perspective, la mise en place de parcours de santé aussi complexes que le dépistage et l’accès effectif aux AAD chez les UDI peut désormais s’appuyer sur le décret du 4 juillet 2016 relatif aux fonctions d’appui aux professionnels pour la coordination des parcours de santé complexes, en lien avec les Agences régionales de santé (ARS). 

Recommandations

1. Faire bénéficier les UDI d’un dépistage régulier de l’infection par le VHC ; ce dépistage doit être fait tous les 12 mois, notamment en médecine générale. Cette périodicité doit être rapprochée (tous les six mois) chez les injecteurs actifs.

2. Recommander le traitement de tous les UDI ayant une infection chronique par le VHC pour réduire le réservoir viral et donc la transmission de l’infection.

3. Ne pas considérer la poursuite des pratiques d’injection et/ou le traitement par TSO comme une contre-indication au traitement de l’hépatite C.

4. Faire que le bilan préthérapeutique soit pluridisciplinaire et comporte une évalua- tion addictologique, psychologique et sociale, permettant de proposer un suivi global et coordonné.

5. Mettre en place le traitement sur une base individuelle et au sein d’une équipe pluridisciplinaire proposant une démarche de prise en charge globale : hépatolo- gique, addictologique (réduction de la consommation excessive d’alcool, TSO, RDR), psychologique (comorbidités psychiatriques) et sociale. Faire que les pro- fessionnels du soin s’organisent en offrant l’ensemble des prestations dans un même lieu ou en structurant un parcours de soins identifié, coordonné et soutenu par les agences régionales de santé. Informer les UDI de l’importance de l’obser- vance du traitement anti-VHC. Renforcer le suivi chez les UDI ayant des pro- blèmes sociaux importants, une comorbidité psychiatrique ou des pratiques d’injection actuelles.

6. Après l’obtention d’une réponse virologique soutenue, prolonger le suivi des patients dans le cadre d’un continuum de soins ; informer les patients du risque de recontamination et les faire bénéficier d’un suivi pour la RDR, d’une recherche au moins annuelle de l’ARN du VHC et d’un suivi hépatologique en cas de fibrose sévère ou de cirrhose, en raison du risque de carcinome hépatocellulaire.