Agir et convaincre, propositions de la Cour de Comptes pour une politique de l’alcool et ses dommages

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La Cour des Comptes vient de publier un rapport sur les défaillances des politiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool.

Picture of the facade of the French Court of Auditors (Cour des comptes) taken on January 22, 2013 in Paris. AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

Une politique morcelée, sans objectif clair et partagé

Le rapport pointe l’incapacité à définir une cible globale, un objectif commun, oscillant entre les publics vulnérables, les jeunes, les femmes enceintes ou priorisant les malades alcooliques mais oubliant de fait le consommateur régulier, quotidien, mondain, qui ne se sent pas concerné par les messages de santé publiques sur le risque alcool.

Une proposition qui retrouve la position de la Fédération Addiction, affirmée lors des débats loi de santé et le démembrement de la loi Evin, sur la nécessité d’accompagner une politique de modération. Après les dernières reculades (sécurité routière, publicité alcool, fiscalité et réglementation), cette notion de modération demande à être inscrite dans des stratégies de prévention et non abandonnée aux lobbys alcooliers qui la brandissent comme un étendard du bien-vivre.

Une recherche et un système d’observation trop faibles

L’enseignement en addictologie est également insuffisant (17 universités sur 33 sont dotées d’un enseignement universitaire et d’un niveau trois en addictologie).
Les systèmes d’observation restent à développés. La dernière étude épidémiologique, publiée en 2013, fait état de 49 000 décès, la part des décès attribuables à l’alcool étant de 22 % pour les 15-34 ans et de 18 % pour les 35-64 ans.
L’observation du terrain permet l’adaptation des stratégies d’intervention, à l’instar de la Réduction des Risques en milieu festif et la RdR alcool en particulier.
L’implication sur ce terrain de la RDR des groupes d’auto-support fournit également des indicateurs quant aux motivations, comportement d’usages et nouvelles tendances.

Une action disparate, sans lien et sans cohérence

Lorsqu’il analyse les modalités d’action, le rapport pointe une organisation de l’action au coup par coup, incohérente, parfois même contradictoire, alors même qu’il prend acte de l’amélioration des stratégies de prise en charge. Un exemple parmi d’autres : la faible implication de la médecine générale, illustrée par un sondage commandé par la Cour : deux tiers des médecins généralistes ne connaissent pas le dispositif de repérage précoce issu des bonnes pratiques et 2 % seulement le pratiquent de manière formalisée. Or, ce dispositif, ancien a déjà donné lieu à des plans d’actions nationaux dont l’échec serait à comprendre. Le travail d’Intervention Précoce qui est maintenant proposé à partir des Consultations Jeunes Consommateurs, allant vers les publics en amont des comportements addictifs, dans une cohérence d’actions et en lien avec les différents acteurs concernés, rencontre potentiellement les mêmes difficultés.

De même, l’affaiblissement de la loi Evin, et le manque de fermeté sur l’accessibilité au produit alcool, comme les dernier we de l’euro l’a tristement illustré, ou l’invasion d’un sponsoring alcool à cette occasion, montre l’absence de volonté commune.

Ce constat d’incohérence, partagé par le réseau de la Fédération et de nombreux autres acteurs du champs, a abouti à la structuration d’un portail inter-associatif voué à former, outiller, les acteurs de santé de 1er recours : http://intervenir-addictions.fr/

Pour la Fédération Addiction, il faut maintenant oser nommer l’objectif de notre politique, pour convaincre et agir dans une action partagée.

4 axes du rapport

– La Cour fait le constat d’une absence de consensus

– L’action publique peine à modifier les comportements

– Les politiques conduites sont mal coordonnées et reposent sur des bases mal établies

– La lutte contre les consommations nocives d’alcool devrait être une priorité de l’action publique

 

Ecouter le débat entre Jean-Pierre Couteron et Alexis Capitant, Directeur général de « Avec modération », sur Sud radio