La cigarette électronique ne doit pas être reconnue comme un médicament

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Dans la suite du Communiqué de presse de l’Aiduce et de l’OFT sur l’avenir de la cigarette électronique et de l’appel d’un collectif de médecins tabacologues (voir ci-dessous), la Fédération Addiction rappelle aussi que l’e-cigarette est un outil de réduction des risques et d’aide à la modification du comportement. Une étude néo-zélandaise prouve qu’elle est au moins équivalente au patch à la nicotine pour l’arrêt.
La proposition de la Commission européenne de la classer comme médicament n’est pas adaptée à la façon dont l’utilisent les usagers.
 
Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, et Pierre Chappard, président du Réseau Français de Réduction des Risques, en ont fait l’écho sur le blog Un Monde 100 drogues le 9 septembre 2013 « Ne classons pas la cigarette électronique comme un médicament !« .

Un appel de médecins pour ne pas faire de la e-cigarette un médicament

Des médecins constatent que la cigarette électronique est très efficace pour aider les fumeurs à arrêter le tabac et lancent un appel pour sa diffusion plus large. Ils souhaitent également lutter contre les idées fausses qui circulent sur ce produit.

Contact : Dr Philippe Presles – Tabacologue
06 08 23 32 29 – philippe.presles@gmail.com

En tant que médecins nous voyons quotidiennement des patients gravement victimes de leur tabagisme, dont beaucoup mourront ou seront invalides malgré nos soins. Il s’agit du problème de santé publique le plus grave dans le monde. Nous voyons par ailleurs se développer l’usage de la cigarette électronique qui aide manifestement de nombreux fumeurs à tourner la page du tabac. Mais des idées fausses se font jour qui en limitent la diffusion, alors que son potentiel en terme de santé publique est réel.

Il convient donc d’affirmer que :
– C’est la combustion du tabac qui est dangereuse pour la santé des fumeurs, pas la nicotine. Il est ainsi bien établi que les substituts nicotiniques ne sont pas dangereux pour la santé des fumeurs désireux de quitter le tabac. Il en est de même pour la nicotine contenue dans les e-cigarettes ;
– Les principaux poisons produits par la combustion du tabac et contenus dans sa fumée sont le monoxyde de carbone ou CO responsable d’infarctus du myocarde et d’attaques cérébrales, les goudrons cancérigènes, et les particules fines aboutissant à des bronchites chroniques obstructives. Les dangers des cigarettes électroniques sont infiniment moindres que ceux du tabac, dès lors que leur vapeur ne contient ni CO, ni goudrons, ni particules fines [1] ;
– Les caractéristiques de la cigarette électronique doivent toujours être comparées à celles de la cigarette conventionnelle, et s’il persiste des doutes et des débats sur la parfaite innocuité à long terme de certains de ses composants, ils doivent être confrontés à la certitude absolue de la dangerosité du tabac ;
– La cigarette électronique peut être conseillée à tout fumeur désireux d’arrêter de fumer et elle peut tout à fait faire l’objet d’une co-prescription de patch, voire de formes orales de nicotine, si son seul usage s’avère insuffisant pour lui permettre d’atteindre ses objectifs. Elle est moins addictive que la cigarette conventionnelle et participe ainsi à un sevrage rapide ou progressif du tabac.

Nous recommandons donc à nos confrères de s’informer activement sur la cigarette électronique qui constitue un nouvel enjeu de santé publique dans notre lutte commune contre les maladies du tabagisme. Le rapport et avis d’experts sur l’e-cigarette de L’Office français de prévention du tabagisme (OFT, mai 2013) constitue sur ce plan une synthèse remarquable.

Nous recommandons que les recherches visant à améliorer les e-cigarettes et leurs e-liquides continuent activement, de manière à pouvoir contenter un nombre toujours plus important de fumeurs et les aider efficacement au sevrage du tabac. Dans ce but nous soutenons la position des autorités françaises de ne pas faire de la e-cigarette un médicament, de manière à laisser la recherche ouverte à tous les industriels potentiellement concernés par la sécurité et l’efficacité de ce produit.

Signataires :
Angiologie : Pr Jean-Pierre BECQUEMIN, Hôpital Henri-Mondor
Cancérologie : Dr Thierry DORVAL, Institut Curie
Cardiologie : Dr Pascal LIM, Hôpital Henri-Mondor
Gynécologie : Dr David ELIA, Genesis, Paris
Neurologie : Pr Hugues CHABRIAT, Hôpital de Lariboisière
ORL : Dr Jean-Michel KLEIN, Président du syndicat national des ORL
Pneumologie : Dr Hervé PEGLIASCO, Hôpital Européen de Marseille
Psychiatrie : Dr Yann HODÉ, Centre hospitalier de Rouffach
Tabacologie : Dr Philippe PRESLES, Directeur de l’Institut Moncey
Urologie : Pr Olivier TRAXER, Hôpital Tenon

Maladies du tabac :
Angiologie : Artérite des membres inférieurs, anévrysme de l’aorte, sténoses carotidiennes.
Cancérologie : Cancers ORL, broncho-pulmonaires, de l’œsophage, du sein, de la vessie, du rein, du col de l’utérus, la leucémie myéloïde.
Cardiologie : Infarctus du myocarde
Gynécologie : Cancers gynécologiques, infertilité, échec des FIV, pathologies fœtales
Neurologie : Attaques cérébrales, sclérose en plaque, maladie d’Alzheimer
ORL : cancer de la bouche, du larynx, du pharynx , du cavum, sinusites et laryngites chroniques
Pneumologie : Cancers bronco-pulmonaires, asthme, broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO)
Psychiatrie : Dépression, tabagisme des schizophrènes
Tabacologie : Dépendance
Urologie : Cancer de la vessie, du rein, échec transplantation rénale, dysfonction érectile

[1] Rapport et avis d’experts sur l’e-cigarette de L’Office Français de prévention du tabagisme – OFT, mai 2013