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Etude sur la politique anti-alcool en Grande-Bretagne : une mise en perspective chiffrée

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logo_europe1Europe 1 a consacré une émission à cette étude menée depuis 2008 par l’Université de Cardiff, et dont les conclusions viennent d’être connues. Pour en débattre William LOWENSTEIN, Président de SOS ADDICTIONS et Jean-Pierre COUTERON étaient les invités d’Europe 1, accompagné de Jean-Francois LEMOINE, médecin référent de la radio.

Les données de l’étude galloise

La politique anti-alcool menée depuis 2008 par la Grande-Bretagne semble porter ses fruits ainsi qu’en témoigne, une étude de l’Université de Cardiff axée sur la corrélation violence/alcool. Elle décrit un recul de 12% des violences en 2013. Plus précisément, le nombre de personnes hospitalisées pour des faits de violence liés à l’alcool aurait diminué en 2013 pour la cinquième année consécutive (234.509 personnes en 2013 v/s 267.000 en 2012), baisse qui serait lié à un recul du phénomène du « binge drinking ». Entre 2008 et 2011, la consommation d’alcool par personne a reculé au Royaume-Uni, passant de 10.8 litres à 10 litres par an. A noter également, les samedis et dimanches sont les jours où sont constatés le plus de violences liées à l’alcool.

Quels moyens pour quels résultats ?

Dans un pays marqué par une forte culture des pubs, ces chiffres sont encourageants. Principalement imputés à la population jeune,  c’est à la hausse des prix de l’alcool que l’on peut d’abord attribuer la baisse des faits de violence et à une équation salvatrice : Baisse des revenus + hausse des prix de l’alcool ? Des raisons économiques donc, qui contraignent les jeunes à moins consommer. On peut aussi noter l’impact des campagnes de prévention avec un effet positif plus marqué dans les régions où les campagnes menées ont été les plus intenses. Pour autant, l’ampleur des pathologies liées à l’alcool reste importante ainsi que la dépendance chez les adultes.

Selon Jean-Pierre COUTERON, la Grande-Bretagne a su se saisir du phénomène et établir une action pragmatique et efficace, sans volonté d’éradication de la culture en place, mais en visant à une diminution des dommages.

Plusieurs modèles, différentes approches, où se situe la France ?

En Suède, l’état a le monopole de la vente d’alcool, par le systembolaget (l’entreprise du système). Il contrôle les lieux de vente, fixe des prix élevés (environ 60% plus cher qu’en France), régit les horaires de consommation. Une politique relativement efficace au quotidien, même que les suédois ont su contourné en aller acheter l’alcool jusqu’en Estonie et  en développant des pratiques de bing drinking, créant ainsi un véritable déséquilibre en termes de santé publique.

En France, les campagnes de prévention alternent les messages et les angles : décliner la pression sociale, prise de conscience par la peur, volonté de donner des repères de consommation…Un manque d’uniformisation des messages qui en atténue les bénéfices. William LOWENSTEIN souligne qu’ils s’adressent à des consommateurs divers qui peuvent se positionner différemment par rapport au produit, du simple usage, en passant par l’abus puis la dépendance, ce qui vient compliquer leur action. Le Président de SOS ADDICTIONS dénonce cette culture de l’alcool, dans laquelle les parents seraient les prescripteurs.  En matière de dispositions restrictives, même si certaines mairies publient des arrêtés de vente et de consommation pour mettre des conditions à l’usage d’alcool (lieux, horaires…), l’absence de cohérence et d’homogénéité des politiques en minimise l’impact.

En France, l’alcool est un produit accessible, tant par son prix que par ses canaux de diffusion, et la culture française du vin notamment rend la prévention compliquée.

Jean-Pierre COUTERON rappelle ici certaines positions et recommandations de la Fédération Addiction : Commencer l’alcool le plus tard possible, accompagner une rencontre progressive du jeune avec l’alcool, ciblé un certain nombre de dommages (boire trop vite, trop alcoolisé, trop fréquemment), prendre en compte la dimension « plaisir » des consommations.

L’émission se terminera sur l’évocation des nouvelles solutions thérapeutiques, nouvelles molécules, de plus en plus utilisé dans le traitement des addictions à l’alcool, et favorisant une nouvelle patientèle jusqu’alors en dehors du circuit médical.