Congrès Addictologie et Travail : une rencontre interdisciplinaire riche de sens

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photoUne première en France ! 600 participants pour ce colloque organisé par l’association Additra et dont la Fédération Addiction était partenaire ainsi que le CRTD (Centre de recherche sur le travail et le développement du CNAM), le GESTES (Groupe d’Etudes Sur le Travail Et la Souffrance au travail) et la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Toxicomanies).

Les acteurs du monde de la santé au travail, du monde du travail et du monde des addictions se sont réunis sur deux jours autour de séances plénières et d’ateliers, pour poser les bases d’un débat sur les imbrications, implications entre consommations de substances psychoactives (SPA) et situation au travail.

Médecins du travail, psychologues, cliniciens, ergonomes, addictologies, syndicalistes, chefs d’entreprises, sociologues ont pu ainsi croiser retours d’expériences, théorie, interrogations sur ces questions sur lesquelles nous disposons d’un faible éclairage chiffré.

Cette rencontre a permis d’identifier plusieurs pistes pour former, sensibiliser les différentes parties prenantes, pour mieux apprendre à repérer, accompagner les salariés concernés, dans un objectif plus large de promotion de la santé au travail et d’amélioration de la qualité de vie au travail.

Une évolution du monde du travail marqué par l’intensification

Parce que les consommations de produits, licites ou illicites, ne concernent pas que les personnes en marge de la société, ce colloque s’est penché sur les « dopés du quotidien », les plaçant ainsi au cœur d’une véritable problématique de santé publique. Problématique qui ne se cantonne plus à des sphères professionnelles type médias ou Finance mais bien à des salariés issus de secteurs hétérogènes. C’est tout d’abord un constat sur la transformation du monde du travail, dans lequel il faut se montrer toujours plus performant, plus compétitif, plus impliqué, dans un laps de temps raccourci. S’ajoute à cela des conditions de travail (open space, horaires, pénibilité) qui peuvent également affecter un salarié « au bout du rouleau ». Dans ces conditions, le salarié peut être tenté de se tourner vers l’automédication, soit la prise de produit comme un moyen, une ressource, pour répondre aux injonctions de son employeur. Sédatifs pour limiter le stress, psychostimulant pour améliorer sa concentration, amphétamines pour contrer la fatigue…En parallèle de cette réponse individuelle aux difficultés, il existe également des stratégies collectives de défense qui permettent à un groupe de résister psychiquement à l’agression que constituent certaines organisations de travail (consommation chronique et excessive d’alcool avec ses collègues par exemple).

L’employeur : une ambivalence de posture

Qu’en est-il des réactions, actions des employeurs vis-à-vis de ces salariés consommateurs de produits ? Soucieux de l’image de leur entreprise, ils peuvent être tentés de fermer les yeux. Pour aller plus loin, l’employeur ne peut-il pas voir un intérêt à l’accroissement de la productivité de son salarié ? Ceci jusqu’à constater les effets néfastes de cette consommation, marquée par des accidents de travail, de l’absentéisme, où le coût de la pathologie (NBD, TS) sonne la fin de la cécité.

Le salarié en situation de consommation problématique ne parle pas ou peu de sa souffrance au travail à son entourage, ses collègues, son conjoint.  A la croisée des chemins entre monde du travail et monde des addictions, il lui faut pouvoir trouver un référent possible, capable d’écoute et d’accompagnement.

Prévention, repérage, évaluation, accompagnement…

Clinique médicale du travail, repérage précoce intervention brève, test de dépistage,…bien qu’il existe différentes approches, la question posée est celle du facteur causale, favorisant ou aggravant d’une situation de travail vécue comme stressante, anxiogène, humiliante. L’ensemble des constats et témoignages de ces deux journées mettent à mal le questionnement univoque qui considère l’addiction dans le cadre du travail comme nuisible à la sécurité et qui situe les origines du problème à l’intérieur de l’individu, déconnecté des composantes de l’entreprise. Les conduites addictives résultent de la rencontre d’une personne, d’un produit et d’un contexte particulier. Le travail peut être un lieu, une opportunité pour repérer et prendre en charge les conduites à risques.

Autant d’éléments de débat qui permettent d’appréhender la complexité de la prise en charge de la consommation de SPA en milieu de travail et la mise en place de véritables politiques de prévention en entreprise.

 

>> Vous pouvez retrouver la vidéo des échanges sur le site d’Additra

>> A l’occasion de ce colloque, plusieurs interviews :
– Gladys LUTZ, Présidente d’Additra, pour le blog du Monde

Jean-Pierre COUTERON pour France Info
Jean-Pierre COUTERON, Georges JACOB et Gladys LUTZ sur RFI
– Jean-Pierre COUTERON pour i>Télé