Colloque du RESPADD « Tabac : une révolution est en marche »

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C’est dans le cadre de la journée mondiale sans tabac que le RESPADD, en respaddpartenariat avec la Fédération Addiction, a tenu son colloque « tabac : une révolution est en marche ».

L’Assemblée a pu y entendre les recommandations de la Haute Autorité de santé pour l’arrêt de la consommation de tabac, des résultats de l’enquête ETINCEL-OFDT de 2013 qui, compte-tenu de l’expansion du phénomène tend à être réactualisé. Un intervenant venu de Belgique a également présenté les actions menées par le FARES (Fonds des Affections Respiratoires), association qui se consacre à la prévention du tabagisme, à la prévention et au suivi de la tuberculose et des affections respiratoires chroniques. Leurs équipes interviennent directement dans les collèges/lycées où ils donnent la parole aux jeunes dans des espaces de dialogue privilégiés. Enfin, l’INPES a développé un outil de prévention innovant à destination des jeunes, le manga interactif « Attraction », qui propose un mode de jeu immersif mettant le joueur au défi de déjouer les stratégies marketing de l’industrie du tabac.
A l’égard de cette cible, la Fédération Addiction pilote avec le RESPPADD et le soutien de l’Inca, un projet sur « jeunes et tabac » et les actions à mettre en place dans les CJC.

Un débat passionné autour de la e-cigarette

Au-delà de terminologie (e-cigarette, cigarette électronique, vapoteuse) et des différents types de produits (cigaliks, vaporizers, mods), c’est surtout son impact sur la santé qui a concentré tous les échanges. Les intervenants se sont tous positionnés pour une dangerosité moindre que le tabac alors même que les pouvoirs publics et les médias tentent de diaboliser ce nouveau produit. S’il est vrai que la nicotine absorbée dans la vapeur d’eau est moins nocive que la combustion, on en sait peu sur les arômes. Même s’ils sont inoffensifs ingérés (produits alimentaire), qu’en est-il lorsqu’ils sont inhalés ?

La « norme de consommation » aujourd’hui : Fumer + vapoter mais en vue de réduire sa consommation ou de l’arrêter. La nicotine inhalée présentant une vitesse de passe sang/cerveau plus rapide que le patch et autres substituts nicotiniques, elle serait un meilleur outil de réduction des risques.

Vapoter dans les lieux publics

L’ambivalence de l’autorisation pour ces fumeurs de vapoter dans les lieux publics a été illustrée par Anne Borgne, Présidente du RESPADD. Dans son hôpital, ils ont opté pour l’interdiction de vapoter dans les locaux car cela tentait les abstinents, poussant ainsi les vapoteurs vers l’extérieur, où ils se retrouvaient avec des fumeurs classiques, qui les poussaient à leur tour vers la rechute. D’un point de vue de la perception, interdire la cigarette dans les lieux publics reviendrait à stigmatiser le produit et le reléguer au même rang que la cigarette classique. Au-delà du problème sociétal, les intervenants soulèvent l’intérêt impérieux de pouvoir vapoter en milieu psychiatrique fermé ou en milieu carcéral.
Chez la population jeune, il faut aborder le vapotage comme entrant dans les phénomènes d’expérimentation, avec peu de conversion à un usage régulier. La e-cigarette ne serait donc pas à considérer comme une voie d’entrée vers le tabagisme, mais la retarderait, au pire, concernant le public jeune.
Jean-François ETTER, politologue et Professeur de sante publique à Genève considère que la cigarette électronique est une révolution en matière de santé publique. D’un point du vue politique, il rappelle que le Parlement européen a voté contre la médicalisation de l’e-cigarette, fixant le dosage maximale à 20Mg/ml, ne permettant pas aux gros fumeurs de se servir exclusivement de l’e-cigarette comme produit de substitution. Règlementer ces produits au plus juste de ce qu’ils pourraient apporter de mieux aux fumeurs permettrait selon lui de réduire de 50% la consommation de cigarettes en 2025.

En conclusion

L’ensemble des intervenants prônent une vision plus pragmatique de la e-cigarette et moins prohibitionniste.
Le consensus : la e-cigarette reste moins nocive que le tabac et représente un réel intérêt en matière de RDR.
En l’absence de positionnement et de réponse médicale, les professionnels se doivent d’apporter une réponse éthique à savoir : e-cigarette = moindre risque.