Actal n°13, décembre 2013 – Réduction des risques : le nouveau paradigme des addictions ?

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couverture_actal13Le numéro 13 d’Actal, Cahiers thématiques est consacré à la réduction des risques sous tous ses aspects : histoire, philosophie, pratiques et enjeux.

Edito – De la réduction des risques au “care”collectif

Edito de Martine Lacoste, Directrice générale de l’association Clémence-Isaure (31), vice-présidente de la Fédération Addiction

« Née dans le contexte chaotique de l’épidémie de Sida des années 1980, la Réduction des Risques a bouleversé l’approche des usagers de drogues et, plus largement, ouvert à une nouvelle compréhension des addictions et de leur prise en charge. Dépassant largement la dimension hygiéniste, la philosophie qui étaye la RdR continue de faire évoluer l’intervention des professionnels et des politiques publiques au regard des usages de substances psychoactives, mais elle soulève toujours de nombreux enjeux.

Déployer la réduction des risques pour mieux répondre aux enjeux d’aujourd’hui

Les progrès rendus possibles depuis vingt ans par la RdR résultent d’un double abandon: celui de l’abstinence comme seul modèle des pratiques de soin et de prévention, et celui d’une éradication des drogues comme condition du « vivre ensemble ». Elle repose sur un nouvel équilibre entre plaisir, risque et souffrance. Son expérience se fonde sur l’accueil inconditionnel : « là où ils sont, là où ils en sont ».
Aujourd’hui, la réduction des risques se déploie dans toutes les pratiques de soins, d’insertion, de médiation sociale et de prévention, quels que soient les produits et les comportements, ouvrant ainsi une nouvelle étape de son histoire, celle où elle contribue à « ouvrir l’offre » pour « ouvrir l’accès » au plus grand nombre, autant aux soins qu’aux usages régulés, tenant compte d’une société addictogène.
Ces ambitions ne peuvent reposer sur les 145 CAARUD, aux moyens souvent limités ! Il faut défendre leur consolidation, leur donner les moyens qui manquent et soutenir les nouvelles articulations, les nouvelles synergies, pour développer un pouvoir d’agir, en capacité de s’imposer sur l’ensemble du territoire.

Contribuons à l’évolution de la loi

Le caractère obsolète de la loi de 70 conforte les politiques stigmatisantes et empêche ou retarde l’évolution des réponses sanitaires et sociales pour les usagers: SCMR, accompagnement de la consommation à moindre risque dans les dispositifs existants, substitution injectable, évolution des pratiques de prévention en prison…
Que reste-t-il de crédible à la criminalisation de l’usage de substances dites illicites, quand les NPS et leurs usagers en contournent l’application ? Que reste-t-il de légitime quand 47 % d’une classe d’âge peut être considérée comme délinquante du seul fait de l’expérimentation ? Quand les jeunes aujourd’hui consomment l’alcool comme « défonce » ?
Au-delà de la dangerosité de ces pratiques, comment ne pas voir que la loi de 1970 ne protège ni la société ni les personnes ?
Oui, nous attendons que s’ouvre le débat nécessaire sur la question des addictions dans leur ensemble. Oui, nous attendons une réglementation qui conduirait à penser ensemble le trouble à autrui et le tort à soi-même. Cette approche, enfin, redonnerait toute son acuité et ses lettres de noblesse à la prévention fondée sur la responsabilisation !

Respectons la parole des personnes concernées

La nécessaire implication des malades du Sida dans leur prise en charge a conduit les usagers de drogues à affirmer leur citoyenneté..
Leur parole a alors pris sens, à la fois comme experts de leur rapport au produit, et comme interlocuteurs en capacité de contribuer à l’évolution des politiques publiques. Le projet ODU (Observatoire du droit des usagers) porté par Asud, et soutenu par Aides et la Fédération Addiction veut contribuer à faire valoir leurs droits de patients dans le cadre d’une véritable démocratie sanitaire, à laquelle on ne saurait leur dénier le droit d’accès. Les forums d’usagers, tels que Psychonaut ou Psychoactif sont devenus de véritables outils de la RdR auxquels la Fédération Addiction s’est pleinement associée.

La RdR comme outil du « vivre ensemble »

Le caractère universel de la sécurité de tous doit s’affirmer comme « bien commun ». La RdR, vecteur de médiation sociale, de régulation des conflits d’intérêts et de territoire, peut devenir un des paramètres actifs du « vivre ensemble ».

La Réduction des Risques comme philosophie d’action promeut une vision pragmatique et humaniste dans les politiques publiques mises en œuvre.
À l’opposé de la vision passéiste de la « guerre à la drogue », proposons à «L’individu incertain», pensé par Alain Ehrenberg un nouveau projet social du « vivre ensemble », un « care collectif » basé sur une éthique de la « bientraitance », quelle que soit la place de chacun – riverains, usagers, soignants, élus, policiers…
La puissance de la RdR découle, encore et toujours, d’une volonté de solliciter les capacités et ressources des individus et des systèmes sociaux.
Tous les articles de ce numéro d’Actal sont l’occasion d’en apporter la preuve. »

Au sommaire de ce numéro

La réduction des risques en France : un peu d’histoire – Jean-Pierre Couteron

Aux origines de l’approche : la maladie
Quelle efficacité du modèle français de réduction des risques sur la transmission du VIH et de l’hépatite C en France ? – Marie Jauffret-Roustide
Un prochain rapport d’experts « hépatites » : de nouvelles recommandations sur la RdR et la prévention des hépatites chez les usagers de drogues – Jean-Michel Delile

« Vivre ensemble » : la place de la médiation
Les pratiques de médiation au coeur de la réduction des risques – Anne Coppel
Médiation sociale : quand la RdR innove sur le terrain – Interview

Parole des usagers
L’exemple de Passerelle 39 : des usagers prennent la parole – Interview
Usagers, drogués, toxicos, des paroles et des actes – Fabrice Olivet

La philosophie RdR en action
L’Accueil inconditionnel, seuil déterminant pour l’accès aux soins – Karlheinz Cerny
Programme Un chez-soi d’abord: le logement inconditionnel – Interview

Quelles difficultés pour la RdR alcool ?
La réduction des risques en matière d’alcool : histoire et pratiques – Interview
Aux Prytanes : boire ou habiter, faut-il choisir ? – Emmanuelle Latourte

Pratiques en CSAPA et CAARUD
Pratiques de réduction des risques dans le dispositif médico-social spécialisé – Laurene Collard
Les pratiques en réduction des risques en CSAPA : une question aigüe qui divise (encore) ? – Maryse Bellucci Dricot
Au Sleep’in Lille : combiner réduction des risques et hébergement d’usagers actifs – Interview
Réduire les risques en milieu rural – Interview
Des partenariats au service de la RdR dans les bassins de santé ruraux en Midi-Pyrénées– Kévin Condé

Quelles perspectives pour quels publics ?
Le point sur la réduction des risques en milieu pénitentiaire – Laurent Michel
L’avenir de la substitution : mettre fin (enfin !) au clivage entre soigner ou réduire les risques – Dr Alain Morel
Psychoactif, l’Auto-support 2.0 – Pierre Chappard
Contrôler les NPS : du classement comme stupéfiant à l’utilisation d’autres réglementations – Magali Martinez
Réflexions autour de l’accompagnement des consommations – Florent Martel
Des séminaires sur l’accompagnement des consommations à moindre risque – Laurene Collard

La Fédération en action

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